Une Philosophie de l'espérance. La pensée de Joseph Pieper dans le contexte du débat contemporain sur l'espérance

B.N. Schumacher
Philosophy - reviewer : Hubert Jacobs
Le XVIIIe et le XIXe siècles avaient vu les philosophies du progrès faire de l'espérance le principe moteur du dynamisme historique de l'humanité. Le nihilisme de Nietzsche et de l'existentialisme l'ont au contraire dénoncé comme la grande illusion. Parallèlement, cependant, à la montée de ce désespoir, a réapparu une prise de position en faveur de la priorité de l'espérance. On ne l'aborde pas seulement sous l'aspect qui consacre le devenir de l'humanité, mais également sous celui qui concerne l'avenir des individus. Des Grecs aux philosophes d'aujourd'hui, nombreuses sont les philosophies de l'espérance. Mais Bloch a eu raison de penser qu'elle n'a jamais constitué une théorie dominant les doctrines. Le XXe siècle a toutefois vu s'élaborer de multiples analyses philosophiques touchant l'espérance humaine. Leurs points de vue divers ont tous mis en lumière une ontologie de ne-pas-encore-être comme fondement implicite de l'acte d'espérer.
Le présent ouvrage aborde ce thème chez le philosophe allemand Josef Pieper et confronte sa pensée avec celle des philosophes contemporains, en particulier Bloch et Marcel. Après avoir dégagé les fondements ontologiques et anthropologiques d'une philosophie de l'espérance, est mise en évidence la structure de ne-pas-être-encore qui s'enracine dans la temporalité existentielle du Dasein. Pour définir l'acte d'espérer, il faut le distinguer du désir et de l'attente et lui présupposer un double acte de croyance et de confiance. Il faut aussi spécifier, dans leurs différences, l'espoir et l'espérance. L'objet de l'espoir est en constante mutation, selon les circonstances, tandis que, par nature, celui de l'espérance demeure identique. Cet objet de l'espérance peut se caractériser par l'actualisation et l'apaisement plénier de la personne.
Quant au désespoir, il anticipe la non-réalisation, tandis que la mort apparaît comme l'anti-utopie qui interrompt brutalement la projection des possibles vers l'à-venir. Face à Hiroshima, ce désespoir nihiliste ne prend-il pas toute la place? Il faut au contraire affirmer que, malgré tout, le dépassement demeure possible et l'espérance justifiée, même si une catastrophe survient à l'intérieur de l'histoire. Mais alors, vis-à-vis de la mort, tant personnelle que collective, quelle est, en fin de compte, la raison ultime de l'espérance? Ce ne pourra être qu'une foi en l'être humain, à moins que cette foi ne soit confiance dans le Tout Autre et dans son éventuelle intervention au coeur de nos malheurs. - H. Jacobs, S.J.

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