Guide pour l'histoire des ordres et congrégations religieuses. France XVIe-XXe siècles, éd. D.-O. Hurel

Col.
Strumenti di lavoro - Census taker : Philippe Annaert
On peut saluer la publication de cet ouvrage vingt-cinq ans après celle du fameux guide de l'abbé Charles Molette consacré aux congrégations féminines de vie active en France (Ch. Molette, Guide des sources de l'histoire des congrégations féminines françaises de vie active, Paris, 1974). Ce nouveau livre en élargit toutefois fort le propos tout en renouvelant sa perspective. Ce guide se révèle d'emblée un instrument indispensable pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la vie religieuse et qui entament des recherches dans ce domaine. Cent nonante collaborateurs scientifiques ont été réunis pour livrer au chercheur près de deux cent cinquante notices. La matière de l'ouvrage est répartie selon un plan chronologique précis - héritage médiéval, réforme catholique, créations contemporaines -, dont certains choix se révéleront peut-être discutables à l'usage - constat auquel se livre l'éditeur lui-même - mais qui nous paraît avoir l'avantage de procéder à une première sélection à travers la jungle des institutions religieuses. Ce travail préalable rendra beaucoup de services à l'étudiant et au chercheur débutant, qui éviteront ainsi de confondre moines et chanoines, clercs réguliers et sociétés de prêtres.
Chaque notice est rédigée selon un même plan: nom courant de la congrégation, autres dénominations usuelles, identité des fondateurs, bref historique de la fondation et du développement de l'institut, bibliographie de base, suivie d'un renvoi à plusieurs mots-clefs, qui rendent compte des secteurs d'activités concernés. Une attention particulière est donnée aux sources, chaque auteur énumérant les principaux fonds publics et privés où sont conservées les archives propres à la congrégation et les séries de documents essentiels. Une bibliographie générale et de très précieux index des mots-clefs, des noms et sigles des congrégations, ainsi que des personnes, facilitent grandement l'utilisation de l'ouvrage.
Le lecteur doit cependant bien se garder de croire à toute exhaustivité. Une telle entreprise aurait d'ailleurs été irréaliste. Aussi, tant le choix forcément orienté des instituts traités, la perspective parfois tronquée de certaines notices historiques et le caractère sélectif de la bibliographie, constituent autant de limites à la portée générale de ce guide et à son efficacité. On peut, par exemple, s'étonner de la présence de trois notices consacrées à l'ordre de Saint-François, où l'on distingue franciscains conventuels, observants et récollets, autant de branches d'un même mouvement, les deux dernières se retrouvant d'ailleurs aujourd'hui au sein d'un unique institut. De même, la distinction faite entre les diverses obédiences de clarisses est loin de se retrouver chez les récollettes et les tertiaires régulières de Saint-François, où se mêlent des congrégations très différentes, aux traditions historiques spécifiques et aux spiritualités parfois très marquées, telles que les pénitentes récollectines de la réforme de Limbourg, auxquelles est consacrée de facto la première de ces notices, et les conceptionistes espagnoles ou les tiercelines de Salins, qui ne font qu'apparaître brièvement et même hors contexte alors qu'elles auraient mérité toutes deux une notice particulière à l'instar de certaines congrégations bénédictines d'importance similaire. On regrettera également, concernant un guide des sources historiques, certaines omissions inexplicables, voire même quelques erreurs manifestes. Ainsi, dans la notice consacrée aux ursulines, l'A. ne nous dit rien des riches archives encore conservées par les monastères de l'Union romaine, majoritaires en France, et des importants dépôts d'archives que cette congrégation a organisé tant à Rome que dans ses provinces françaises. Elle omet également de mentionner la thèse indispensable de Cl.-A. Sarre, (Vivre sa soumission. L'exemple des Ursulines provençales et comtadines, 1592-1792, Paris, 1997), pour ne citer que celle de Ph. Annaert (Vie religieuse féminine et éducation entre Somme et Rhin, Bruxelles, 1990), qui demeure malheureusement inédite et par conséquent fort malaisée à consulter. De même la notice sur les récollettes renvoie en priorité à d'hypothétiques manuscrits conservés au couvent de Philippeville, alors que ce monastère n'existe plus depuis la révolution et que ses archives ne sont conservées qu'en lambeaux dans les fonds publics. Le lecteur pourra aisément rectifier cette information en consultant l'excellent guide disponible pour les archives de cette congrégation et de quelques autres, sur le site monastica-online des Archives générales du Royaume de Belgique (http://arch.arch.be).
On aura compris toutefois que ces petites imperfections, qui doivent inciter le chercheur à effectuer un minimum de complément d'enquête, n'enlèvent rien à l'ampleur du travail réalisé et à la grande utilité d'un instrument de recherche, en général fort complet et correct quant à la plupart des informations historiques et bibliographiques qu'il livre sur le monde foisonnant des instituts religieux. - Ph. Annaert.

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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