Le sacerdoce à l'épreuve. Domination ou don ?, préf. Mgr O. de Germay
Frédéric DumasThéologie - Recenseur : Alain Mattheeuws s.j.
Prêtre du Prado, Frédéric Dumas est chargé actuellement de recherche et d’enseignement en théologie du corps dans le diocèse d’Autun. Son premier livre était « une lettre ouverte à mon frère prêtre » et insistait sur le caractère sponsal de l’identité du prêtre. Il poursuit son enseignement en partant de cette configuration au Christ-Époux (chap. 1), bien mise en évidence dans Pastores dabo vobis, pour approfondir les 3 configurations ou fonctions du prêtre : en relation au Christ-Tête, au Christ-Pasteur, au Christ-Époux (chap. 2). Finalement c’est bien de la charité pastorale dont il s’agit : comment aimer son peuple comme Jésus l’a fait (chap. 3) ? Chaque chap. est clôturé par un intermède qui est en fait une expérience ou un appui pastoral des réflexions plus théologiques.
C’est par la figure de l’Époux que l’A. manifeste que le sacrement de l’ordre est un don, une grâce particulière. Nous sommes appelés à contempler le Christ dans l’Évangile (chap. 4) et à voir ainsi tout prêtre avec les yeux de l’ami de l’Époux (Jn 3,27-30). La pureté d’intention qui guide les actions des prêtres doit être à la mesure de l’Époux que ces prêtres représentent aussi sacramentellement. L’introduction des termes de « paternité, fraternité » enrichit la notion de sponsalité et permet d’évoquer d’autres types de relations dont chaque prêtre doit vivre pour se donner (chap. 5). C’est aussi une manière, grâce à Fratelli tutti, de vivre en frères et sœurs tous ensemble le sacerdoce commun des fidèles.
Les chap. 6 et 7 sont les plus concrets et envisagent les difficultés rencontrées pour vivre sous le régime du don. Trois défis sont évoqués : le cœur partagé, la solitude sclérosante, l’échec pastoral en lien avec l’acédie. Comme dans un combat spirituel, l’affirmation que la chasteté est un charisme et que l’eucharistie tient une place unique dans la vie sacerdotale sont deux repères lumineux. Tous les problèmes ne sont pas résolus pour autant, mais l’horizon n’est pas obscur. Ainsi cette théologie du corps est-elle le rappel que « tout est grâce » : le ministère sacerdotal est appelé à ne vivre que de cette grâce et à se dégager de tout autre attachement. Il ne peut pas être domination mais il est, dirions-nous, offrande.
L’A. termine sa réflexion par quelques indications sur l’objectivité du don du célibat sacerdotal. Ses propos explicitent ce que Jean-Paul ii exprimait pour le mariage en parlant de « subjectivation adéquate ». Trois étapes sont à parcourir : prendre conscience de la convenance du célibat avec le sacerdoce (1), intérioriser cet appel et cette convenance avec les ressources intimes du prêtre (2). Ces deux étapes demandent un travail sur soi et un accueil libre et conscient d’une grâce. Enfin la conversion du cœur (3) par la simplification des affects et l’abandon de tout son être. Ce livre est certainement proche des questions ecclésiales d’actualité. — A.M.