La plume et le tombeau. Dix écrivains face à la mort

Robin Nitot
Arte y literatura - reviewer : Albert Evrard

L’avant-propos de Robin Nitot fixe le projet de ce livre : acquérir un avantage sur l’auteur, « en regardant sa mort » et par la même « un aperçu de la direction profonde de ses écrits ».

Intéressant projet s’il ne présentait Drieu La Rochelle, romancier, essayiste, journaliste et ami des plus fines plumes de l’entre-deux guerres mais aussi, poussé par le vent de la défaite, celui qui cherchant à mettre fin à ses jours en 1944, y réussira en 1945, au lendemain de l’annonce publique d’un mandat d’amener, lancé contre lui. En effet, quelle direction profonde rechercher dans des écrits émergeant d’eaux troubles, coulant une France où tenir des postes près de l’occupant se mêle à la plume et au dandysme ? L’histoire ne fait-elle plus devoir de ne pas se souvenir d’auteurs « collaborationnistes et antisémites » (p. 162) ? Si elle faisait devoir, son nom ne serait pas cité, quitte à traiter d’un autre écrivain suicidé (p. 7)… Enfin, que dirait Max Jacob († 1944) ou Simone Weil († 1943) de pareille compagnie dans un même ouvrage ?

Pour les 9 autres auteurs, l’itinéraire du livre est clair et la plume aisée pour un sujet essentiel en ce monde où l’idée de sa mort et de s’y préparer (ars moriendi) manque à ce point qu’une loi qui la facilite vient à être attendue. À côté d’un rapport au divin, d’une postérité, un style de mort est décrit : « parachèvement de son parcours » (Péguy, p. 49), maîtrise de la mort qui s’avance tout en faisant partie de la vie (Jane Austen, p. 76), vision d’une « lumière noire » signe d’un monde à découvrir (Victor Hugo, p. 82), enfermement dans les murs blancs d’un sanatorium où préférer le faible au fort et se préparer (Simone Weil, p. 118), ou délire du paludisme précoce précédant une mort aux conséquences politiques pour la Grèce (Lord Byron, p. 118), l’inéluctable gagne. Quant à Max Jacob, aider les autres, en prison comme ailleurs, signe l’appel intérieur à la vie dont il sera ravi par la cruauté et l’injustice (p. 169), avant qu’avec Molière (p. 183) en malade imaginé et Saint-Exupéry (p. 227), ordinaires dans leur action jusqu’au bout, le rideau ne tombe sur des vies dont la chaleur se retire. — A. Evrard s.j.

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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