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Miróforas y diaconisas. Lectura fenomenológica

Jean Radermakers s.j.
El papel de las mujeres que rodeaban a Jesús y el de las de la comunidad apostólica debe ser pensado de nuevo de modo que nos permita deducir nuevas actitudes para los ministerios en la actualidad. Tanto el servicio de las « diaconisas » como el de las profetisas participa del mensaje pascual y nos dice algo nuevo del misterio de la mujer que vive en su cuerpo de carne la eclosión y la gestación de una semilla de vida.

Des femmes avec Jésus

Un groupe de femmes, galiléennes pour la plupart, accompagnait le rabbi Jésus de Nazareth entouré de ses apôtres et disciples masculins au cours de ses tournées pastorales dans la région du lac de Génésareth, comme dans ses pèlerinages vers Jérusalem à travers la Samarie et la Judée. Les évangiles le notent formellement (Mt 27,55 ; Mc 15,41) et saint Luc en particulier pointe le fait (Lc 8,2-4), car il est exceptionnel à l’époque. Les femmes restaient à la maison et, quand elles allaient à la synagogue, elles prenaient place à part, à la tribune. Rien que ce détail laisse supposer que le comportement de Jésus était pour elles à la fois attirant, accueillant et respectueux.

D’ailleurs, comme il l’a fait pour « les Douze » (Lc 6,12-16 ; cf. Mt 5,1 ; 10,1-4 ; Mc 3,13-14), Luc nomme quelques-unes de ces dames, qui avaient été guéries par le Maître, notamment Marie de Magdala, Jeanne, femme de Chusa intendant d’Hérode, Suzanne. Nous retrouverons certaines d’entre elles au moment de la mort de Jésus (Mt 27,56.61 et //) et à sa résurrection (Lc 24,10 et // ; Jn 20,11-18). Luc ajoute cet élément peu banal concernant leur générosité : « et beaucoup d’autres qui les aidaient de leurs biens » (Lc 8,3). Tout au long de l’évangile, on découvre la même attention respectueuse du rabbi pour les femmes qu’il rencontre ou guérit. Le récit de son entretien avec la Samaritaine en fait foi (Jn 4), et de même ses relations familières avec les deux sœurs de son ami Lazare (Jn 11 ; cf. Lc 10,38-42).

Arrêtons-nous un instant à un épisode qui tient une place importante dans les évangiles et qui est traité de diverses manières par les auteurs. Il s’agit de la femme qui vient oindre les pieds de Jésus. Luc en parle comme d’une pécheresse notoire qui, enfreignant les règles de bienséance, fait irruption en plein repas chez un dénommé « Simon, un pharisien » qui a précisément ce jour-là invité Jésus (Lc 7,36-49). Il présente cet épisode dans la première partie de son évangile lorsqu’on se demande qui est ce Jésus dont la liberté est telle qu’il accueille les pécheurs et va jusqu’à leur pardonner leurs fautes, ce qui est une prérogative divine. Il y a là une manifestation du triomphe de l’amour miséricordieux de Jésus qui choque parce qu’il dépasse les convenances.

L’onction à Béthanie

En fait, le récit de pareille onction revient chez deux synoptiques et en saint Jean en prologue à la passion de Jésus, sous le titre habituel d’« onction à Béthanie ». Là encore, le récit revêt des variantes notables suivant les points de vue des évangélistes. C’est vraiment une entrée dans la passion. Luc évidemment ne répète pas ce texte. Dans le contexte immédiat de Matthieu (Mt 26,4-13) et de Marc (Mc 14,1-9), l’événement est placé en parallèle contrasté avec l’acte de trahison de Judas. Une femme dont le nom est passé sous silence vient trouver Jésus dans la maison de « Simon le lépreux », sans doute un miraculé, et elle verse sur sa tête le contenu d’un flacon d’albâtre dont elle brise le goulot. Il contenait, dit-on, un parfum de nard très précieux, lequel caractérise dans le Cantique des cantiques l’amour de la Bien-aimée (Ct 1,17 ; 4,14). Ce geste sur la tête traduit l’accueil d’une personne qu’on veut spécialement honorer. Jésus d’ailleurs en donne le sens en l’occurrence : il annonce et réalise par avance son propre embaumement. Jésus en souligne la valeur insigne puisqu’il fait cette déclaration tandis que certains spectateurs (Mc 14,4), voire les disciples (Mt 26,8), s’insurgent devant ce gaspillage incongru alors qu’on aurait pu « vendre ce parfum et en donner la somme aux pauvres ». Il se désigne ainsi implicitement comme le vrai Pauvre méconnu qui se livre lui-même pour le salut du genre humain. Il relève aussi la « bonne œuvre de miséricorde » (gemilut hassadim) qu’accomplit la femme et qui est supérieure à l’aumône : ensevelir un mort (cf. le livre de Tobie, et Dieu lui-même ensevelissant Moïse à la fin du Deutéronome ; Dt 34,6).

Jésus ajoute une parole de poids en hommage à celle dont l’anonymat suggère toute femme qui l’imite : « Amen, je vous le dis : Partout où sera proclamée cette Bonne Nouvelle dans le monde entier, on racontera aussi, en mémoire d’elle, ce qu’elle a fait » (Mc 14,9). Ainsi, une femme pleine de tendresse porte de l’attention à ce condamné qui s’en va vers la mort. Par contre, un homme appelé Judas – le disciple qui trahit – va trouver les grands prêtres pour s’assurer de toucher le prix de sa trahison (Mt 26,14 ; Mc 14,10-11) que Jésus transformera en salut pour tous. Des deux côtés, il est question d’argent, mais où est le vrai gaspillage ?

Pour le quatrième évangile (Jn 12,1-8), les choses prennent un tour différent. Le début du chap. 12 fait suite au récit de la mort de Lazare et de sa mystérieuse résurrection. Un dîner de fête est servi en son honneur à Béthanie. Marthe est au service et c’est sa sœur Marie qui prend une livre d’un nard précieux pour venir oindre les pieds de Jésus et les essuyer avec ses cheveux. Le sens du geste est tout autre que chez Matthieu et Marc, car les pieds signifient la démarche, le comportement de quelqu’un, et les cheveux le don de toute la personne dans son intelligence et sa dignité personnelle. On retrouve, on s’en souvient, les gestes décrits par Luc dans son récit de la pécheresse chez « Simon le pharisien » : « Ses nombreux péchés lui sont pardonnés comme le manifestent ses gestes d’amour ». De son côté, Jean ajoute encore : « et la maison fut remplie de ce parfum » (Jn 12,3). On sait que le parfum représente la présence dans l’absence, car après le départ d’une personne, le lieu qu’elle a quitté témoigne encore de sa présence par la permanence de son parfum. Ainsi, la maison – qui désigne parfois le temple – devient beaucoup plus que la demeure du Lazare d’autrefois. Jean accumule ici les détails symboliques pour donner à percevoir la profonde communion de Marie avec celui qui s’est appelé chez elle « la Résurrection et la Vie » (Jn 11,25).

De la femme à Jésus

Retenons cet épisode du chap. 12 pour passer tout de suite au suivant. En effet, au début du chap. 13, Jean nous transporte à l’endroit de la dernière Cène, la chambre haute où Jésus célèbre la Pâque avec ses disciples ; on ne parle que des Douze et les femmes paraissent absentes. Mais Jésus refait pour ses disciples le geste que Marie lui a offert à Béthanie ; il leur lave les pieds. Ils auront en effet besoin de laisser purifier leur démarche et leur regard pour comprendre le geste accompli par Marie quelques jours auparavant : chaque personne deviendra désormais une présence de Jésus parmi ses frères et ses sœurs.

Venons-en aux derniers chapitres des évangiles. Les femmes y reparaissent en groupe. Elles sont présentes au pied de la croix où Jésus a été cloué. On peut supposer qu’elles ont suivi le chemin de croix avec beaucoup de compassion et de douleur. Leur présence est signalée par les quatre récits, mais avec des variantes significatives. Matthieu et Marc à nouveau se ressemblent. Mt 27,55-56 et Mc 15,40-41 les mentionnent : « Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance. Parmi elles : Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le petit et de José et Salomé, qui le suivaient et le servaient quand il était en Galilée. Matthieu y joint Marie la femme de Zébédée et plusieurs autres qui étaient avec lui à Jérusalem. Le regard de la femme est un regard de foi : elle croit en la vie qu’elle accueille même par-delà la mort…

Au moment de la descente de croix organisée par Joseph d’Arimathie, elles sont encore là : « Marie de Magdala et l’autre Marie, assises face au sépulcre, regardent », assistant à l’ensevelissement (Mt 27,61 ; Mc 15,47). Luc décrit les choses un peu autrement : « tous ses familiers demeuraient à distance ainsi que des femmes qui l’avaient accompagné depuis la Galilée et qui « regardaient comment son corps avait été placé » (Lc 23,56). Il ajoute qu’elles s’en retournèrent et achetèrent des aromates le soir même afin d’observer le repos du sabbat. Et il enchaîne immédiatement par le récit du matin de Pâques où on les retrouve, myrrhophores avec leurs aromates découvrant la pierre roulée et le tombeau ouvert. Il termine en notant, comme une signature au bas d’un rapport officiel, le nom des témoins : Marie de Magdala, Jeanne et Marie mère de Jacques (Lc 24,10).

Les femmes et le Ressuscité

Entre la mise au tombeau et le message pascal transmis par les femmes s’est passé l’événement majeur de la résurrection du Christ. Surplombant l’histoire, il est impossible de le décrire. On ne peut que l’annoncer. Les synoptiques le présentent de manières diverses. Matthieu parle de « l’Ange du Seigneur » – c’est-à-dire la puissance de Dieu lui-même intervenant d’autorité – qui vient rouler la pierre du tombeau avant de s’y asseoir (Mt 28,2-4) : il s’agit là proprement d’une « théophanie ». Les gardes – notés par Matthieu seul – sont pétrifiés tandis que l’Ange du Seigneur s’adresse aux femmes pour les calmer et leur enjoindre d’aller avertir les disciples, ce qu’elles s’empressent de faire, et en chemin, toutes joyeuses, elles rencontrent le Ressuscité qui les salue et leur répète l’ordre de mission (Mt 28,6-10).

Chez Marc, les femmes arrivées au tombeau et voyant la pierre roulée, entrent dans le sépulcre et y trouvent « un jeune homme assis à droite » revêtu d’une robe éclatante. Cette vision a tout l’air d’évoquer la session du Christ à la droite du Père et de représenter l’évangéliste lui-même qui fait part de la nouvelle. Elles sont saisies de frayeur, mais il leur dit de ne pas craindre (Mc 16,3-5) avant de les envoyer porter le message aux disciples. Mais Marc achève son évangile en notifiant que la frayeur les empêchait de parler (Mc 16,7-8) ; la finale ajoutée par la communauté (Mc 16,9-18) souligne que le message eut bien du mal à passer.

Luc à son tour raconte qu’elles trouvent la pierre enlevée et pénètrent dans le tombeau. Ne trouvant pas le corps, elles rencontrent « deux hommes en vêtements éblouissants » – anges témoins ? – qui leur disent que ce qu’elles cherchent ne s’y trouve pas, car « Il est ressuscité ». Elles ont à se rappeler ce que Jésus leur a dit quand elles étaient encore en Galilée (Lc 24,2-7). Mais effrayées par cet ordre, elles s’enfuient.

Le récit de Jean est encore autre. Selon son habitude, il centre son récit sur une personne singulière, Marie de Magdala, porte-parole de ce groupe de femmes et nommée par les quatre évangélistes. Au moment de la crucifixion, lui seul parlait de la présence de Marie, mère de Jésus, au pied de la croix (Jn 19,25). Elle y est accompagnée d’une autre Marie, sœur de sa mère, épouse de Klopas (lequel devient en Lc 24,18 un des pèlerins d’Emmaüs) et de Marie de Magdala. Il ne parle plus des femmes au moment de la sépulture laissée aux soins de Joseph et de Nicodème, porteur de cent livres (32 kg !) de myrrhe et d’aloès, aromates masculines d’après le Cantique (Ct 1,15 ; 4,14 ; 5,1.5.15 ; cf. Ps 45,9 ; Pr 7,17). Le matin de Pâques, au vu de la pierre roulée, la Madeleine s’empresse d’aller avertir Simon-Pierre et l’autre disciple : « On a enlevé du tombeau le Seigneur et nous ne savons pas où on l’a mis » (Jn 20,13). Ce n’est qu’après la visite des apôtres au tombeau que Marie, revenue au jardin, rencontre le Ressuscité en personne (après l’avoir pris pour « l’homme du jardin » : cf. Ct 5,1) et reçoit de lui l’ordre d’aller « dire à [ses] frères : “Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu” » (Jn 20,17). Ce message explicite sera obéi ponctuellement, souligne l’évangéliste.

Le message pascal des femmes

Relisons maintenant ces textes que nous pensions bien connus mais dont les variantes nous interrogent. Posons deux questions : quelle expérience ces femmes ont-elles faite au long de la vie publique de Jésus qu’elles ont suivi dans ses pérégrinations puis dans sa passion, sa mort et au matin de Pâques ? Quelle fut leur mission interprétée ainsi diversement par les évangélistes afin de nous dissuader de nous construire une représentation exacte des faits ?

Il est indubitable que les relations de ce groupe de femmes avec le rabbi de Nazareth, son enseignement et son contact journalier ont développé entre elles et lui une empathie profonde ressentie dans leur chair. Cette proximité les a préparées à vivre les jours de la passion avec un cœur à la fois déchiré et plein d’espérance. Par ailleurs, les disciples masculins restaient désemparés et perplexes (cf. Jn 20,9-10), butés dans leur esprit et leur intelligence résignée face à l’irrémédiable. C’est pourquoi ils eurent tant de peine à ajouter foi au témoignage des femmes. Quant à la mission des femmes de transmettre le message de leur expérience du Vivant à des hommes qui refusent que des femmes puissent livrer un témoignage objectif, c’était pour elles une tâche impossible. Aussi ont-elles commencé par éprouver une frayeur intense qui les a fait fuir et les a rendues muettes. Il s’agissait en effet d’une expérience indicible parce que surnaturelle, dépassant ce qui se voit et se palpe. On comprend dès lors pourquoi les textes insistent tellement sur cette mission qui leur incombait puisque intimée par des agents fiables : Dieu lui-même, anges, jeune homme en habits lumineux, deux hommes témoins de l’invisible.

Rencontrer le Ressuscité ?

En fait, les évangélistes nous font percevoir que l’acte de foi en la résurrection du Christ n’est pas instantané. Il prend au contraire un temps considérable et se déroule progressivement en trois phases : Il n’est pas ici ; Il est vivant ; Il est présent en nous. En d’autres termes : tombeau vide (le lieu où on l’avait placé est désormais inutile) ; apparitions (Il se manifeste à ceux qui l’ont bien connu) ; effusion de l’Esprit (qui les habite et ils en sont transformés). Pour le quatrième évangile, l’ensemble de l’expérience est déjà présent au moment de la mort de Jésus, quand il livra, ou plus précisément quand il « transmit » l’Esprit (parédôken to Pneuma). Et au matin de Pâques, Il est déjà en train de monter vers le Père.

En fait, dans le récit évangélique, la résurrection de Jésus ne peut être que suggérée, c’est-à-dire affirmée en tremblant, et cela parce qu’elle dépasse l’entendement humain. Dieu seul est à même de comprendre ce que signifie l’acte de ressusciter. Jésus Christ fut l’unique à l’éprouver en plénitude parce que c’est l’entrée dans la gloire du Père. Nous avons à le vivre dans la foi et à demander à ces femmes de nous apprendre à l’affirmer en vérité. C’est elles qui le mettent au monde pour que nous en vivions. En effet, la femme qui vit en son corps de chair l’éclosion et la gestation d’une semence de vie – laquelle récapitule en neuf mois les milliers de siècles d’évolution qui séparent la création du cosmos de l’accouchement d’un petit d’homme –, est à même de transmettre le mystère qui l’habite. C’est elle, en vérité, qui donne chair et corps au Verbe de Dieu ressuscité. Et c’est au sein de la communauté humaine qu’elle a à vivre et à dire ce mystère, parce que son ventre est le sanctuaire de la Parole de vie. Nous l’avons tous et toutes habité avant de mettre le nez dehors, mais nous l’avons oublié. Ce n’est pas nous qui portons la Parole ; c’est la Parole qui nous porte, comme le suggère Paul dans son testament à Milet adressé aux anciens d’Ephèse (Ac 20,32).

La femme met au monde la Parole que l’homme doit creuser et expliciter. Or le mystère de la résurrection n’est pas objet de preuve ou de démonstration. Il se donne à deviner en celui ou celle qui en vit, qui y croit et qui le laisse transparaître dans sa manière de vivre et son comportement, au moins pour qui a le regard assez subtil et profond pour discerner l’essentiel invisible aux yeux charnels et que vient interpeller l’obstacle de la mort, du temps et de l’espace. La femme fait l’expérience de la foi dans l’espérance qui constitue et qui nourrit son être intérieur.

Ainsi, l’expérience des saintes femmes découvrant le Ressuscité est d’abord celle d’une révélation qui fait peur puisqu’elle désarçonne celle qui l’éprouve tout en la comblant. Et il lui faut du temps pour arriver à la formuler, mais elle doit en avertir les hommes. Les saintes femmes, d’abord myrrhophores pratiques et compatissantes, ont été transformées en diaconesses de la Parole, un peu comme les sept diacres choisis dans la première communauté pour seconder les Douze (Ac 6). Aux diacres avait été octroyé le service des tables et on les rencontre peu après comme serviteurs de la Parole. Maintenant les femmes sont invitées par le Ressuscité lui-même à livrer aux hommes le secret de ce mystère de la résurrection de Jésus. Cet ordre ou ordonnance vaut bien une ordination, sans doute ? Conjointement aux diacres et aux prêtres – et même prioritairement par la grâce du Christ vivant –, elles ont à annoncer la Parole de la grâce, la mettre au monde.

Pour aujourd’hui ?

De cette méditation sur le rôle des femmes autour de Jésus et dans la communauté apostolique, que pouvons-nous conclure pour le présent ? Des femmes, attirées par la douceur compatissante du Maître pour les malheureux puis par la profondeur de son enseignement, et lui rendant spontanément un service logistique apprécié, sont appelées par lui « sa mère et ses sœurs » (cf. Mc 3,33-35 et //). Au matin de Pâques, ces femmes, myrrhophores soucieuses d’un embaumement correct, reviennent du tombeau investies par le Ressuscité d’une mission au service de la Parole vivante. Cette injonction diaconale aurait-elle pris fin ? On se demande pourquoi les hommes n’ont pas pris plus de soin pour les intégrer, par une ordination au même titre que les diacres (cf. Ac 7), dans le ministère liturgique au service de la Parole auquel l’ordre de Jésus les appelait.

Ne pourrait-on dès lors souhaiter voir restaurer l’institution du diaconat féminin non comme une revendication, mais comme une reconnaissance officialisée de ce que déjà en maint endroit accomplissent les femmes dans les hôpitaux, les écoles et les paroisses ? Mais en leur confiant de surcroît la Parole de foi, qui est parole de Vie. Leur compétence et leur disponibilité ne doivent plus être prouvées. Jusqu’au xie siècle d’ailleurs, l’institution des diaconesses a existé dans l’Église. Elle aurait besoin d’être revivifiée à notre époque, mais comme une fonction liturgique reconnue par ordre du Seigneur, une vocation singulière, au sens souligné par Pierre pour les Douze à la veille de la première Pentecôte : « il faut donc que l’un de ceux qui ont accompagné le Seigneur Jésus depuis le baptême de Jean (…) devienne avec nous témoin de sa résurrection » (Ac 1,21-22).

Si c’est valable pour les hommes, ce l’est spécialement pour les femmes, car fondé sur les évangiles et les Actes des apôtres. Espérons pour bientôt cette décision, comme les Douze qui priaient en attendant l’effusion de l’Esprit Saint « avec quelques femmes, dont Marie mère de Jésus » (Ac 1,14). Et souvenons-nous que la responsable de la première unité pastorale de Jérusalem était Marie, mère de l’évangéliste Jean-Marc (Ac 12,12) et que Lydie, à Philippes, s’était chargée, avec l’agrément un peu forcé de Paul, de l’animation de la première communauté chrétienne d’Europe (Ac 16,15).

Que conclure sur le rôle des femmes dans nos communautés chrétiennes et dans la vie liturgique actuelle ? Les Actes des apôtres et les lettres de Paul nous montrent que tout naturellement les femmes ont collaboré dans la pastorale avec les disciples et leurs successeurs. Cependant, dans la tradition ultérieure, tout s’est passé comme si les femmes avaient achevé leur rôle en transmettant aux hommes le message pascal célébré dans la liturgie et que désormais les clercs prenaient d’autorité les choses en main sur le modèle du sacerdoce de l’Ancien Testament : le culte du Temple aux hommes et le culte domestique aux femmes qui devenaient responsables de communautés, comme Marie mère de Jean-Marc à Jérusalem (Ac 12,12) ou Lydie à Philippes (Ac 16,15) ou encore Priscilla à Corinthe et Ephèse. Peu à peu les coutumes ont dû se figer dans la Rome et la Byzance chrétiennes et le clergé a pris le pouvoir progressivement sur le modèle des agents administratifs impériaux. Le rôle des femmes devint ainsi subalterne : servantes avec l’obligation de « se taire dans les assemblées », ainsi fut interprétée la parole de Paul ; ou bien quelquefois prophétesses dans certaines régions de l’empire. Avec l’émancipation de la femme, cette situation n’est plus tenable et le retour aux origines s’impose : que dit l’évangile sur le sujet ? Rien à propos de l’autorité dans l’Église : les femmes avaient leur revanche comme abbesses ou prieures monastiques ; mais ce n’était pas le cas dans le clergé ordinaire.

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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