Le philosophe jésuite Paul Valadier consacre son 35e ouvrage à un sujet qu’il qualifie d’éprouvant : la paix. Valeur aussi ardemment désirée que toujours provisoire, la paix reste difficile à définir car les menaces qui pèsent sur elle sont aujourd’hui multiformes. Elle suppose en tout cas entre les humains un rapport de confiance qui accepte d’écouter autrui dans sa différence. À cet égard, l’A. met en évidence le rôle bienfaisant joué par les organisations internationales, en tant qu’espaces de dialogue, même si leur action est trop souvent entravée par les nationalismes étroits. Les théologiens apprécieront les analyses consacrées à la religion : celle-ci peut certes être accusée de nourrir la violence mais, d’une part, il faut se garder de traiter toutes les religions de la même manière, en les englobant d’ailleurs dans un violent mépris ; d’autre part, il faut voir que toutes les activités humaines peuvent être investies par la violence puisqu’elle habite le cœur de l’homme. Croire p. ex. que le polythéisme serait source de tolérance ou qu’un régime athée serait exempt de violence est purement illusoire. On appréciera aussi les mises au point sur la non-violence qui ne peut tomber dans le pacifisme et sur la théorie de la guerre juste qui garde l’avantage de donner des critères précis dans l’évaluation des situations conflictuelles. L’Écriture sainte s’invite judicieusement dans le débat pourvu qu’on n’en fasse pas une lecture littéraliste : ainsi le don de la Terre Promise ne peut être la justification pure et simple d’un sionisme exacerbé puisque l’Alliance avec le Dieu vivant est prioritaire par rapport à la Terre ; ainsi encore les prescriptions évangéliques doivent certes inspirer l’action des chrétiens en politique, mais elles ne sont pas toujours applicables comme telles dans nos sociétés séculières ; ici comme ailleurs, un discernement s’impose : le Christ a refusé d’être roi en ce monde, mais la fraternité qu’il inaugure est levain pour toute la pâte humaine. Le plan est clair ; les références à l’actualité, nombreuses. — X.D.