L'histoire en présence de l'Éternel. L'eschatologie d'Henri de Lubac

Alek Zwitter
Teología - Census taker : Denis Dupont-Fauville

Alek Zwitter, prêtre de la communauté de l’Emmanuel et du diocèse de Ljubljana, vient de faire paraître la thèse qu’il a soutenue l’an dernier à la Fac. Notre-Dame de Paris, après une licence à l’IET de Bruxelles. Il y étudie la façon dont le p. de Lubac intègre dans son œuvre la dimension de l’eschatologie.

Le défi était double. D’une part, de méthode : la démarche consiste à étudier Lubac de façon transversale, c.-à-d. à « expliquer et synthétiser sa pensée à partir de ses propres écrits », ce qui exigeait à la fois rigueur et courage, cette thématique n’ayant jamais été abordée pour elle-même dans un corpus aussi abondant que dense, où fourmillent les intuitions récurrentes et les formulations elliptiques. D’autre part, sur le fond : depuis l’époque de Vatican ii, le souci de l’eschatologie s’est comme absenté de la réflexion théologique et des interrogations explicites de nos contemporains. Il s’agissait donc, sans beaucoup de repères au départ, d’arriver à formuler une espérance en réalité partout présente mais que nous avons de plus en plus de mal à entendre.

Paradoxalement (ce qui est très lubacien), l’ouvrage commence par critiquer des conceptions connues, en les confrontant au christianisme, avant d’en arriver à l’expression positive du mystère chrétien. La 1re partie réfute donc ce que Lubac nomme « les doctrines individualistes d’évasion », pensée hellénistique ou bouddhisme, qui « comportent un rapport radicalement négatif au monde et une fuite » individuelle hors de l’histoire. La 2e partie, symétriquement, s’attaque aux nombreuses eschatologies immanentistes (ou intramondaines) qui, dans le sillage de Joachim de Flore, conduisent à des utopies prétendant « établir un règne eschatologique à l’intérieur du monde présent ».

À l’issue de ces pages parfois exigeantes mais fort claires se dégage, dans une 3e partie, la façon dont le p. de Lubac assemble les éléments d’une eschatologie proprement chrétienne, dans une tension constitutive « entre l’aspect mystique, l’aspect d’une eschatologie déjà présente, et l’aspect proprement eschatologique, une eschatologie future qui est encore à venir ». Le Salut se fait dans l’histoire sans être de l’histoire ; il concerne chacun en se souciant de tous ; et la transcendance chrétienne n’est pas tant l’aboutissement de l’immanence que le moteur de celle-ci, l’Esprit ne cessant de nous conduire au Christ.

Cette anagogie à la fois historique et mystique renouvelle notre compréhension des quatre sens de l’Écriture ou de l’Eucharistie, pour aboutir à la « communion personnalisante ». Une réflexion qui va crescendo et marquera sans doute son domaine. — D. Dupont-Fauville

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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