Le rire dans la Bible et chez les premiers chrétiens. Ironie, cruauté ou joie de vivre ?
Philippe HenneSacra Scrittura - reviewer : Alain de Boudemange
Jésus a-t-il ri ? Les évangiles ne le disent pas, mais le lecteur, et surtout le lecteur moderne, conçoit mal que, si Jésus a véritablement assumé la condition humaine, le rire n’ait pas fait partie de son expérience ordinaire. Philippe Henne propose un parcours qui évoque l’AT et le NT mais examine surtout la manière dont la question a été abordée dans l’Antiquité chrétienne. L’A. parcourt quelques apocryphes des iie et iiie s. (chap. 1). Il en tire une conclusion négative : les modes de rire qui s’y présentent ne peuvent correspondre à la vie du Christ. Cette évaluation négative du rire est systématisée à l’époque patristique par ce qui est qualifié de tournant intellectuel du christianisme, notamment sous l’impulsion de Clément d’Alexandrie (chap. 2). Le rire, affirme l’A. dans le 3e chap., a ensuite été essentiellement dirigé contre les chrétiens, objets de moqueries diverses dans les jeux du cirque. Rire ne pouvait donc être évalué positivement, surtout lorsque le rire (chap. 4) était associé aux spectacles dégradants de l’empire romain. Un chap. sur les Pères grecs montre la résistance à faire une place au rire, principalement dans l’environnement monastique : celui-ci est le plus souvent interdit au profit de la lamentation sur le péché. Du côté des latins, si certaines ouvertures au rire peuvent se repérer chez Augustin ou Cassien, l’itinéraire aboutit chez St Benoît à son interdiction pure et simple. Au terme de ce parcours, qui aurait pu paraître bien triste, l’A. fait appel à Salvien de Marseille et Thomas d’Aquin pour montrer que des théologiens ont malgré tout pu inviter au rire. Le lecteur est laissé à cette conclusion qu’il aurait été impossible pour les évangélistes d’affirmer que Jésus ait ri et que, s’il ne condamne pas le rire, il n’en avait pas besoin.