Paternités et fraternités spirituelles
Benoît-Dominique de La SoujeoleSpiritualiy - reviewer : Pascal Ide
Une intervention auprès de prêtres diocésains est devenue un article de Nova et Vetera et, étoffé, cet opuscule qui se lit en une demi-heure. Le titre ne doit pas tromper. Le point de départ est : « Existe-t-il une paternité sacerdotale ? » (p. 7). Mais la conclusion opine vers la fraternité sacerdotale. En effet, parcourant le Magistère récent, le dominicain spécialiste d’ecclésiologie fait une surprenante découverte : autant, Vatican ii, Jean-Paul ii et le Catéchisme parlent très peu de la paternité du prêtre, autant ils mettent « l’accent sur la dimension fraternelle de la relation prêtres-laïcs » (p. 25). Pour comprendre ce fait contre-intuitif (n’appelle-t-on pas aujourd’hui le prêtre « père » ?), le professeur fribourgeois définit avec précision les notions de paternité et de fraternité, qui « sont d’abord des réalités naturelles » (p. 41) : le père est celui qui transmet la vie ; le frère est celui qui a reçu le don de la vie en partage avec d’autres. Puis il les applique au prêtre. Il est ainsi conduit à distinguer deux paternités : la paternité ministérielle et la paternité spirituelle. La 1re donne la vie divine par les sacrements ; elle est donc une « paternité “faible” » puisqu’elle « transmet une réalité qui vient de plus haut que » le prêtre (p. 53). Par la 2de qui se rencontre dans l’accompagnement spirituel, les prêtres (mais aussi tout autre accompagnateur) enseignent et dirigent, donc « transmettent quelque chose d’eux-mêmes » (p. 58) ; la paternité est donc une « paternité “forte” » (p. 54). Or, le Magistère nomme l’office sacerdotal à partir de sa « finalité » plus que de son « efficience ». Voilà pourquoi, selon le mot de Congar, dans le cadre de la paternité ministérielle, le prêtre engendre « non pas des fils, mais des frères » (p. 44 rappelé p. 57). Ainsi s’explique l’insistance sur la fraternité plus que sur la paternité. L’A. termine son petit livre par quelques applications pratiques.
Éclairant la différence entre deux paternités, l’on retrouve sans surprise la distinction thomasienne chère au cardinal Journet entre cause instrumentale (paternité ministérielle) et cause seconde (paternité spirituelle) qui lui permettait de distinguer le munus sanctificandi des deux munera, docendi et regendi. La distinction est précieuse. Elle permet notamment de mieux comprendre le risque d’emprise dans le cadre de la paternité forte. Ne gagnerait-elle pas toutefois à être actualisée ? Une oreille moderne a été alertée par Kant de ne jamais instrumentaliser une personne. Ne pourrait-on pas convoquer la distinction ulrichienne de la richesse et de la pauvreté : dans la causalité (ou médiation) seconde, l’effet est aussi riche que la source, alors que dans la cause instrumentale, il l’est infiniment plus ? — P.I.