Kandinsky. Expérience artistique et culture du spirituel

(dir.) Isabelle Moulin (dir.) Philippe Sers
Arte y literatura - reviewer : Markus Kneer

Même si on a parfois l’impression que l’art moderne et la religion n’ont pas grand-chose à dire l’un à l’autre, le regard sur un des fondateurs de la peinture abstraite moderne montre le contraire. Vassily Kandinsky (1866-1944), le grand théoricien de la relation art-spirituel, a beaucoup à dire aussi à la théologie. Ce livre, qui constitue les actes du colloque tenu au Collège des Bernardins (Paris) en fév. 2016, compte parmi ses A. des théologiens qui interprètent l’œuvre du peintre. Après la présentation de l’ouvrage par Isabelle Moulin, Philippe Sers propose une introduction biographique sur la personnalité de Kandinsky qui trouve un écho en fin de livre dans le texte d’Alexandre Kojève (1902-1968), philosophe célèbre et neveu du peintre. P. Sers dégage l’arrière-plan liturgique (imprégné par l’orthodoxie russe) de la conception kandinskienne du nouvel art spirituel qui mène à une synthèse des arts, à la synesthésie. En ce sens l’abstraction signifie toujours spirituellement aussi la transfiguration. Dans deux autres articles, Sers s’intéresse aux liens entre expérience spirituelle et création artistique à partir du principe de la nécessité intérieure chez le peintre russe, ainsi qu’aux fondements de la pensée et de l’œuvre kandinskiennes dans le texte « Du matériel dans l’art, en particulier dans les arts graphiques » (d’août-septembre 1914, la traduction française de Bernadette du Crest est incluse). I. Moulin retrace dans l’œuvre du peintre l’« itinéraire d’une redéfinition de l’espace » (p. 62) : l’éclatement des cadres spatiaux-temporels dans le tableau « Composition vi », p. ex., ne mène pas à une destruction, mais à une inversion de la perspective qui monte vers l’absolu. Denis Dupont-Fauville voit en Kandinsky comme un pont entre l’Orient et l’Occident chrétiens qui invite chaque personne à découvrir le « pur et éternel artistique ». Jean-Louis Deloffre (décédé en 2020, et dédicataire de l’ouvrage) dégage les résonances entre les compositions bibliques (avant tout le corpus sapiential) et kandiskiennes qui évoquent toutes les deux l’aspect spirituel dans leurs structures. Nadia Podzemskaia décrit les relations que Kandinsky entretient avec Evsejsor (1891-1974), mathématicien, historien de l’art et philosophe, et son père David Sor (1867-1942), célèbre pianiste et fondateur de l’Institut Beethoven en Russie. Jean-François Riaux lie l’intérêt de Kandinsky pour la science de son temps avec sa quête d’une « science de l’art » pour trouver la « vie ». L’importance du théâtre pour le peintre est très bien développée par Jelena Hahl-Fontaine qui souligne que les représentations scéniques sont idéales pour la réalisation d’une synthèse des arts (il est heureux qu’on ait publié dans ce livre la pièce de théâtre Kandinsky, une vie bariolée de Brigitte Hermann, jouée pendant le colloque). Gérard Conio insiste sur cette importance : « le théâtre était pour lui non seulement le moyen de créer la synthèse des arts, mais il devait constituer, plus que tout autre mode d’expression et en les unissant tous, le “vecteur du spirituel dans l’art » (p. 213). L’influence de l’écrivain symboliste belge Maurice Maeterlinck (1862-1949, prix Nobel de 1911) sur l’œuvre théorique et pratique de Kandinsky est abordée par Natalia Avtonomova. Jean-Claude Marcadé étudie les liens entre la poésie et la peinture kandinskiennes.

Ce livre richement illustré rend accessible à un large public l’œuvre de Kandinsky, tout autant que le peintre lui-même. — M. Kneer

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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