L’Église et la cause animale. Vers une théologie chrétienne des animaux

(dir.) Éric Charmetant (dir.) Estela Torres
Théologie - Recenseur : Marie-Isabelle Etienne o.p.

Cet ouvrage collectif, issu de colloques des Facultés Loyola Paris et de deux associations catholiques pour la protection animale, vient combler un manque : il éclaire un défi éthique majeur pour notre temps, où les anglo-saxons sont pionniers, et pourrait servir à éveiller notre Église – dans le sillage de l’encyclique Laudato Si’ – sur une structure de péché qu’elle a contribué à entretenir pendant des siècles. Ce défi est longtemps passé en France sous nos radars éthiques, tellement s’y imposent comme une évidence à notre ethos les prérequis inconscients de la philosophie grecque, des habitudes et une culture viscérales, au sens propre d’ailleurs puisqu’il s’agit aussi de consommation… Synthèse donc de travaux interdisciplinaires récents inédits en français, ce livre pourrait provoquer chez nous un réveil salutaire.

L’ouvrage est animé d’une dynamique holistique apte à dégager une théologie chrétienne des animaux dont il honore la plupart des dimensions : après des témoignages de vies vouées à la cause animale, nous remontons des siècles de pensée théologique, pour en venir à poser la question-clé du salut des animaux à la lumière des spiritualités chrétiennes, l’orthodoxe et la protestante élargissant le point de vue catholique. De là se dégagent des propositions pour une ontologie et une éthique animales, à l’ombre du triste tableau de l’exploitation et de la maltraitance des animaux, mis en contraste avec un regard nouveau sur les compétences qu’on leur découvre. L’ensemble est tout du long éclairé par un questionnement de la Bible : tout repose en effet sur une juste interprétation du récit fondateur de Gn 1-3, récit des origines couplé avec les textes décrivant la fin, Apocalypse et Rm 8. LS du Pape François (2015) est le fil rouge qui parcourt l’ensemble : bien que n’abordant pas de front le sujet des animaux, elle représente de fait un tournant décisif du magistère en envisageant l’eschaton, la vie éternelle, comme « un émerveillement partagé, où chaque créature, transformée d’une manière lumineuse, occupera sa place » (LS 243). 

Un mot est omniprésent : anthropocentrisme. À comprendre désormais autrement que comme un droit à l’exploitation sans frein du créé par l’homme, dont on sait qu’elle nous conduit droit au désastre. Par la prise de conscience de l’interdépendance radicale de toutes les créatures dans des équilibres fragiles où chacune est nécessaire – « tout est lié » –, on en vient à postuler pour les animaux un nouveau statut : ils sont sujets de droit, on leur reconnaît un type d’intelligence, de langage, voire d’agentivité morale et de salut, certes toujours dans la dépendance à l’homme, qui reste responsable devant Dieu de mener tout le créé à la gloire promise. Là, on aurait gagné à évoquer une source d’inspiration bien documentée : la pensée animiste, maîtresse en harmonie du créé. En somme, ce beau livre vient nous interpeller : celui qui fait souffrir gratuitement l’animal ne déchoit-il pas en humanité ? A contrario, ces divers A., amis des animaux, nous ont édifié par leur qualité humaine. — M.-I. Etienne o.p.

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