Le secret d'un être, Rachel Bespaloff (1895-1949), Une vie et une pensée existentielle, t.1
Nicolas DelafonBiographies - Recenseur : Emmanuel Tranchant
C’est à un diamant brut que se confronte Nicolas Delafon, prêtre du diocèse de Paris et enseignant au Collège des Bernardins, dans une biographie ambitieuse, intellectuelle et spirituelle. Rachel Bespaloff : le nom d’une comète qui traverse le ciel intellectuel du premier xxe s. et constelle sa noirceur des éclats d’une tragédie secrète. Fille de l’intelligentsia juive ukrainienne, elle naît en 1895 et incarne un destin marqué par l’exode : de l’Ukraine à Genève, puis Paris et New York. Animée par une grande rigueur intellectuelle et une quête esthétique exigeante, elle entretient de grandes amitiés avec notamment Léon Chestov, Jean Wahl, Gabriel Marcel, Gaston Fessard ou les Maritain. Paris scelle une double allégeance, conjuguant culture juive et humanisme européen.
Sa carrière débute avec la musique et la danse, avant qu’elle ne se consacre à la philosophie. Influencée par Chestov, elle s’intéresse aux grands penseurs tels que Kierkegaard, Heidegger ou Malraux. Sa pensée, profondément existentielle, rejette les dogmes et privilégie une quête ouverte de vérité, en tension entre l’éthique, la tragédie et l’art. Elle voit dans l’art une prophétie et une manière de révéler l’être.
Rachel maintient un dialogue intense entre l’art et la foi, explorant les liens entre création artistique et quête de sens. Elle partage ses réflexions avec Malraux et Boris de Schloezer, cherchant à saisir la tension entre le moi et le créateur. Sa philosophie s’inscrit dans une fidélité juive confrontée au silence de Dieu face à la Shoah, un dilemme qu’elle exprime dans son œuvre De l’Iliade.
Malgré des amitiés fortes et un engagement intellectuel profond, Rachel Bespaloff reste hantée par l’absurde et la douleur de son époque. Accablée par le sort de son peuple et des tragédies personnelles, elle met fin à ses jours en 1949.
L’A. souligne son héritage comme une pensée en quête de lumière. Fille d’Israël, Rachel « n’accepte pas l’effacement des noms dans l’histoire ». Le sien est inscrit sur le rouleau du mémorial pour qu’il lui soit apportée, comme le dit Raïssa Maritain « la compassion pour la grandeur sans refuge ».