Alzheimer et amitié. Cheminer ensemble dans l’Espérance. Regards chrétiens, préf. S. Henry
Talitha Cooreman-GuittinEspiritualidad - reviewer : Marie-Jo Thiel
Professeure de théologie pratique à l’Université de Fribourg (Suisse), Talitha Cooreman-Guittin a beaucoup investi la question du handicap, ce qui lui a valu une reconnaissance internationale. Elle continue de tracer son brillant parcours avec, cette fois, une réflexion très originale et percutante sur les personnes atteintes de pathologies neuro-évolutives, de type Alzheimer ou autres. Son focus n’est cependant pas cette pathologie elle-même, mais son vécu. Car il faut bien se rendre à l’évidence : l’annonce du diagnostic non seulement fait basculer la vie de la personne concernée et de sa famille, mais elle contribue aussi à faire le vide autour des malades. Ainsi l’ouvrage invite à un voyage très particulier, en compagnie non seulement des personnes touchées par ces redoutables affections, mais également d’amis qui restent présents jusqu’au bout.
L’idée de l’A. est de « prendre le lecteur par la main », en balisant le chemin avec ces « autres » dont l’identité est parfois mise en doute tant ils recèlent d’étrangeté. Les difficultés ne sont pas esquivées, ni celles de la pathologie ni celles de l’amitié qui, de l’extérieur, peut paraître très utopique, voire contre-productive. En fait la construction même de l’ouvrage, en synthétisant les connaissances nécessaires, en faisant des pauses, et en mettant en place des « chemins de traverse », permet au lecteur d’avancer sans être arrêté par ces difficultés.
L’ouvrage est construit en 4 chapitres. Il commence par analyser les concepts en jeu : l’amitié, l’identité, l’espoir/l’espérance. Puis il convoque quatre autres auteurs, spécialisés sur le même sujet à partir de champs différents, et chacun dans son style propre : V. Lefebvre des Noëtte, D. Jacquemin, T. Collaud et J. Swinton. Le 1er de ces auteurs convoque l’attente et l’espérance sans faux espoirs. Le 2e interroge l’irruption de la maladie d’Alzheimer à travers la notion d’événement et par suite montre comment la spiritualité peut apporter un plus. Le 3e se penche sur l’espace du jeu comme lieu de l’amitié permettant d’assumer de façon très singulière l’asymétrie relationnelle, sans se cantonner dans une réciprocité purement langagière. Enfin le dernier réfléchit sur « Amour et Alzheimer : les soins sans amour sont-ils vraiment suffisants ? ». Et la réponse est clairement : « Non ! »
Le débat est alors posé, et le 3e chap.peut évoquer les principales difficultés à la relation d’amitié : la question du sens de l’existence pour une personne atteinte de démence et son entourage ; la nécessité pour chacun de connaître ses limites, car les réactions devant la pathologie varient… ; la communication quand les mots viennent à manquer est également un gros obstacle, car il faut alors passer du verbal à une stratégie plus globale, s’appuyant sur les émotions, le toucher… ; enfin, faire face à la peur de se sentir démuni, d’être maladroit…
Que pourrait apporter l’Évangile ? Le 4e chap. décline trois figures évangéliques sur les pas desquelles avancer pour soutenir une relation d’amitié : Lazare, St Pierre et les invités au festin. C’est original et bien vu !
Au final, un ouvrage qui non seulement se lit facilement, mais qui fait faire un surprenant et stimulant voyage au pays d’Alzheimer et de l’Amitié. Il devrait être lu par le plus grand nombre tant il est source d’espérance ! — M.-J. Thiel