Marcel Jousse, lecteur de Bergson. Enquête philosophique et historique

Élisabeth Vasseur
Filosofía - reviewer : André Haquin

Fruit d’une thèse d’histoire de la philosophie en cotitulature entre l’Institut catholique de Paris et l’Université catholique d’Eischätt-Ingoldstadt, le travail d’Élisabeth Vasseur consiste en une lecture croisée des écrits de Henri Bergson (1859-1941), professeur au Collège de France et de ceux de Marcel Jousse s.j. (1886-1961), enseignant à la Sorbonne. À première vue, on pourrait penser que ces deux chercheurs ont peu de choses en commun. Bergson est un philosophe exceptionnel et un métaphysicien, Jousse est un anthropologue, connu pour son Anthropologie du geste (1969) à la frontière entre la psychologie et la phénoménologie de Merleau-Ponty. Jousse toutefois, a toujours reconnu sa dette envers le philosophe H. Bergson. Dans son enseignement, Bergson excellait dans le style oral et dans le geste, n’utilisant pas de support écrit. N’avait-il pas été marqué par la beauté et la qualité de certains gestes lorsqu’il pratiquait l’équitation, l’escrime et même la danse ? Il avait une admiration sans borne pour l’art de l’oralité pratiqué par Jésus, notamment dans ses paraboles.

On peut dire que Bergson et Jousse s’inscrivent en faux contre une perspective dualiste de la personne. Proches de la passion poétique de Charles Péguy, marquée par l’oralité, tous deux cherchent à rendre compte de l’unité de l’être humain à la fois spirituel et charnel. C’est ainsi que l’âme d’une pianiste peut se découvrir dans les doigts de ses mains donnant vie à l’œuvre. C’est aussi de cette manière que l’intelligence et la sensibilité du sportif se découvrent, comme cet été aux Jeux Olympiques de Paris. Pour en revenir à Bergson et Jousse, on peut dire que chacun a son approche et son lieu propre, l’anthropologie qui, à la manière de Marcel Mauss et de Lucien Lévy-Bruhl part des faits et des gestes de vivants, et la philosophie qui tente de rendre compte du réel à partir de la pensée et de la parole. 

Le travail comporte 3 parties. Tout d’abord « Le primat du geste : regards sur Bergson ». Selon Jousse, le philosophe Bergson s’adonne à la pensée analytique qui morcelle le réel. Toutefois, dans le domaine de l’oralité, Bergson pourrait être appelé le « métaphysicien du geste anthropologique ». La 2e part., « Relecture en chiasme : Jousse et Bergson », est une confrontation savante, une « relecture en chiasme » de la pensée de Bergson et de celle de Jousse. Les deux penseurs, malgré leurs profondes différences, ont en commun leur attention à la réalité et au vivant. Dans la 3e part., « Le “sport des idées” : Jousse critique Bergson », l’A. affirme l’originalité de l’anthropologue qui approche les vivants par le concret plutôt que par l’intelligence théorique. 

L’annexe propose de nombreux documents d’ordre historique et philosophique, concernant les cours de Bergson et Jousse, de nombreuses correspondances avec des intellectuels de leur temps (p. 337-497) ainsi qu’une bibliographie sélective des deux auteurs (p. 497-523). — A.H.

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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