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Leviticus as Literature

NRT 123/2 (2001) p. 277
Recenseur : Luciani
Douglas M., Leviticus as Literature, Oxford, Univ. Press, 1999, 23x15, XVIII-280 p., rel.. ISBN 0-19-815092-X
M. Douglas n'en est pas à son coup d'essai exégétique: depuis Purity and Danger en 1966 (trad. française: De la souillure, 1971), plusieurs contributions ont marqué les étapes d'une recherche consacrée essentiellement au Lévitique. Aujourd'hui, c'est à une lecture globale de ce livre que la célèbre anthropologue anglaise nous convie. La thèse est si stimulante et inédite qu'il vaut la peine d'en dessiner les linéaments. Tout d'abord, Lv doit être lu comme une composition théologico-littéraire puissamment agencée, et selon son mode de pensée et d'écriture propre. Contrairement au langage discursif-logique du Dt, celui de Lv est corrélatif et analogique. Alors que le premier est le produit d'un administrateur politique brillant qui cherche à emporter l'adhésion de la communauté par son discours rationnel et émotionnel, le second naît dans un milieu sacerdotal qui manie le style mythico-poétique pour entraîner son auditeur dans un espace sacré. «L'un utilise le langage du sentiment et de la cause à l'effet, l'autre le langage de la position et de l'analogie. L'un regarde vers les lecteurs, l'autre, involutif, se tourne vers lui-même, vers le texte à embellir» (42). En conséquence, alors que Dt détermine la moralité par rapport au bien, Lv la définit plutôt en fonction des catégories d'ordre, de droiture et d'alignement avec le cosmos et les lois qui le régissent.
Deuxièmement, M. Douglas découvre, sous-jacente à toutes les lois, une triple analogie entre le mont Sinaï, le tabernacle du désert et le corps démembré des animaux sacrifiés: le sommet de la montagne correspond au saint des saints et aux parties les plus intérieures de l'animal offert; son flanc renvoie au saint et à la graisse, le pied de la montagne est parallèle à la cour extérieure du sanctuaire et aux morceaux de viande consommables par les prêtres et les laïcs.
Troisièmement, le livre lui-même est organisé selon le plan et les proportions du tabernacle: les deux sections narratives (Lv 8-10 & 24,10-22) font office de rideau entre les différentes pièces dans lesquelles le lecteur effectue son pèlerinage et les chapitres 19 et 26 (la justice de Dieu et sa fidélité aux alliances) constituent deux pierres angulaires de l'édifice. Signalons en passant que M. Masson, dans son ouvrage Élie ou l'appel du silence (Paris, Cerf, 1992, 99-177) avait déjà émis le même genre d'idée - un texte construit sur le modèle d'un sanctuaire - pour le cycle d'Élie. Enfin, la classification entre animaux purs et impurs, consommables ou «abominables» (traduction inadéquate selon l'auteur), sacrifiables ou non, ne doit pas être comprise comme une mesure d'exclusion ou l'expression d'un dégoût vis-à-vis de certains êtres vivants, mais au contraire se révèle, à l'aune de l'alliance et de la bénédiction de Dieu pour toutes ses créatures, comme un signe de compassion et de miséricorde pour les plus vulnérables et comme une mesure de sauvegarde contre l'exploitation humaine.
Cette dernière hypothèse, même si elle projette sur le texte une sensibilité occidentale moderne, a le mérite de rendre le Lévitique à la Bible et à l'actualité. Ce n'est pas un livre bizarre dont l'enseignement ritualiste et formel s'opposerait à celui, spirituel, des prophètes ou des Psaumes; ce n'est pas non plus un témoin archaïque de ce dont la parole du Christ nous aurait enfin libérés. C'est tout simplement le coeur de la Torah, avec son souci de justice et sa proposition d'alliance. En ouverture (XII), M. Douglas reconnaît sa dette et remercie tous ceux qui l'ont aidée à suffisamment s'approcher du Lévitique pour l'aimer. Quels que soient les débats que son ouvrage suscitera - et ils ne manqueront pas -, nul doute que beaucoup de ses lecteurs contracteront, à son égard, une pareille dette. - D. Luciani.
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