La théologie face aux sciences religieuses

Pierre Gisel
Teología - Census taker : Jacques Scheuer s.j.
La théologie et les sciences des religions doivent désormais, en vertu d'un processus culturel dont les temps forts se situent au 19e s., se différencier avec soin tout en entrant dans un jeu d'interactions qui suppose que soient clarifiés et sans cesse redéfinis leurs objectifs, leurs méthodes et leur ancrage institutionnel (notamment dans le cadre universitaire). Il apparaît que, par-delà les débats disciplinaires, c'est à toute l'histoire des évolutions de la société et de la culture, c'est à l'éclipse ainsi qu'aux multiples formes de recomposition du religieux, que le théologien se voit renvoyé, si du moins son discours, se tenant à l'écart des fondamentalismes, ambitionne de se faire entendre dans le champ public de la rationalité. Voilà la problématique qui confère unité et originalité à la dizaine d'essais qui, dans leur première version, avaient paru en ordre dispersé.
La 1e partie, «La théologie dans la recomposition religieuse contemporaine», déploie d'abord l'espace du débat actuel entre théologie et sciences religieuses (ou des religions); elle examine ensuite la crise moderne de l'institutionnalisation du religieux à la lumière notamment du modèle construit par E. Troeltsch autour des trois types: «église», «secte», «mystique»; elle s'interroge enfin sur les déficits, les découvertes et les enjeux mis au jour par l'essor du New Age. La 2e partie, «La théologie comme héritage et mise en perspective», balaie un champ historique bien plus vaste: l'A. commence par explorer, à partir de Grégoire de Nysse, du Pseudo-Denys et de Maître Eckhart, la mystique, cette «veine chrétienne» trop souvent délaissée par la théologie réformée et même par la théologie catholique; il évoque ensuite le destin du «néo-protestantisme» qui, au 19e s., concrétisa une certaine volonté d'inscrire la vision chrétienne dans la modernité (E. Troeltsch apparaît ici à la fois comme l'aboutissement et le dépassement de ce courant); il revient enfin sur la tension entre un horizon universel, conquête des Lumières, et la nécessaire reconnaissance des différences au sein de sociétés complexes. La 3e et dernière partie, «La théologie comme reprise réflexive», revient constamment sur la question du fondement, à travers le rapport à Jésus (le fondateur du christianisme?), au canon scripturaire, à la figure d'Abraham (le «père des croyants»?); elle oriente aussi vers la fin, en tentant de situer l'existence croyante entre sa condition d'incarnation et l'espérance théologale qui assume la mémoire et ouvre à la promesse. L'ouvrage se ferme - ou plutôt ouvre - sur douze «propositions récapitulatrices» (278-286) au sujet du travail théologique.
Chacun des dossiers intégrés à ce recueil renvoie en notes à d'abondantes orientations de lectures, ce qui renforce son potentiel d'incitation à la recherche. Si la réflexion de P. Gisel se tient au croisement de la théologie et des sciences des religions, elle se situe également au point de clivage entre sensibilités protestante et catholique. C'est dire l'importance des enjeux et sa possible fécondité. - J. Scheuer, S.J.

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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