Dieu au milieu des ruines, préf. Mgr J. Mourad
Églantine Gabaix-HialéBiographies - Recenseur : Marie-Isabelle Etienne o.p.
Églantine Gabaix-Hialé, une femme jeune, philosophe de formation, depuis toujours en quête anxieuse d’elle-même, de l’humain, d’absolu, d’aventure et de don, désabusée quant à la religion, fait à 23 ans l’expérience décisive de passer 2 ans en volontariat dans un monastère de Syrie : là elle met au défi ce censément Dieu de se révéler. Le titre de son livre dit l’aboutissement de sa longue quête car cela fait 20 ans désormais qu’elle sillonne sans relâche ce Proche-Orient torturé, d’abord en reporter indépendant puis comme missionnée par l’Œuvre d’Orient, confessant avoir « ramassé des petits bouts de Dieu partout, là où on le croyait absent » car c’est bien au milieu des ruines qu’elle en a perçu l’empreinte bouleversée et qu’elle s’en fait le témoin, elle, l’athée de service captivée par ses traces.
Le point de départ du livre est l’hommage rendu au p. jésuite Paolo Dall’Oglio auquel l’A. l’a dédié. Il en est aussi le point d’arrivée, car elle sait tout devoir à ces grandes figures dont elle a hérité à charge de transmission, le témoin de cette humano-divinité : le p. Paolo disparu, le p. Frans von der Lugt assassiné, le p. Jacques Mourad ex-otage de Daesh devenu évêque d’Homs et préfacier du livre, ces modestes religieuses « croquées » dans leur simplicité avec un franc réalisme, et ces témoins « malgré-eux » au témoignage silencieux, sortis grandis d’avoir traversé l’horreur et la haine.
En 7 thèmes saisissants, comme autant de clés ouvrant son trésor, l’A. nous conte la source, qui à partir de la contemplation de ces témoins s’est activée en elle, la lavant, désensevelissant et revivifiant par là-même. Le tout d’un verbe précis et délicat avec un humour certain.
Elle nomme successivement le courage – mot d’ordre d’un de ces martyrs : Ila al-amam ! en avant ! – de ces hommes et femmes debout au milieu de l’horreur, la prière et le silence, prières qui se posent comme des papillons sur le cœur des autres pour rendre le monde vivable, silences écoutés, partagés dans l’indicible, la légèreté comme une manière décalée d’être au monde dans le chaos, le rire comme un baume qui nous interpelle sur la source de vie dont il jaillit, l’hospitalité de principe parce qu’on est le voyageur inconnu, la confiance rayonnant de la vie si cachée et simple de religieuses, et enfin l’espérance qui remet inlassablement de la vie là où elle a été pulvérisée.
Ce beau livre d’amitié qui cherche inlassablement dans les ruines de ce monde la source de la vie sans se satisfaire d’images convenues de Dieu, repousse toujours plus loin la limite de la confession de ce Dieu insaisissable qui sans cesse vous déroute pour n’apparaître que dans la fulgurance du scandale de son mystère pascal.