Religion, Space and Conflict in Sri Lanka. Colonial and Postcolonial Contexts

Elizabeth J. Harris
Religiones - Census taker : Jacques Scheuer s.j.
Depuis plus de 30 ans, Elizabeth Harris poursuit des recherches sur le Sri Lanka à la faveur de séjours prolongés dans ce pays. Ses enquêtes sur les relations entre bouddhistes et chrétiens durant le xixe s. ont été présentées aux lecteurs de la NRT (129, 2007, p. 133). L'originalité de cette nouvelle étude réside dans le recours aux constructions imaginaires de l'espace pour analyser les relations entre communautés linguistiques, culturelles et religieuses, en particulier entre la majorité bouddhiste de langue cingalaise et la minorité de langue tamoule et de religion hindoue ou chrétienne voire islamique. Cette analyse a en outre le mérite de s'étendre sur deux bons siècles, des débuts de la colonisation britannique à nos jours, ce qui permet de dégager tant les continuités que les ruptures entre la situation coloniale et les événements depuis l'indépendance de 1948.
Chaque communauté construit, entretient et modifie son propre imaginaire par des représentations et une gestion de l'espace dans lequel elle situe les autres communautés. Sur la base d'archives, d'articles de presse, d'enquêtes de terrain et d'interviews, de minutieuses analyses mettent en lumière le rôle joué par les temples et statues, les écoles ou églises, les monuments anciens ou restes archéologiques. Fort de son histoire et de son poids démographique, la communauté bouddhiste a longtemps pratiqué une « subordination inclusive », accueillant dans son espace les marqueurs d'autres communautés pour autant qu'elles ne mettent pas en péril sa position dominante. Dans leur grande majorité, les missionnaires chrétiens étaient porteurs d'une vision « exclusive » : conquérir le terrain et éliminer le paganisme. Après le départ des colonisateurs, le clivage cingalais/tamoul tend à s'accuser : une spirale de domination et de ressentiment conduit à la guerre contre les séparatistes tamouls. La fin du conflit (2009) n'a pas mis un terme aux manipulations symboliques religieuses dans l'espace national. Ces analyses nuancées contribuent beaucoup à notre compréhension et peuvent en outre éclairer d'autres situations de tension ou de conflit. On regrettera cependant que l'imaginaire spatial de la communauté tamoule soit ici, l'A. le reconnaît, bien moins travaillé que celui de la majorité bouddhiste cingalaise. - J. Scheuer s.j.

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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