L’usage liturgique des écritures dans l’Ordo lectionum missae. Principes-procédures-exemples
Jean-Claude ReichertLiturgia y pastoral - reviewer : André Haquin
Préparé pour l’habilitation à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg (Suisse) en vue du titre de Privat-docent (2020), le travail de Jean-Claude Reichert est d’une grande précision. Bibliste de formation, il fait un examen critique de la nouvelle organisation de la liturgie de la parole selon le lectionnaire des dimanches et des fêtes de Vatican ii, à partir des textes officiels, de leur mise en œuvre, ainsi que des réactions de biblistes allemands et français. Le sous-titre exprime clairement l’objectif poursuivi : Principes-procédures-exemples. Ce qui se joue dans ce secteur concerne le rapport bible et liturgie, vécu dans la célébration elle-même.
Six chap. – aux titres assez énigmatiques – se succèdent, qui suivent le déroulement de la liturgie de la parole : 1) Le principe de valeur. Comment comprendre la praestantior pars des saintes écritures (SC 51) ? C’est l’évangile qui a été choisi comme pièce maîtresse du nouveau lectionnaire, se déroulant selon la lecture semi-continue ; 2) Le principe d’harmonisation : le texte de l’AT est choisi en harmonie avec l’évangile du jour. L’exégète craint une sorte de subordination ou d’instrumentalisation de l’AT, tant pour le choix des péricopes que pour leur contexte propre, si le critère de la typologie était prévalent. L’AT ne peut être considéré seulement comme l’annonce prophétique du NT ; 3) Le principe responsif : le choix du psaume appelé « responsorial » est la réponse de l’assemblée à la parole proclamée dans la 1re lecture, mais il est parfois choisi en rapport avec l’évangile du jour ; 4) Le principe d’unité kérygmatique ou l’unité organique du formulaire biblique du jour. La 2de lecture, proclamée en lecture semi-continue, n’a pas de lien particulier avec l’AT ni avec l’évangile. Est-ce normal ? ; 5) Le principe invitatoire : autre question, le verset biblique précédant l’évangile est-il plus qu’une pièce de réemploi ? ; 6) Le principe normatif : il est question du rapport entre l’Écriture et le mystère célébré. La « norme ultime » serait pour l’A. le rapport à la vie spirituelle, à la vie chrétienne elle-même. On ne peut qu’être d’accord, mais la célébration du mystère du salut, s’il y a une réelle participation de l’assemblée, ne rejoint-elle pas cet objectif essentiel ?
L’intr. Interactions entre Bible et Liturgie et la conclusion Interactions entre la Bible et l’Église montrent l’enjeu de tout le travail, d’une grande précision au plan herméneutique. La préoccupation du bibliste est le respect de l’Écriture, ou mieux l’accueil de la présence du Ressuscité au cours de la célébration de l’Église (SC 7). La crainte de l’instrumentalisation des écritures est récurrente dans l’ouvrage. On le sait : les arguments probatur ex Scriptura de la dogmatique du xixe s. étaient pratique courante. Toutefois, le liturgiste ne trouvera pas son compte dans l’argumentation de cet ouvrage qui a trait au statut de l’Écriture en contexte liturgique. Peut-être est-ce le genre académique de ce type de travail qui en explique les limites ? Quoi qu’il en soit, on peut affirmer qu’une exploration de la tradition liturgique au fil des siècles montrerait comment la parole de Dieu a trouvé sa place dans son rapport avec la célébration du mystère du salut. On pourrait également poser d’autres questions pastorales : quelle est la connaissance de la bible par les catholiques d’aujourd’hui et comment la faire progresser ? Quels sont les enjeux de l’homélie et comment les rencontrer ? — A.H.