Hommes et femmes en Église : du nouveau ?
(dir.) Odile Flichy (dir.) Clarisse Picard (dir.) Alain Thomasset s.j.Teología - reviewer : Gonzague de Longcamp c.s.j.
Ce petit opuscule est le fruit – juteux et savoureux – d’une journée d’étude qui s’est tenue aux facultés Loyola, le 25 mai 2023. L’approche pluridisciplinaire permet de garder à l’esprit la complexité, mais aussi la simplicité de la question. Bible, anthropologie, liturgie dialoguent avec l’expérience de femmes engagées dans l’Église. Mais, alors, où en est-on ? Plutôt que de retracer l’itinéraire des intervenants qui est très bien présenté dans l’introduction de Clarisse Picard, je voudrais souligner un certain nombre de questions qui apparaissent en filigranes et qui devront continuer à être explorées dans l’avenir.
À décortiquer le titre, on comprend les enjeux qui sous-tendent les réflexions des intervenants : Hommes et femmes. Évoquer simplement la « place » de la femme serait réducteur, car l’enjeu est bien relationnel. C’est bien l’écoute de tous les membres de l’Église dans la démarche synodale qui a questionné sur la place de « chaque-un » et des femmes singulièrement. D’où l’importance de scruter les relations de Jésus avec les femmes, puisque c’est bien cette attitude christique qui est la norme de notre agir. Il s’agit aussi de relire Paul pour ce qu’il veut dire, au-delà des présupposés misogynes qu’on lui attribue.
Mais c’est bien jusqu’à « l’identité féminine » de l’Église qu’il faut pousser la réflexion. Au-delà de l’héritage métaphysique grec, C. Picard propose une réflexion stimulante à partir de l’expérience de l’enfantement, d’autant plus pertinente que l’Église est une communauté de baptisés, d’enfants de Dieu (chap. 5). L’enfantement est un révélateur d’identité pour les personnes et pour l’Église elle-même. Ce faisant, ce sont toutes les relations que l’on peut repenser à l’aune de la vie (baptismale).
Cela nous conduit au 2e terme du titre : en Église. L’expérience synodale est l’occasion de vivre l’égale dignité baptismale mise en lumière si fortement par Lumen gentium 32-34, mais que le Concile lui-même tempère par la distinction du caractère sacré et séculier (chap. 4). Il s’agit donc bien de prendre en compte la réalité du renouveau eschatologique. Nous rejoignons plusieurs intervenants dans leur constat que le problème de l’articulation entre laïcat et ministère est plus fondamental encore que celui de la place de la femme. D’ailleurs, on réduit souvent la question de l’homme dans l’Église au ministre ordonné. Mais, le laïc homme n’est-il pas souvent le grand invisible des débats actuels ?
Le 3e terme du titre est une question aussi incisive que lapidaire : du nouveau ? En ce sens, il est précieux de partir des différents témoignages qu’ils soient de femmes en responsabilité dans l’Église, ou d’évêques qui ont donné des responsabilités (chap. 2). On part ainsi d’une expérience nouvelle pour nos Églises occidentales, avant d’aller scruter le NT pour se rendre ainsi compte que de nombreuses femmes ont eu des responsabilités dans les Églises des 1ers s. qui étaient essentiellement domestiques. Cette grande nouveauté est ainsi profondément ancrée dans les pratiques de l’Église ancienne. Comment penser alors cette immense tension ? Comment se ressourcer à l’Écriture, tout en tenant compte de l’histoire dont nous héritons ? Telle est bien la question majeure qui est la toile de fond de cette recherche.
Il me semble qu’on pourrait poursuivre ces réflexions dans deux directions qui touchent la théologie du ministère. D’abord, il s’agit de toujours penser le ministère à l’intérieur et en vue de l’unique sujet qu’est l’ecclesia. Il faut ensuite pouvoir donner des fondements théologiques plus stables aux nombreuses expériences en cours en se demandant ce qui dans le ministère pastoral est lié au sacrement de l’ordre et ce qui appartient au sacrement du baptême. Il est à espérer que l’immense travail entamé par Laurent Villemain sur ordre et juridiction pourra être poursuivi à la lumière des réflexions synodales.