Devenir soi à la lumière de la science et de la Bible

Th. Magnin
Psychologie - Recenseur : Jean Burton s.j.
Des questions surgissent à la simple lecture du titre de ce livre. Il émane d'un prêtre physicien et, plus encore, de son dialogue pastoral avec des personnes «de tous les âges» en quête de sens et de bonheur. Cela explique le statut quelque fois incertain de certaines pages. Il y en a des scientifiques, d'autres plus parénétiques d'autres encore d'un accompagnateur spirituel… C'est la faiblesse et, paradoxalement, l'intérêt des 60 premières p. «dialoguées» en attente de mises au point. Le «Devenir soi» est le fil rouge et donne une première occasion de situer l'interaction entre deux approches - sciences humaines et spiritualité - de cette quête d'«intériorité», de «sens», d'un chemin où l'interpellation de la foi peut faire Signe. Le chapitre est assez cursif, prudent. L'est-il assez, devant l'inflation du marché du «bien-être»?
Vient alors l'examen de ce que nous apprenons de nous-mêmes au royaume des «sciences exactes». L'A. est chez lui en bonne compagnie de «groupes de recherche inter- ou transdisciplinaire» sur des sujets tels que «science, sens et foi» (108). Avec pertinence, il annonce s'appuyer «sur l'apport considérable de la philosophie des sciences et sur l'expérience de nombreux physiciens contemporains». Las! Malgré un passage intéressant à propos de Nicolescu (physicien) et Lupasco (philosophe) et la mention en note d'un texte de Ladrière, malgré l'évocation obligée du couple «Mystère/Problème» chez G. Marcel, nous restons sur notre faim. Une mise en garde «morale» de l'influence de la vulgate «scientiste» est bien venue, l'humilité du chercheur qui renonce méthodologiquement à la prétention d'établir un «fondement» au nom de l'incomplétude des savoirs, voilà qui est nécessaire et bienvenu (161-162).
Nous attendions davantage, avant de passer de manière trop juxtaposée à l'anthropologie biblique conçue aussi comme source d'un savoir et d'une sagesse sur l'homme, homogènes aux discours des sciences humaines et de la nature. Il reste vrai, bien que des questions éthiques redoutables surgissent, que «sciences» et «Bible», correctement situées, peuvent se donner la main au service de l'homme moderne. Le dernier chapitre, d'une certaine manière, tombe «en dehors» du propos strict de ce livre. Il est très beau et propose une méditation croyante sur la «relevance» anthropologique des thèmes théologiques de l'Exode, l'Exil et la Pâques comme clé de lecture des expériences fondamentales de la croissance humaine.
Pour un animateur pastoral appelé à travailler avec des groupes dans des parcours similaires, ce livre sera utile. Il devra être complété auprès d'auteurs plus attentifs aux questionnements internes à l'évolution des disciplines en cause ainsi qu'à la critique légitime qu'elles peuvent exercer entre elles. On renverra ici à J. Ladrière, D. Lambert, J.-M. Maldamé, A. Benz et Ch. Théobald, entre autres. - J. Burton sj

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