En apparaissant à  la Vierge Marie, le Christ ressuscité a fondé son Église

Jean-Marie Hennaux s.j.
Cet article étudie, dans les Exercices spirituels d'Ignace de Loyola, les contemplations consacrées à la résurrection et à l'ascension du Christ telles qu'elles sont proposées par le saint dans le livret des «Mystères de la vie du Christ Notre-Seigneur» (Ex. 299-312). Il s'efforce de montrer qu'aux yeux de l'auteur des Exercices, l'apparition du Christ à la Vierge Marie constitue l'acte premier et fondamental de la fondation de son Église par le Ressuscité.

Le titre de cet article énonce une des thèses principales de l’ecclésiologie et de la théologie mariale de saint Ignace de Loyola. Cet énoncé est destiné, croyons-nous, à devenir un bien commun de la foi et de la théologie catholiques. Nous voudrions essayer — tout en précisant le sens de l’affirmation ignatienne — de justifier ce sentiment.

Dans les Exercices spirituels, saint Ignace parle de l’apparition du Christ ressuscité à Notre-Dame en deux endroits : au début de la quatrième semaine (Ex. 218-225) et dans le livret des « Mystères de la vie du Christ Notre-Seigneur » (Ex. 299-312). Notre réflexion s’appuiera principalement sur ce dernier ensemble de textes.

I L’ordre des contemplations de quatrième semaine

1 Le « principe marial » et le « principe pétrinien » de l’Église

L’ordre des contemplations proposées par Ignace pour la quatrième semaine des Exercices, consacrée à « la résurrection du Christ Notre-Seigneur », est tout à fait remarquable, de même que le choix opéré par lui des éléments offerts à l’attention du retraitant.

Un ensemble de 14 contemplations — deux par jour, si le retraitant veut s’adonner durant 7 jours à la présente « semaine » (4)1 comme à la troisième (cf. 208 et 226) — : 13 « apparitions » du Christ, numérotées dans le titre de la « première » à la « treizième » (299-311), et l’« ascension » (312).

Saint Ignace donne d’abord à contempler les apparitions aux femmes : à la Vierge Marie en premier lieu, puis à Marie-Madeleine, enfin aux Marie. C’est par elles que le retraitant est introduit dans le mystère de la résurrection. Ignace suit en cela les données de l’Écriture. C’est l’Écriture encore qui l’amène à donner comme « première apparition » (299,1) celle à Notre-Dame : « Premier. Il apparut à la Vierge Marie ; ce qui, bien qu’on ne le dise pas dans l’Écriture, est considéré comme sous-entendu quand celle-ci dit qu’il est apparu à tant d’autres. Car l’Écriture suppose que nous avons de l’intelligence, selon ce qui est écrit :“Êtes-vous, vous aussi, sans intelligence ?” » (299)2.

Viennent ensuite les apparitions aux hommes, avec en tête l’apparition à saint Pierre (302). Suivent l’apparition aux disciples d’Emmaüs, l’apparition aux disciples sans Thomas, l’apparition à Thomas et l’apparition au bord du lac où « Jésus confia les brebis à saint Pierre qui avait d’abord été interrogé par trois fois sur la charité. Il lui dit : “Pais mes brebis” » (306).

L’ordonnance qui vient d’être indiquée manifeste une intention. L’Église est fondamentalement une réalité féminine : elle est l’« Épouse du Christ Notre-Seigneur » (353 ; cf. aussi 365) ; elle est « notre Mère » (id.). En tant que telle, elle est également « l’Église hiérarchique » (ibid.). De cette Église, Ignace met en lumière le « principe marial » et le « principe pétrinien » ; le « principe marial » est le plus fondamental3.

2 La munificence du Ressuscité

« Au mont Thabor », le Christ envoya les disciples « prêcher dans le monde entier, en disant : “Allez et enseignez tous les peuples, les baptisant au nom du Père et du Fils et de l’Esprit Saint” » (307). Cette perspective universelle introduit bien la « dixième apparition » à « plus de cinq cents frères ensemble », mentionnée dans « la première épître aux Corinthiens » (308). Mais l’universalité du Ressuscité et sa tension vers tous les peuples n’empêchent pas l’intimité personnelle de sa communication. C’est de cette intimité que semblent témoigner les apparitions, évoquées sans détail, destinées à deux personnages bien connus des familiers de l’Écriture, saint Jacques et Joseph d’Arimathie (309 et 310). En tout cas, ces apparitions « manifestent (…) la munificence du Ressuscité »4.

3 L’apparition à saint Paul

« Il apparut à saint Paul, après l’Ascension : “En dernier lieu, c’est à moi, comme à l’avorton, qu’il est apparu” » (311,2).

La « treizième apparition » (311,1) est l’apparition à saint Paul, souvent appelé le « treizième apôtre ». Ignace signale qu’elle eut lieu « après l’Ascension » ; il inverse ainsi l’ordre chronologique des deux dernières contemplations proposées pour la quatrième semaine. De la sorte, il rapproche l’apparition à Paul des douze apparitions précédentes, constitutives, — nous le verrons —à divers titres, du mystère de l’Église. Les douze apparitions ne sont pas sans faire penser aux douze apôtres, fondements de l’Église, même si Ignace parle le plus souvent des « disciples » et s’il compte parmi ces apparitions les apparitions aux femmes. Le nombre douze renvoie aussi aux douze tribus d’Israël.

La notation « en dernier lieu » (311,2) accentue le rapprochement dont nous venons de parler et elle indique clairement, nous semble-t-il, que l’apparition à Paul est d’un autre ordre que les apparitions du Ressuscité dont Ignace lui-même et tant d’autres saints ont bénéficié au cours de l’histoire de l’Église5. L’apparition à Paul, l’« Apôtre des Nations », fait partie, aux yeux d’Ignace, des actes fondateurs de l’Église.

Les bénéficiaires des douze apparitions qui précèdent sont membres du peuple d’Israël. Paul aussi est juif, mais en tant qu’il se présente dans ses épîtres comme spécialement envoyé aux nations, il témoigne du fait que l’unité dans la distinction des juifs et des païens appartient à la constitution même de l’Église, à son essence.

La finale de la « treizième apparition » corrobore ce qui vient d’être dit. Assez curieusement, Ignace y rapporte que le Christ « apparut aussi, en son âme, aux saints Pères des Limbes » (311,3)6. L’apparition aux Pères est ainsi mise en rapport avec l’apparition à Paul, comme elle avait été mise en rapport avec l’apparition à Notre-Dame (219). Nous pensons qu’Ignace a voulu, en conclusion des apparitions du Ressuscité, rappeler l’universalité de son acte rédempteur : cet acte remonte jusqu’au plus lointain passé (les Limbes) et, à travers l’Apôtre des nations, tend vers le plus lointain avenir, la Parousie. Le rapprochement opéré entre le mystère de Marie et le mystère de Paul, à travers l’évocation de l’apparition aux Pères, donne à penser. La figure mariale et la figure paulinienne sont liées l’une et l’autre à l’universalité du salut et de l’Église. La première et la treizième apparitions forment une inclusion.

4 L’Ascension

La contemplation de la quatrième semaine s’achève sur le mystère de l’Ascension. Elle comporte trois points. « Premier. Après que, pendant quarante jours, il apparut aux Apôtres, donnant beaucoup de preuves et de signes et parlant du Royaume de Dieu, il leur ordonna d’attendre à Jérusalem l’Esprit Saint promis » (312,2).

Dans le deuxième point, le Seigneur est « élevé », dans « une nuée » (312,3), vers le Père. Le retraitant est ainsi conduit au mystère de la Sainte Trinité.

Dans le troisième, il entend les paroles des anges : « Ce Jésus, qui est emporté hors de votre vue vers le ciel, viendra de la même manière que vous l’avez vu aller au ciel » (312,4). Tout le temps de l’Église a donc été déployé durant la quatrième semaine des Exercices, jusqu’à son horizon ultime : l’Avènement définitif du Seigneur.

II Les actes du Ressuscité, actes fondateurs et constitutifs de l’Église

Les troisième et quatrième semaines sont l’accomplissement du discours programmatique du « Roi éternel et Seigneur universel » (le Ressuscité déjà) dans l’exercice initial du Règne : « Ma volonté est de conquérir le monde entier et tous les ennemis, et d’entrer ainsi dans la gloire de mon Père ; par conséquent, qui voudrait venir avec moi doit peiner avec moi pour que, me suivant dans la peine, il me suive aussi dans la gloire » (95,4 et 5)7.

Ressusciter, pour le Christ, c’est « entrer dans la gloire de son Père », qui n’est pas différente de « sa gloire » (cf. 303,3). C’est passer au Père. Saint Ignace le donne à prier en faisant s’achever la contemplation de quatrième semaine sur le mystère de l’Ascension et en demandant au retraitant de terminer le « colloque » de chacune de ses oraisons par un « Pater noster » (225). Cependant, ce n’est pas la relation du Ressuscité à son Père qui est mise en avant dans les Exercices spirituels ; ni dans le corps lui-même des Exercices (218-225), ni dans le livret des « Mystères » (299312). C’est bien plutôt la relation du Ressuscité à l’Église, à travers son acte d’apparaître et de communiquer les fruits de la rédemption.

On a souvent mis en lumière qu’à travers les contemplations de quatrième semaine, Ignace a voulu montrer comment le Ressuscité constitue la foi et le kérygme de l’Église (300,3 ; 301,2 ; 302,4 ; 303,3 ; 305,4 ; 307,4) ; comment il initie ses disciples à l’interprétation de l’Écriture (303,3) ; comment il donne à son Épouse sa structure hiérarchique (302 ; 306,4) ; comment il la dote des sacrements (baptême : 307,4 ; eucharistie : 303,4 ; réconciliation : 304,4) ; comment il lui révèle sa mission (301,4 ; 307,4) ; bref, comment par ces actes, le Christ ressuscité fonde, constitue, établit définitivement son Église.

La question qui se pose est de savoir si, en apparaissant à Marie, le Ressuscité pose aussi un acte fondateur de son Église, et si oui, de quelle manière. C’est à cette question que nous voudrions essayer de répondre.

Nombre d’auteurs commentent l’apparition du Christ ressuscité à Notre-Dame comme si elle ne regardait finalement que Marie, comme si elle ne concernait que l’intimité d’un fils et d’une mère. Ils n’en voient pas la portée ecclésiale8. Voici par exemple comment s’exprime l’un d’entre eux : « Entrevue strictement secrète : nul regard humain n’en a percé le mystère ; nul évangéliste n’en a parlé. Pourquoi ? Pour ces raisons surtout : cette apparition avait un tout autre but que d’autoriser la foi commune ; au surplus, les effusions d’un tel Fils avec une telle Mère ne pouvaient être ni comprises du vulgaire, ni même décrites en quelques mots »9. Nous verrons qu’au contraire, l’apparition à Marie est constitutive de l’Église et « autorise la foi commune » (au sens le plus fort du mot « autoriser »). Parler de cette apparition en termes d’« apparition privée », comme on le fait souvent, n’oriente pas non plus les esprits dans la bonne direction.

III « Il apparut à la Vierge Marie » (299,2)

1 Apparition et gloire

La « grâce » particulière de la quatrième semaine est « d’éprouver de l’allégresse et de me réjouir intensément pour la gloire et la joie si grandes du Christ notre Seigneur » (221).

La joie et la gloire vont ensemble. La joie semble découler de la gloire : « me remettre en mémoire et dans la pensée des choses qui font naître du plaisir, de l’allégresse et de la joie spirituelle, comme par exemple la gloire » (229,3).

On peut résumer d’un mot la théologie de la quatrième semaine : c’est une théologie de la gloire et, par conséquent, une théologie de « l’apparaître ». La gloire est parfaitement définie dans le numéro 223 des Exercices : « la divinité paraît et se montre miraculeusement par les vrais et très saints effets de la résurrection » (nous soulignons), c’est-à-dire par la communication du salut, passage pour l’humanité pécheresse de la mort à la vie. La gloire du Ressuscité, ce n’est pas seulement, si l’on peut dire, d’être Dieu, c’est aussi de nous avoir sauvés et de pouvoir nous communiquer ce salut obtenu sur la croix. En quatrième semaine, l’âme se réjouit « en son Créateur et Rédempteur » (229,4 ; hapax dans les Exercices ; nous soulignons).

Il semblerait que « ressusciter » précède « apparaître », puisque c’est le Ressuscité qui apparaît. Cependant Ignace a un concept très large de l’apparaître. C’est ainsi que — nous l’avons déjà vu — le Christ « apparaît » aux saints Pères des Limbes dès avant sa résurrection (311,3), mais alors, est-il précisé, « en son âme » seulement, tandis qu’à Marie, il apparaît « en corps et en âme » (219,2). La résurrection est comme la perfection de l’apparaître. Il y a finalement une sorte d’identité entre « résurrection » et « apparition ». On le voit dès le titre de la quatrième semaine dans le livret des Mystères : « La Résurrection du Christ Notre Seigneur. Sa première apparition » (299,1). Toutes les contemplations de la résurrection sont intitulées « apparition » (299 à 311).

Aux yeux d’Ignace, ressusciter, pour le Christ, c’est monter au Père en corps et en âme, mais c’est aussi apparaître en corps et enâme à l’Église et en l’Église. Cet apparaître ne doit pas être compris en un sens étroit, comme un simple objet de connaissance ; il connote toujours la communication (et par conséquent la réception) du salut et de sa joie.

« Apparaître » est un acte intersubjectif. On apparaît à quelqu’un. Une « gloire » enfermée en elle-même n’aurait aucun sens. Elle n’existe que communiquée et reçue. C’est cette communication multiple de la gloire que racontent les apparitions.

Ce dont il faut se souvenir ici, c’est que la gloire de Dieu, au sens ignatien, n’est pas une réalité statique, une grandeur déterminée une fois pour toutes. Il dépend des hommes de la faire grandir ou diminuer10. Selon la théologie ignatienne de la gloire, le Ressuscité peut communiquer celle-ci plus ou moins, selon les dispositions de ceux auxquels Il apparaît. Ignace mentionne discrètement des différences à ce sujet : les femmes croient immédiatement (300, 301) ; le Christ apparaît à Pierre après qu’il eût entendu le témoignage des femmes, constaté la présence des linges seuls dans le tombeau et « pensé à ces choses » (302) ; les disciples d’Emmaüs le reconnaissent « à la communion » (303,4), après avoir douté ; Thomas ne croit qu’après avoir « mis son doigt » dans les plaies du Christ (305) ; au bord du lac, Jean reconnaît le Seigneur avant Pierre (306,3).

2 La Vierge Marie

Pour désigner Marie, le titre de loin le plus utilisé par les Exercices est celui de « Notre-Dame » (27 fois). Vient ensuite celui de « Mère » (13 fois). L’appellation simple « Marie » ne se rencontre que 4 fois, toujours dans des citations de l’évangile de Luc (la prière Ave Maria est mentionnée 9 fois). L’expression « la Vierge Marie » est un hapax ; on ne la trouve qu’ici, au numéro 299. Ignace ne renoncerait pas à ses appellations habituelles, s’il ne voulait mettre en lumière un rapport particulier du mystère contemplé avec, d’une part, le nom singulier de Marie, et avec, d’autre part, sa virginité. En utilisant l’appellation de « Vierge Marie », il provoque des réminiscences du mystère de l’Annonciation, où se réalise l’Incarnation.

Le premier des « Mystères de la Vie du Christ Notre-Seigneur » qu’Ignace propose dans le « livret des Mystères » est « L’annonciation de Notre-Dame, selon ce qu’écrit saint Luc, au chapitre 1,2638 » (262,1). C’est dans ce chapitre que nous lisons : « Et le nom de la vierge était Marie » (Lc 1,27). Dans le troisième point du mystère, Ignace rapporte la réponse de Notre-Dame à l’ange Gabriel : « Voici la servante du Seigneur ; que cela (concevoir et enfanter le Christ Notre-Seigneur : 262,2 et 3) s’accomplisse en moi selon ta parole » (262,5). Découvrant la manière dont Dieu veut « se servir de sa personne » (5,2), elle s’offre tout entière en tant que « servante du Seigneur » et de sa mission ; « pleine de grâce » (262,3), elle acquiesce de toute sa foi à sa mission propre. Vierge, elle devient mère de par l’intervention de l’Esprit.

L’intelligence spirituelle du « oui » de Marie est déployée selon toute son amplitude dans la première contemplation de deuxième semaine : l’Incarnation (101-109). La vision est grandiose. D’une part, l’univers entier, vu d’en haut, du « trône » divin : « toute l’étendue ou la circonférence du monde entier, pleine d’hommes » (102,2), « la grande extension et circonférence du monde où se trouvent des peuples si nombreux et si différents » (103,1), la « face de la terre » (106,3 ; 107,1 ; 108,1), « tous les peuples en un si grand aveuglement » (106,3). D’autre part, les « trois Personnes divines » regardant cet univers, « voyant que tous les hommes descendaient en enfer, et décidant en leur éternité que la deuxième Personne se ferait homme pour sauver le genre humain » (102,2) de cette destinée infernale. Comment vont pouvoir se rencontrer ces deux sphères si opposées de la Sainte Trinité et du monde pécheur ? Comment va pouvoir se réaliser le dessein divin : « Faisons la rédemption du genre humain » (107,2) ? Non pas sans la collaboration libre des créatures : toute la tradition biblique reprise par Ignace l’affirme11. Pour la réalisation de « la très sainte Incarnation » (108,2), c’est la coopération de « l’ange saint Gabriel » et de « Notre-Dame » (102,3) qui est requise. Le « lieu » où vont pouvoir se rejoindre Dieu et le monde, le ciel et la terre, c’est la « maison » et, plus précisément encore, la « chambre » (103,2) de Notre-Dame.

Par son obéissance, celle-ci permet au dessein de salut divin de se réaliser. Elle coopère au salut. Le dispositif de la contemplation ignatienne de l’Incarnation est tel que la portée vraiment universelle du oui de Marie est mise dans une lumière très vive. Ce oui a une répercussion dans tout l’univers, en chaque personne humaine. C’est ainsi que dans le colloque final de la contemplation (109,1), saint Ignace appelle Marie tout simplement « la mère » (nous soulignons ; la même expression est utilisée en 199,4 ; 276,3 ; 297,3). Celle qui a accepté de devenir la mère du « Seigneur universel » (97) devient forcément la mère de tous les hommes, la mère universelle12. Ignace ne pourrait la désigner comme « la mère »13, si son oui n’avait pas été dit au nom de toute l’humanité et si sa maternité vis-à-vis du Christ Seigneur ne l’avait constituée dans l’exercice d’une maternité à l’égard de tous14.

Ce rôle de médiatrice (entre Dieu et l’univers) de Notre-Dame est central pour Ignace15. Dans les triples colloques des Exercices (dès 63), la médiation de Marie est mise en œuvre : le retraitant recourt à l’intercession de Marie, puis à celle du Fils, avant de s’adresser au Père16.

Recourir à l’appellation « Vierge Marie »17 au moment où il donne à contempler l’apparition du Christ ressuscité à Notre-Dame (299), c’est pour Ignace établir de subtiles et inépuisables correspondances. À l’Annonciation, la virginité de Marie est signe d’une disponibilité totale, corporelle et spirituelle, à l’œuvre de l’Esprit ; cette disponibilité, qui s’exprime en la foi parfaite de la « servante » à la « Parole », permet à la Vierge de devenir mère, mère du Fils de Dieu, sans intervention de l’époux humain, Joseph ; elle conçoit, grâce à l’Esprit, le propre Fils de Dieu. Au moment de la Résurrection, Marie accueille l’apparaître de son Fils en son corps de gloire, tout spirituel, dans une virginité, une ouverture, une disponibilité totales ; elle offre à son Fils un espace où apparaître, un espace sans obstacle, sans défaut, non limité par le péché18 ; elle goûte l’identité du corps qu’elle lui a donné et du corps ressuscité19 ; elle « s’humilie et rend grâce » (108,3) pour l’accomplissement, inimaginable, de sa maternité. Elle n’avait pu donner à son Fils qu’une vie mortelle ; seule, la Puissance du Très-Haut l’a ressuscité pour une vie immortelle ; elle comprend enfin les paroles de l’Ange : « La Puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre » (Lc 1,35).

Ressusciter, pour le Christ, c’est recevoir du Père la gloire qu’Il possède auprès de Lui de toute éternité et la gloire qu’Il a méritée par son œuvre rédemptrice ; c’est encore de pouvoir communiquer ce salut mérité. Sa gloire, le Christ la reçoit donc en premier lieu du Père. Mais nous avons vu que, selon la théologie ignatienne, l’humanité peut accroître la gloire de Dieu. Aussi le Ressuscité reçoit-il également sa gloire de l’humanité qu’Il a sauvée, lorsque celle-ci accueille dans la foi, l’espérance et l’amour, la Vie que son Sauveur lui communique.

Marie, cependant, tient dans ce mystère une place tout à fait singulière. D’une part, nous l’avons dit, en tant qu’immaculée, elle accueille la gloire et la vie du Ressuscité, sans y mettre aucun obstacle. Le Ressuscité peut se communiquer à elle autant qu’Il le veut, en totalité. D’autre part, elle est ici, plus que jamais, dans son rôle de médiatrice entre Dieu et l’univers entier. Elle représente devant le Ressuscité l’ensemble de l’humanité-épouse, et c’est donc au nom de tous et de tout le cosmos qu’elle reçoit les « saints effets de la résurrection » (223). On peut donc vraiment dire que sans cet accueil de Marie la joie et la gloire de Jésus ressuscité lui-même ne seraient pas complètes. En parlant de la relation entre le Ressuscité et ceux auxquels Il apparaît, saint Ignace évoque « la façon dont des amis ont l’habitude de se consoler les uns les autres » (224 ; nous soulignons). Il y a là un mystère de réciprocité. Le Christ console sa mère. Marie le « console », elle aussi. Elle constitue son corps de gloire. Albert Chapelle ne craint pas de l’affirmer : « Le Christ apparaît à celle qui le reconnaît. Par lui, elle renaît à la Vie ; elle reconnaît la “Gloire” (221, 229) de son Corps. En elle, il renaît à la Vie, recevant d’elle son Corps de gloire. De ce fait, toute apparition et toute reconnaissance du Ressuscité trouve ici son lieu de conception, sa matrice originaire. Car enfanter le Corps de gloire, c’est recevoir et concevoir toute la joie et l’allégresse de ce Corps glorieux ; toute l’affection (229) et toute la saveur (227) de ce Corps. Toute parole et tout regard qu’il éveillera à jamais viennent au monde, dans l’affection et l’émotion (227) spirituelle et corporelle de la Mère du Ressuscité, dans le Verbe de son Silence et la lumière de son Regard, en cette nouvelle annonce faite à Marie »20.

L’apparition du Christ ressuscité à Marie est la condition de possibilité de toutes les autres. C’est pourquoi Il doit lui apparaître en premier lieu. Marie n’est pas à l’origine de l’acte de ressusciter du Christ, mais le Ressuscité n’apparaîtra jamais à personne s’Il n’a trouvé d’abord un espace totalement virginal où son apparaître peut pleinement se déployer, où sa gloire et sa joie peuvent en totalité se communiquer et se constituer. En ce sens, l’accueil du Ressuscité par Marie est non seulement la condition de possibilité de toutes les autres apparitions, il est vraiment constitutif pour sa part de la gloire et de la joie du Ressuscité lui-même. De même qu’il n’a pu entrer dans le monde par son incarnation que par la médiation du fiat de Marie, Il ne peut apparaître dans toute sa gloire de Rédempteur que par l’accueil virginal de Notre-Dame.

Le Christ ressuscité ne peut apparaître selon toute la vérité de ce qu’Il est, c’est-à-dire en tant que vainqueur définitif du péché et de la mort que s’Il a pu communiquer déjà cette victoire de manière totale et irréversible à la créature qui représente devant lui l’humanité entière, celle que saint Ignace appelle la Mère, parce qu’elle contient en elle-même tous les autres21.

Le corps de gloire du ressuscité est le corps de sa manifestation, de sa communication. Il n’est donc pas étranger à ce que nous appelons son « corps mystique ». En apparaissant à Marie, le Christ ressuscité l’agrège, d’une manière définitive déjà, à son corps de gloire, à son corps mystique. Il fait d’elle son Corps. Auparavant, il était apparu aux justes de l’Ancien Testament (219, 311) qui, dans l’acte irréversible de leur mort, s’étaient ouverts au salut à venir et qui pouvaient donc être agrégés définitivement à son Corps de Ressuscité. Quant à Marie, son état de virginité totale, c’est-à-dire d’ouverture au salut sans restriction aucune, lui permet d’être unie, elle aussi, définitivement, dès avant sa mort et par anticipation, au Corps du Christ. Dans l’apparition dont elle est la bénéficiaire, elle consent à la Résurrection et par ce consentement, elle « donne », pour ce qui dépend d’elle, au Ressuscité, son Corps de gloire, c’est-à-dire qu’elle accepte de faire partie définitivement du Corps du Ressuscité (corps à la fois personnel et mystique). Ce faisant, elle constitue, — répétons-le — pour sa part, avec les justes d’Israël (et, par la médiation d’Israël, ceux des nations), la joie et la gloire du Ressuscité.

Après l’apparition à Marie, le Christ ressuscité peut apparaître aux viatores (les disciples non définitivement transformés) selon la totalité et la vérité de sa Gloire. Il ne le pouvait auparavant.

« Il apparut à la Vierge Marie » (nous soulignons) : en lui apparaissant, le Christ « console » (cf. 224) sa mère. Cette consolation comporte nécessairement une personnalisation maximum, une manifestation à elle-même et une exaltation par son Fils de l’unicité de sa personne : Marie se découvre telle qu’en elle-même en sa prédestination, ce mystère ultime de soi qui ne peut être exprimé que par un prénom. Elle s’entend de toute éternité appeler « Marie ».

La contemplation de l’apparition à la Vierge Marie est la seule, dans le livret des « Mystères », à ne comporter qu’un seul « point » (annoncé par le mot « Premier » ; sur ces points de méditation ou de contemplation, cf. Ex. 2 et 261,3). Habituellement saint Ignace propose plusieurs points. Le mot « premier » fait attendre une suite. Pourquoi Ignace l’a-t-il maintenu alors que le point reste unique ? Parce que, nous semble-t-il, c’est le mystère lui-même à contempler qui est premier, au sens d’originaire. Il est premier, chronologiquement et ontologiquement.

IV Marie, première Église22

Nous avons vu comment, pour saint Ignace, Marie est médiatrice entre Dieu et l’univers entier. C’est au nom de toute l’humanité qu’elle a consenti et coopéré à l’Incarnation rédemptrice. En tant que telle, elle est, devant le Christ et auprès du Christ, la figure de l’humanité croyante, espérante et aimante. En d’autres termes, elle est la figure de l’Église.

En son apparition, le Seigneur la manifeste comme « la Vierge », ce qui la fait voir, plus précisément encore qu’à l’Annonciation, comme la figure de l’Église-Épouse. Elle est la mère de Jésus d’une manière si virginale qu’elle peut représenter l’Église-Épouse.

Souvenons-nous ici que le titre le plus souvent donné à Marie dans les Exercices est celui de « Nuestra Señora », qu’il vaudrait mieux traduire par « Notre-Seigneurie » plutôt que par « Notre-Dame », et qu’il forme couple, si l’on peut dire, avec le titre habituellement donné au Christ, « Señor Nuestro », « Notre-Seigneur ».À côté de « Notre-Seigneur », elle est « Notre-Seigneurie ».

Tous ces indices nous font comprendre que pour Ignace, le Christ ressuscité apparaît à Marie en tant qu’elle représente etré capitule en elle-même toute l’Église. Elle lui offre — redisons le — un espace virginal et immaculé où son apparaître peut se déployer sans obstacle. Il trouve en elle son Corps de gloire. Il peut lui communiquer la totalité du salut et de la grâce, de telle sorte qu’associée à son œuvre de salut depuis l’Incarnation, elle puisse devenir, après avoir participé de la manière la plus étroite à Sa Passion, sa parfaite collaboratrice dans la diffusion même des fruits de la rédemption. En d’autres mots, le Christ la constitue figure personnelle de l’Église-médiatrice de toute grâce. Le Seigneur, en effet, ne veut rien faire sans l’aide, sans la médiation, de son Épouse, l’Église. Celle-ci intervient dans la dispensation de toute grâce.

Le premier acte fondateur de l’Église n’est-ce pas de lui donner son « moi » ? Marie est ce « moi ». Donnons ici la parole à H.U. von Balthasar : « Le Seigneur ne veut pas voir son Église se tenir devant lui comme un unique et visible échec, mais comme une épouse magnifique digne de lui. Ici intervient nécessairement le principe marial dans l’Église. Marie est cette subjectivité qui, à sa manière féminine et réceptive, est capable de correspondre pleinement, par la grâce de Dieu et par son Esprit venant sur elle, à la subjectivité masculine du Christ. En Marie, l’Église émanant du Christ trouve son centre personnel et la pleine réalisation de son idée. Sa foi qui aime et qui espère, dans son ouverture féminine à l’époux divin, Dieu et homme, est coextensive au principe masculin ministériel et sacramentel inscrit dans l’Église, même s’il n’appartient pas à son caractère féminin de comprendre exhaustivement l’esprit objectif qui y règne. Marie n’est pas la Parole, mais la réponse adéquate, telle que Dieu l’attend, du monde créé et telle que, dans sa grâce et par sa parole, elle y est suscitée »23.

Ne fallait-il pas que le Christ apparaisse à celle qui est toute l’Église avant d’apparaître à d’autres personnes ?

V Conclusion

Les commentaires des Exercices spirituels sont généralement d’accord pour affirmer, — en tout cas pour ce qui concerne les apparitions du Ressuscité aux hommes… — que saint Ignace a présenté ces apparitions comme des actes de fondation de l’Église. Certains ne reconnaissent pas le caractère ecclésial de la « première apparition », l’apparition à Notre-Dame. Nous nous demandions s’il fallait considérer celle-ci comme un acte fondateur de l’Église à l’instar des autres apparitions. Nous espérons avoir montré que, non seulement il faut le penser, mais que cette apparition est, aux yeux d’Ignace, l’acte de fondation par excellence de l’Église. Un jour, sans doute, la conscience ecclésiale dans son ensemble rejoindra l’intuition de l’auteur des Exercices.

Notes de bas de page

  • 1 Nous indiquons entre parenthèses les numéros des Exercices spirituels.

  • 2 Nous utilisons la traduction d’Édouard Gueydan, S.J., dans Ignace de Loyola, Exercices Spirituels, coll. Christus, 61, Paris, DDB, 1986. Le mot « Premier » renvoie à un premier « point » (cf. 2 et 261,3) qui reste unique. Nous nous en expliquerons plus loin.

  • 3 Dans son discours de promulgation de la Constitution dogmatique Lumen gentium, le 21 novembre 1964, Paul VI déclare : « En vérité, la réalité de l’Église ne s’épuise pas dans sa structure hiérarchique, sa liturgie, ses sacrements, ses ordonnances juridiques. Son essence profonde, la source première de son efficacité sanctificatrice sont à rechercher dans son union mystique avec le Christ ; union que nous ne pouvons concevoir en faisant abstraction de celle qui est la Mère du Verbe incarné, et que Jésus-Christ a voulu si intimement unie à lui pour notre salut » (cf. Doc. Cath. 1437 [61, 1964] 1543-1544).L’idée est développée par Jean-Paul II : « Le Concile Vatican II, en confirmant l’enseignement de toute la tradition, a rappelé que, dans la hiérarchie de la sainteté, c’est justement la “femme”, Marie de Nazareth, qui est “figure” de l’Église. Elle nous “précède” tous sur la voie de la sainteté ; en sa personne “l’Église atteint déjà à la perfection qui la fait sans tache ni ride (cf. Ep 5,27)”. En ce sens, on peut dire que l’Église est “mariale” en même temps qu’“apostolique” et “pétrinienne” » (Lettre apostolique Mulieris dignitatem sur la dignité et la vocation de la femme, n. 27). En note, le pape ajoute : « Ce profil marial est aussi fondamental et caractéristique de l’Église — sinon davantage — que le profil apostolique et pétrinien, auquel il est profondément uni. […] La dimension mariale de l’Église précède la dimension pétrinienne, tout en lui étant étroitement unie et complémentaire. Marie l’Immaculée précède toute autre personne et, bien sûr, Pierre lui-même et les Apôtres. Non seulement parce que Pierre et les Apôtres, issus de la masse du genre humain qui naît sous le péché, font partie de l’Église “sancta ex peccatoribus”, mais aussi parce que leur triple munus ne tend à rien d’autre qu’à former l’Église dans cet idéal de sainteté qui est déjà préformé et préfiguré en Marie. Comme l’a si bien dit un théologien contemporain, “Marie” est la “Reine des Apôtres”, sans revendiquer pour elle les pouvoirs apostoliques. Elle a autre chose et beaucoup plus ». Le théologien cité par Jean-Paul II est H.U. von Balthasar.

  • 4 Chapelle A., dans l’ouvrage collectif Les Exercices Spirituels d’Ignace de Loyola. Un commentaire littéral et théologique, Bruxelles, éd. IÉT (auj. Lessius), 1990, p. 406.Il est intéressant de constater la différence de présentation de l’apparition à la Vierge Marie et de l’apparition à Joseph d’Arimathie. L’Écriture ne parle d’aucune des deux — Ignace le souligne — mais il affirme que la première y est implicitement contenue, tandis qu’au sujet de la seconde, il prend soin de préciser : « comme on le médite pieusement et comme on le lit dans la Vie des Saints » (310,2). « La différence saute aux yeux, écrit Jean-Claude Guy : pour Joseph, il s’agit d’une légende pieuse, dont l’origine est précisée et qui n’engage pas la foi ; pour la Vierge, il y va de l’histoire du salut » (« L’apparition à Notre-Dame. Exercices nos 219, 299 », dans Christus 95 [juin 1977] 356-362, ici p. 358). Tout l’article est à lire.

  • 5 En un autre sens, cf. Chapelle A., dans Les Exercices Spirituels… (cité supra, n. 4), p. 409.

  • 6 Le Ressuscité « se donne à contempler comme l’Apparition une et multiple(311) qui s’inscrit dans tous les temps (après l’Ascension, avant la Résurrection, comme durant les quarante jours) et dans tous les espaces (ciel, limbes et terre).La mission de l’Église (307) s’étend à tout l’univers cosmique et historique » (Chapelle A., ibid., p. 406).

  • 7 Cf. Gervais P., « La grâce des troisième et quatrième semaines », dans Les Exercices Spirituels… (cité supra, n. 4), p. 411-425.

  • 8 En sens opposé, Lafontaine R. : « Cette apparition (l’apparition à Notre-Dame) est ecclésiale » (« Notre-Dame dans les Exercices spirituels d’Ignace de Loyola », dans Marianum XLVI [1984] 315).

  • 9 Pinard de la Boullaye H., Exercices spirituels, t. 2, Paris, 81951, p. 186-187.

  • 10 « Avant d’être une vision à contempler, (la gloire) est une fin à promouvoir. On ne la connaît qu’en entrant dans le mystère qui nous la révèle, qui est aussi le mouvement par lequel Dieu sauve le monde » (Courel F., « Saint Ignace et la gloire plus grande de Dieu », dans Christus 11 [juillet 1956] 328-348, ici p. 328).

  • 11 Cf. la dix-septième règle « pour avoir le sens vrai dans l’Église » : « De même, nous ne devons pas parler si abondamment de la grâce, ni y insister tellement, que cela engendre le poison qui supprime la liberté. C’est-à-dire qu’on peut parler de la foi et de la grâce autant qu’il est possible, avec le secours divin, pour une plus grande louange de sa divine Majesté, mais non de telle façon ni de telle manière que, surtout à notre époque si dangereuse, les œuvres et le libre arbitre en subissent quelque préjudice ou soient comptés pour rien » (369).

  • 12 « Marie est d’abord “la Mère” unique “du Fils” et dès lors “la Mère” du genre humain couvrant la surface de la terre (106) au delà des frontières de l’Église visible », écrit R. Lafontaine, « Notre-Dame… » (cité supra, n. 8), p. 316.

  • 13 Ignace dit dans une « remarque » : « On peut faire trois colloques : un à la Mère, un autre au Fils, un autre au Père » (199,4). Comme le nom de Père appartient en propre à Dieu le Père, le nom de Fils à Dieu le Fils, le nom de Mère appartient en propre à Marie, en tant qu’elle est la mère de tous et l’archétype de toute maternité.

  • 14 M. Giuliani conclut sa réflexion sur la contemplation ignatienne de l’Incarnation par ces mots : « Le mystère de Marie ne s’affirme donc qu’en relation avec l’universalité du péché et l’universalité du salut, comme étant déjà le mystère de l’Église, c’est-à-dire de l’humanité croyante et sauvée » (« Le mystère de Notre-Dame dans les Exercices », dans Christus 183 [juillet 1999] 356).

  • 15 Dans son Journal spirituel, le saint parle de nombreuses fois des « médiateurs ». Il s’agit du Christ et de Notre-Dame.

  • 16 Ces triples colloques doivent être bien compris. De même que la médiation du Fils atteint son but et sa perfection lorsque, en Lui, nous sommes mis dans l’« immédiateté » avec le Père, la médiation de Marie nous conduit à l’immédiateté avec le Fils.

  • 17 On sait par l’Autobiographie de saint Ignace combien il était sensible au mystère de la virginité de Marie. Cf. les numéros 15 et 16 de l’Autobiographie.

  • 18 Saint Ignace croyait à l’Immaculée Conception de Marie et, comme les catholiques de son temps, il la lisait dans les paroles de l’Ange à l’Annonciation : « pleine de grâce, gratia plena » (262,3).

  • 19 En son Journal spirituel, Ignace écrit le 15 février 1544 : « À la consécration (de la messe), elle (Notre-Dame) me faisait comprendre que sa chair est en celle de son Fils, avec de si grandes intelligences que cela ne pourrait s’écrire » (n. 31).

  • 20 Chapelle A., Séminaire sur les Exercices spirituels donné à l’IÉT en 1975, p. 159, cité par Lafontaine R., « Notre-Dame… » (cité supra, n. 8), p. 315.

  • 21 « Il n’est pas douteux que cette vie (de Marie) ait, au moment de la Résurrection atteint en elle à la plénitude parfaite. On pourrait dire sans doute que le “corps spirituel” de Marie a dès lors achevé sa croissance. S’il ne se manifeste pas comme celui de son Fils par des “effets miraculeux”, c’est que Marie doit continuer d’appartenir à l’ordre naturel et historique de l’humanité pour garantir les origines humaines du Christ et témoigner devant la première génération chrétienne de l’authenticité de l’Incarnation » (Fessard G., La dialectique des Exercices spirituels de S. Ignace de Loyola, coll. Théologie, 35, Paris, Aubier, 1956, p. 138).

  • 22 Cf. Ratzinger J. et von Balthasar H.U., Marie, première Église, Paris∞∞/∞∞Montréal, Apostolat des éditions∞∞/∞∞Éd. Paulines, 1981. Le titre de ce livre exprime bien l’intuition ignatienne que nous essayons d’expliciter.

  • 23 von Balthasar H.U., Qui est l’Église ?, prés. et tr. M. Vidal, coll. Cahiers de l’École Cathédrale, 45, Paris, Parole et Silence, 2000, p. 59.

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