Des prêtres et des scandales. Dans l'Église de France du concile de Trente aux lendemains du concile Vatican II

Anne Philibert
Historia - Census taker : Bernard Joassart s.j.
Cet ouvrage sort de presse à un moment où l'Église est fortement secouée par tous les scandales causés par des membres du clergé en matière de pédophilie et d'abus sexuels plus généralement.
Précisons d'abord les points suivants. Le titre indique clairement la période et le territoire retenus ; voilà qui exige qu'on ait bien à l'esprit qu'avant la Révolution française, législation canonique et législation civile étaient fortement imbriquées, ce qui fut radicalement modifié après 1789 ; le traitement des cas de défaillance des clercs ne pouvait qu'être différent avant et après cette date. Par ailleurs, Anne Philibert a été souvent confrontée à la difficulté de disposer des archives concernant des délits (pour faire bref) de la part de prêtres ; ces archives ont pu disparaître pour toute espèce de raisons : destruction volontaire dans le chef de leurs propriétaires, disparition suite à des aléas indépendants de la volonté de ceux-ci (p. ex. un incendie), sans oublier que certaines situations ont pu, pour divers motifs, ne pas laisser de traces ; en même temps, l'accès aux archives peut être subordonné à des règles précises, être entravé ou empêché par leur détenteur pour des motifs fort variables. L'A. a dès lors dû se frayer un chemin qui, par la force des choses, n'était pas exempt de bien des embûches.
Que retenir de cet ouvrage ? D'une part, au cours des siècles, ce qui fut considéré comme scandaleux de la part des clercs est assez diversifié. Au fil de la lecture - et la liste ici proposée n'est pas exhaustive -, on découvre le clerc avare, vivant dans le luxe, prêchant mal, ne résidant pas dans le territoire qui lui est confié, meurtrier, séducteur de femmes et se faisant complice ou auteur d'avortement, perdant la foi ou remettant en cause des affirmations de la foi, s'engageant dans des voies politiques ou sociales plus ou moins sujettes à caution ou désapprouvées par la hiérarchie ou par les fidèles, et bien sûr auteur d'abus sexuels, spécialement sur des enfants. D'autre part, ces motifs de scandales peuvent avoir été ressentis de manière très différente selon les époques. Mais, en tout état de cause, de telles attitudes pouvaient d'autant plus choquer les contemporains que le prêtre est un personnage « public » jouissant, toutes époques confondues, d'une autorité morale d'autant plus grande qu'elle est liée au message évangélique, lequel est pour le moins radical dans tous les domaines. En outre, le traitement des situations litigieuses peut avoir varié selon les époques et la sensibilité du moment : les personnes en charge de les résoudre furent plus ou moins zélées ou plus ou moins capables de comprendre la gravité des faits ; elles étaient également tributaires de la législation canonique qui ne permet pas tout et n'importe quoi, comme c'est aussi le cas de la législation civile amenée également à intervenir pour certains délits. De plus, les responsables ont, de tout temps, dû tenir compte à la fois des victimes et des délinquants, ceux-ci devant à la fois être punis et « contrôlés » plus ou moins sévèrement par la hiérarchie, et être « aidés » pour ne point retomber dans leur travers, sans oublier qu'il peut y avoir des cas où l'accusation portée contre un clerc peut se révéler fausse. Le « silence » fut-il la règle générale ? Ce dernier point est, à mon sens, assez bien nuancé dans le livre, ce qui ne veut pas dire que la « publicité » fut à cent pour cent le mot d'ordre.Le lecteur aura peut-être parfois l'impression d'être conduit à travers un labyrinthe. Mais, comme je pense l'avoir bien indiqué, le sujet était loin d'être aisé à aborder. En tout état de cause, il sera bon de lire cet ouvrage pour se rappeler que le prêtre est évidemment tenu à une conduite irréprochable, ce qui ne veut pas dire qu'il serait exempt de tout défaut. - B. Joassart s.j.

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