Les femmes dans le ministère de Jésus. De l'ombre à la lumière ?

Marie-Françoise Hanquez-Maincent
Sagrada Escritura - Census taker : Alphonse Borras
La question à la base de cet ouvrage est la suivante : « Le corpus littéraire disponible - essentiellement le NT - permet-il d'affirmer que Jésus, pendant son ministère terrestre, a délibérément exclu les femmes ? » (p. 10). Marie-Françoise Hanquez-Maincent engage son enquête en déployant d'abord ses références méthodologiques à partir des théologies féministes - elle emploie pourtant toujours le singulier - pour « retrouver l'histoire perdue des femmes » (p. 14) en contextualisant les données, certes, mais avec le souci herméneutique d'exprimer l'être humain, homme et femme, dans sa relation à Dieu. Cela se concrétise dans l'examen des rapports qui s'établissent entre les femmes et Jésus autant que celui des apports d'écrits pauliniens et d'évangiles apocryphes. La demande montre la nécessité de dépasser une épistémologie masculine dominante et l'infériorisation féminine pour valoriser, dans les Écritures, l'expérience religieuse « des femmes en tant que femmes » (cf. p. 48) en fonction de la situation ecclésiale présente.
L'enjeu est de reconstruire une visibilité des femmes et du féminin. Si les deux premiers chap. portent sur l'épistémologie et la méthodologie (p. 21-64), c'est après avoir brossé un tableau différencié de la présentation des femmes dans chacun des quatre évangiles (p. 67-98) que l'A. emmène les lecteurs à la découverte des attitudes et des paroles de Jésus à l'égard des femmes et de sa position - voilà qui est intéressant - dans les différents domaines où le féminin est concerné (mariage, veuvage, divorce, pureté, etc. ; cf. p. 99-132). C'est ensuite que l'A. présente des « femmes atypiques » (p. 133-145, p. ex. la Syro-phénicienne), puis des « soeurs audacieuses » (p. 147-167, Marthe et Marie), des « femmes qui annoncent » (p. 169-184, la Samaritaine et Marie-Madeleine). L'A. traite ensuite du « disciple bien-aimé » avec un décodage féministe de cette figure énigmatique chez Jean (p. 185-206). Elle évoque par la suite le « rôle kérygmatique de femmes » (p. 207-224) avant de revisiter les femmes dans l'univers paulinien (p. 225-251) et la façon dont elles sortent de l'ombre dans les Actes et les lettres pour retomber dans l'oubli sur la fin du ier s. (p. 253-272). Au risque de dresser en définitive un tableau attendu sur la base de présupposés féministes, cet ouvrage n'en demeure pas moins interpellant pour l'Église au xxie s. Et c'est par ce biais l'intérêt de sa lecture et - pourquoi pas - des débats qu'il pourrait susciter dans les communautés ecclésiales. C'est en tout cas le sens pour aujourd'hui du point d'interrogation dans le sous-titre de l'ouvrage. L'A. entend « ré-enchanter les femmes comme l'étaient celles qui, enthousiastes, faisaient route avec Jésus, celles sur qui ont compté les premières communautés » (p. 283). Mais le protagonisme souhaité des femmes ne se vivra pas sans les hommes. Ce partenariat appelle au partage du pouvoir. - A. Borras

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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