L’Église catholique est crédible, préf. Card. R. Sarah
Louis-Marie de BlignièresTeología - reviewer : Gonzague de Longcamp c.s.j.
La crédibilité de l’Église est fortement remise en cause depuis quelques années, principalement à cause des scandales et des silences révélés en son sein. Étant donné le renouveau de l’apologétique contemporaine, il n’est pas dénué d’intérêt de manifester ce qu’est l’Église et en quoi elle peut être fiable. Ceci est d’autant plus intéressant que l’A. est reconnu pour être un fidèle serviteur de l’Église.
Malheureusement, l’apologétique que l’on découvre au fil des pages est extrêmement classique. L’A. soulève la question, pourtant actuelle, du rapport de l’Église et du royaume, mais il ne débat qu’avec les grandes figures de la période moderniste, sans actualiser ni les termes du débat, ni les protagonistes.
De même, près de la moitié de l’ouvrage est consacrée au ministère de Pierre afin de défendre la légitimité du pontificat suprême. C’est évidemment un élément constitutif de l’Église catholique qu’il ne faut pas minimiser. On aurait aimé pourtant trouver des éléments pour un débat renouvelé. Déjà en 2008, Benoît xvi avait demandé aux théologiens de réfléchir à l’exercice du pontificat durant le ier millénaire afin de pouvoir faire avancer le débat œcuménique. Or, on perçoit une forte méfiance vis-à-vis de la question œcuménique au fil des pages. Dans ces chap., les pages consacrées à la Tradition passent presque entièrement sous silence les textes de Dei Verbum, ce qui est fort dommage.
Enfin, le 6ème chap. est consacré à la sainteté de l’Église : s’il y a un thème qu’il nous faut retravailler à la lumière de la crise des abus, c’est bien celui-là. Et rien ne transparaît de ces questions.
On regrettera que plusieurs allusions faites à Ratzinger soient utilisées pour exprimer – indirectement – des réserves à l’égard de la théologie conciliaire. Si Ratzinger a pu poser des questions quant à la réception de Vatican ii, il reste un des grands artisans du Concile.
Au terme de la lecture, on est un peu déçu que l’ouvrage n’ait pas saisi l’occasion pour offrir une apologétique ecclésiale renouvelée. Il reste alors un témoin intéressant de la persistance d’une apologétique traditionnelle, voire traditionaliste. — G.d.L.