Écriture sainte et philosophie critique, tr. M. de Launay

J. Simon
Sacra Scrittura - Census taker : Jean Radermakers s.j.
Un beau livre à visée apologétique traduit de l'allemand. L'A. fut longtemps professeur à l'Université de Bonn, et a publié plusieurs travaux de philosophie moderne, de Kant à Nietzsche, en rapport avec la «philosophie des lumières». Il s'efforce de montrer ici la nécessité d'une religion comme le fruit d'une démarche effectivement rationnelle, en raison même des limites de notre propre raison.
Un 1er chap. s'attaque à «l'absolu comme interprétation», en considérant l'Écriture à interpréter et la parole interprétante. L'A. examine ensuite l'incarnation du langage, ou «le Verbe fait chair». La religion apparaît comme «un devoir moral de l'homme envers lui-même» (p. 45), et l'incarnation se donne comme existentielle à toutes les religions (Hegel), tandis que la chair est conçue comme la différence individuelle. Un 3e chap. développe les rapports entre Écriture sainte et philosophie critique, Kant considérant le concept de la nécessité de l'amour comme un premier pas vers une lecture philosophique de la Bible. Le texte et les miracles qu'il raconte sont le signe de la sublimité personnelle du «Fils de l'homme» face aux déterminations de l'existence finie et à ses explications déterminées; le caractère sacré de la lettre n'étant pas à prouver. Un chap. est alors consacré à la religion comme expérience du sacré: «une révélation qui nous serait tombée entre les mains» (p. 114). Ensuite l'A. met en question l'objectivité de la représentation, d'où la nécessité d'une instance critique, donnée par la révélation, laquelle doit être elle-même interprétée. Pourtant Kant laisse une porte ouverte à la transcendance à travers les signes, devant lesquels nous prenons une responsabilité de désignation dans une réelle ouverture du langage. Un 6e chap. enfin touche la question essentielle de la religion «dans les limites de la simple raison», en dégageant chez Kant la possibilité d'une éthique universellement contraignante: c'est l'amour, dont le concept même suppose qu'il existe. Avec Kant, il conclut que «avoir de la religion est un devoir de l'homme envers lui-même» (p. 173), celle-ci étant donnée sur le mode esthétique (ou historique). Cette optique pose la nécessité d'une communauté éthique, comme l'Église, dont la réalisation ne dépend que de Dieu.
Ce livre de haute voltige, où Kant est passé sous la loupe, requiert du lecteur une grande sagacité intellectuelle. Les esprits philosophiques y trouveront de quoi satisfaire leur quête. - J.R.

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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