Este artículo propone una lectura del itinerario espiritual e intelectual de Henri Le Saux (1910–1973) a partir de la noción de “cinismo espiritual”. Monje benedictino convertido en sannyāsī en la India, Le Saux desarrolla una crítica radical de las mediaciones religiosas, del lenguaje teológico y de las representaciones objetivantes de Dios, sin renunciar a la exigencia cristiana de verdad. Al situar su obra en relación con el cinismo antiguo, las formas modernas de cinismo y la mística no dual india, el estudio pone de relieve una forma de desposesión espiritual fundada en la experiencia más que en la adhesión doctrinal. Muestra que este cinismo místico no es ni nihilista ni relativista, sino una ascesis de la ignorancia orientada hacia el reconocimiento del Sí mismo y la transformación de la conciencia.
Henri Le Saux (1910-1973), devenu en Inde Swami Abhishiktananda1, occupe une place singulière dans l’histoire contemporaine du dialogue interreligieux. Moine bénédictin de Kergonan, il quitte la France en 1948 pour fonder, avec Jules Monchanin, l’ashram de Shantivanam où il devient sannyāsī2. La rencontre avec l’advaita vedānta et l’expérience progressive de la non-dualité marquent profondément son itinéraire spirituel, au point de susciter interrogations et débats quant à la portée théologique de son cheminement. Les études qui lui ont été consacrées ont mis en lumière tantôt la fécondité de son engagement intrareligieux, tantôt les tensions entre son enracinement chrétien et son immersion dans la tradition indienne.
Le présent article n’entend pas proposer une synthèse de cet itinéraire, mais en éclairer une dynamique particulière à…