Quel avenir pour Vatican II? Sur quelques questions restées sans réponse

Claude Barthe
Théologie - Recenseur : Noëlle Hausman scm
L'attaque est dure: un schisme est latent, depuis Vatican II; trop de questions sont sans réponse (sur l'oecuménisme, la communion avec les chrétiens séparés, la liberté religieuse, le statut des religions non chrétiennes); le magistère s'est «autoparalysé», depuis Paul VI au moins. Ainsi, la question de l'introduction («y a-t-il une interruption du développement dogmatique?») se résout en finale par l'espoir que le magistère révise certains textes ou documents d'un concile non infaillible (162). Pour illustration de la doctrine traditionnelle sur la tolérance est donnée, en annexe, la traduction du chapitre 9 du projet De Ecclesia, sur les relations entre l'Église et l'État, proposé aux Pères par la Commission théologique présidée par le Cardinal Ottaviani qui ne fut (heureusement, me permettrai-je de dire) jamais discuté.
L'attaque est facile: considérer la révision de Vatican II, source de tant de maux, comme la tâche du prochain pape, tombe sous la menace de l'«élu consensuel» qui se dessine, tandis que les frontières de l'Église ne risquent pas d'être délimitées par l'exercice d'un magistère de condamnation. Vatican II a neutralisé l'Église, canonisé la «nouvelle théologie» des années cinquante, inauguré un postcatholicisme où sont mis en cause la présence réelle, le péché originel, la résurrection du Christ, les fins dernières, pour ne citer que les points les plus évidents. L'affaire Drewermann n'a suscité qu'une désapprobation molle, la discipline au sujet des divorcés remariés est ouvertement en question parmi les évêques, la christologie «d'en-bas» fait florès, etc.
L'attaque est habile, parce qu'elle se dit fidèle à l'esprit des anciens sur toutes les questions supposées sans réponse: l'oecuménisme vise-t-il le retour des séparés ou un pacifique examen des convergences et des divergences qui ouvre sur la mise entre parenthèse de tout dogme? l'intercommunion est-elle possible, quand la communion demeure partielle, avec les orthodoxes notamment? faut-il parler de liberté religieuse, ou de tolérance, c'est-à-dire de patience, par rapport aux manières non catholiques de poser un acte de foi?
Malgré sa vivacité, sa documentation, sa perception des enjeux, l'attaque est aussi parfaitement indéfendable. Un commentateur se permet ici d'en appeler de l'Église d'aujourd'hui à l'Église d'hier, pour reprendre une sentence du Père Congar, un maître que l'ouvrage ne ménage pas. Mais l'Esprit peut-il, durant des décades, laisser errer l'Église, qui a toujours cherché son assistance? Par quelle autorité décrète-t-on «l'autoparalysie» d'un magistère qu'un peu de connaissance historique désignerait comme particulièrement percutant? On ne discute pas avec la mauvaise foi. On la signale, en regrettant qu'un tel effort soit fourni pour revenir à un intégrisme décidément reviviscent. - N. Hausman, S.C.M.

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