Fêtes et pèlerinages dans la Bible
Christian Grappe Alfred MarxSagrada Escritura - reviewer : André Haquin
Les deux professeurs de NT et d’AT de la Faculté de théologie protestante de Strasbourg collaborent une fois de plus à un même vol., comportant deux volets. Le projet est intéressant, car les chrétiens « héritent » de la foi monothéiste et des fêtes juives, même si la foi et les fêtes chrétiennes font l’objet d’une réinterprétation et d’une composition propre. Les fêtes de l’AT ont eu d’abord un enracinement agraire, suscitant l’action de grâce pour les fruits de la terre. Au fil des siècles, grâce aux événements de l’Exode et ceux de l’Exil à Babylone, la dimension historique ou événementielle – salvifique – s’est imposée, sans supprimer la première. Cette double dimension – agraire et mémorielle – se retrouve dans les fêtes chrétiennes, même si la signification historique et christologique est prioritaire.
Alfred Marx présente d’abord le pèlerinage au sanctuaire central de Jérusalem où les pèlerins sont invités à se rendre plusieurs fois par année. Ensuite, il est question de la fête printanière des pains sans levain qui, à partir de Josias, deviendra d’abord l’action de grâce pour la libération d’Égypte. Le Poème des quatre nuits a lui aussi favorisé ce déploiement de l’histoire du salut jusqu’à la Pâque eschatologique. Ensuite, il est question de la fête des semaines (Pentecôte) qui rappelle les bienfaits de Dieu et le don de la Loi. La fête des Tentes, elle aussi, est liée au calendrier des récoltes. Après l’Exil, le pèlerinage des Nations à Sion évoque l’élargissement de l’Alliance ainsi que le bonheur eschatologique et son festin (Is 25 et Zach.). On le devine, les Écrits intertestamentaires et le Talmud sont également sollicités dans ce vaste parcours.
Évoquant les fêtes chrétiennes à travers le NT, Christian Grappe aborde la Pâque et son enracinement dans la fête des pains sans levain, en examinant notamment le récit de la Passion dans les synoptiques et chez Jean, mais aussi dans les Actes. Cette même fête et celle de Pentecôte trouvent des échos en 1 Co 15, tandis que le Jour des expiations et la fête des Tentes trouvent une réinterprétation en Rm 3. La Transfiguration (« Faisons trois tentes ») et l’entrée à Jérusalem (les branchages) font allusion à la fête des Tentes. On trouve d’autres résonances en Jn 7 (eau vive) en rapport avec les rites de purification lors de cette même fête. De même dans Ap 7-8. Ce travail bref, mais bien documenté, souligne les évolutions au cours de la 1re Alliance et la réception en de nombreux passages de la 2de. Le dialogue judéo-chrétien et la liturgie pascale chrétienne trouveront un enracinement bienvenu dans le riche terreau de nos Pères dans la foi. — A. Haquin