15 portraits philosophiques du Christ, préf. D. Moreau

Bernard Pottier
Filosofía - reviewer : Marie-Jeanne Coutagne

Voilà un livre qui pourrait paraître ardu mais qui pourtant se lit avec plaisir, ce plaisir que l’on a quand on découvre un domaine que l’on ne connaît pas ou mal. Car la christologie philosophique, même chez les philosophes, est peu abordée. Pourtant, à partir du xviie s., de nombreux penseurs ont conceptualisé la personne du Christ et en ont fait, pour beaucoup d’entre eux, un point essentiel de leur doctrine. Le p. X. Tilliette s.j. avait consacré en son temps, nombre de ses ouvrages à cette difficile question.

Il faut dire tout de suite que le livre de Bernard Pottier, théologien et philosophe, est à la hauteur de son aîné par la précision de ses analyses, et l’ampleur de ce panorama dont les philosophes, comme le grand public, sauront tirer grand profit. 15 portraits de penseurs européens déroulent une « contre-histoire » de la philosophie moderne par le biais de laquelle on peut comprendre la dynamique même de la modernité. Il ne s’agit pas seulement de décrire comment tel ou tel philosophe voit le Christ, mais aussi d’apprécier les arguments qu’il utilise pour étayer ses jugements, et aussi de discerner quels traits, positifs ou négatifs, sont pour le philosophe vraiment significatifs de ce qu’est pour lui le Christ. Beaucoup d’entre eux sont croyants, et même parfois apologètes : Pascal, Newman, Kierkegaard, Soloviev, Blondel ou Teilhard de Chardin. D’autres sont plus à distance comme Spinoza, Rousseau ou Kant, mais ils font du Christ un personnage moral, modèle pour l’humanité. Hegel ou Nietzsche ne cessent d’interroger la mort de Dieu, sur la croix d’abord, et plus largement ensuite dans notre époque bouleversée. Comme le souligne le préfacier, Denis Moreau, ce n’est pas parce que le christianisme décline peu à peu, que son fondateur pour autant est oublié. L’intérêt pour le Christ d’abord, pour Jésus aussi (ce n’est pas exactement la même chose pour les philosophes) s’exprime de manière aussi diverse que les pensées qui le manifestent, et se profile ainsi la singularité doctrinale du christianisme toujours aussi passionnante aujourd’hui qu’hier. Au fond, le Christ est aussi ce qui permet de penser, ce qui n’empêche nullement ni la foi, ni l’admiration inconditionnelle, ainsi chez Simone Weil.

Un nom se glisse ici que les philosophes de métier n’attendaient pas forcément : celui de Dostoïevski. Certes il est d’abord romancier, mais les personnages théophores et christophores comme le dit l’A., sont au centre de ses grands romans. Sa force spirituelle traverse les siècles et nous interpelle, et l’A. nous propose une brève analyse percutante de la légende du Grand Inquisiteur (dans Les frères Karamazov) qu’il nous semble nécessaire de relire en nos temps troublés. Un livre savant, certes, mais pas seulement, et dont l’actualité, paradoxale, même si elle n’apparaît que peu à peu au fil de la lecture, nous saute aux yeux. Signalons au passage que des tableaux très clairs permettent de mieux situer les concepts et les enjeux évoqués.

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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