Les sourds, en ce jour-là, entendront les paroles du livre, préf. de Bernard Truffaut
Xavier Loppinet o.p.Théologie - Recenseur : Boris Paschke
Ce livre est un cadeau précieux aux personnes sourdes, à leurs proches et à tous ceux qui s’intéressent à la relation entre la surdité et le christianisme. Depuis neuf ans, le père Xavier Loppinet, dominicain et docteur en théologie, a un ministère ecclésial auprès des sourds en France. Dans son ouvrage, dont le titre reprend la prophétie d’Is 29,28, il offre en 7 chap. une étude historique, théologique mais aussi pastorale approfondie, examinant les nombreux liens entre les chrétiens sourds et l’Église, en France plus particulièrement. L’A. propose d’abord un parcours biblique où toutes les références paléo et néotestamentaires relatives aux sourds et à la surdité sont présentées. L’accent est mis sur Mc 7,31-37, la rencontre de Jésus avec un sourd (chap. 1). Puis, le verset de Rm 10,17 et sa traduction latine controversée (fides ex auditu) sont discutés (chap. 2). Sur la base de ses recherches, l’A. compare ensuite les différentes langues des signes monastiques (LSM) avec la langue des signes française (LSF) en éclairant leurs influences réciproques (chap. 3). Au centre du livre (chap. 4), l’A. se penche sur la question difficile de la confession : « personne ne peut, à la place du sourd, donner l’aveu de ses péchés. Cette fois, la parole est à lui. Mais qui pourra l’entendre ? » (p. 98). L’importance des langues des signes dans la liturgie est étudiée au chap. 5 et les ministères des sourds dans l’Église (p. ex. comme prêtres, diacres et laïques) sont mis en valeur (chap. 6). Enfin, le chap.7 ouvre à la « théologie sourde » (Deaf Theology) en soulignant comment la perspective spécifique des personnes sourdes enrichit et questionne la recherche théologique (Dieu créateur, la providence, le Christ…)
Tout au long de son étude, l’A. se réfère aux personnes qui ont eu un rôle-clé pour la participation des sourds à la vie de l’Église (p. ex. Ferdinand Berthier, Henri Gaillard, Thomas Gallaudet, Charles-Michel de L’Épée, Jean Massieu, François de Sales et le sourd Martin). Les notes de bas de page sont une véritable mine pour tous ceux souhaitent approfondir ce champ de recherche et ses défis. Une étude des différentes traductions de la Bible en langue des signes ne pourrait-elle pas être une heureuse manière de poursuivre l’écoute des « paroles du livre » ? Une lecture riche et stimulante pour tous ! — B.P.