Difficile de rendre justice à ce « pavé » inédit de Jacques Ellul, publié 30 ans après sa mort, mais déjà en germe dans son vaste projet éthique initié en 1964, avec Le Vouloir et le Faire (intro. à l’éthique en 2 vol. : Une critique théologique de la morale,1964, et Les sources de l’éthique chrétienne, 2018), poursuivi dans Éthique de la liberté (1975) et Les combats de la liberté (1984) et resté inachevé en l’absence d’un 3e volet qui aurait dû porter sur l’Éthique de l’amour ou de la relation. Dans cette trilogie, l’Éthique de la sainteté (sainteté fondée dans la foi et enracinée dans le passé), composée dans les années 1980, occupe donc une place non seulement médiane, mais aussi médiatrice entre l’éthique de la liberté (fondée dans l’espérance et orientée vers le futur) et l’éthique de l’amour (qui fait de toute chose une nouveauté actuelle et sans cesse renouvelée). Comme le montre l’A. dans sa préf., l’itinéraire qui conduit de la liberté à l’amour en passant par la sainteté (être libre pour être saint ; être saint pour aimer) est tout à fait biblique : « la libération du peuple juif, par Dieu, hors d’Égypte ; suivie de la sainteté par la loi donnée sur le Sinaï ; et suivie du message toujours renouvelé de l’amour chez les prophètes. De même, la libération par le pardon dans la mort de Jésus-Christ, la sainteté par le Saint-Esprit, et l’amour par l’actualisation du message de Jésus-Christ, présent au milieu de nous jusqu’à la fin du monde » (p. 14). Au moment où la catégorie de « sacré » sert d’étendard dans certains milieux chrétiens, Ellul prouve une fois de plus – dans une perspective protestante et, parfois, avec excès – la profonde justesse de son diagnostic théologique en mettant en avant la vocation des chrétiens à la sainteté et à la sanctification (cf. E. Levinas, Du sacré au saint, 1977 ; et, plus récemment, A. Escudier et al. (éd.), Le sacré en questions, 2023 ; Le sacré, une notion problématique, La Maison-Dieu 319, 2025). Parmi les nombreux mérites de ce livre, l’un des moindres n’est pas de revenir à l’origine biblique de cette sainteté (1re part.) dans sa dimension à la fois personnelle et collective (2e part.) et, partant, de faire redécouvrir tout à la fois l’actualité du Lévitique (voir sa lecture du « Code de sainteté », Lv 17-26, dans sa 4e part.) et la continuité avec la prédication du Royaume des cieux dans le NT (3e part.). Le livre s’achève (5e part.) en proposant quelques pistes pour vérifier l’expression de la sainteté dans nos vies personnelles et dans la société par le combat de la foi. — D.L.