Avec un tel titre et de telles autrices, le lecteur doit s’attendre à un voyage décapant… Et il n’est pas déçu. On ne peut que souscrire au constat de base : comment comprendre une telle différence, concernant Marie, entre le donné des évangiles d’une part et le donné dogmatique de l’autre ? Qu’y a-t-il de commun entre la figure biblique et une piété sucrée et évanescente, telle qu’elle peut être véhiculée par certaines pratiques, lieux de pèlerinage et de dévotion ou révélations privées ?

Aux yeux de ces théologiennes, la théologie élaborée par des clercs célibataires au long des siècles serait la principale coupable. En cela, Jean-Paul ii et sa théologie de la femme n’échappent pas à la critique. Critique que d’autres théologiennes, comme Anne-Marie Pelletier, ont déjà adressée avant elles et qu’on ne peut pas ne pas entendre : que reste-t-il de la femme des évangiles dans la vision idyllique de Marie proposée par certains ? Qui plus est, comme le montrent bien les A., faire de Marie une figure idéalisée empêche non seulement les femmes, mais les hommes eux-mêmes de s’identifier à elle, comme disciple du Seigneur. Étant donné l’importance des questions soulevées, il est essentiel de passer au-delà de certains agacements pour entrer dans la démarche qui est proposée.

Elle se déroule en 3 temps. Dans une 1re part., il s’agit de « Déconstruire ». Après avoir dénoncé, non sans quelques excès, les outrances d’une inflation mariale, il s’agit de poser à frais nouveaux, dans une perspective biblique et avec un regard féminin, deux questions essentielles de la théologie mariale : celle de la virginité et celle de la maternité. Il faut ici reconnaître que malgré quelques raccourcis malencontreux sur l’élaboration dogmatique, la question des présupposés inconscients qui sous-tendent une théologie élaborée majoritairement par des hommes célibataires est vraiment pertinente.

Le 2e temps de la réflexion consiste en un « ressourcement biblique » de la théologie mariale. Dans cette part., où la polémique tient bien moins de place, les A. offrent une lecture vivifiante des personnages féminins du 1er Testament et du rapport que Marie entretient avec elles.

Il reste donc, dans un 3e temps à proposer des pistes de reconstruction. Les théologiennes revisitent les lieux principaux évoqués dans la 1re part. pour proposer une théologie de Marie Mère – de Jésus et du Christ – et Marie disciple. On remarquera ici que les A. ne reprennent pas Marie, « Mère de Dieu ». Si on suit leur raisonnement, cette omission est volontaire… et c’est dommage. Le ressourcement biblique qu’elles offrent aurait peut-être permis de recevoir le dogme à frais nouveaux, ce qui apparaît hautement nécessaire. De même, en ce qui concerne la virginité. Les questions posées dans la 1re part. sont tout à fait pertinentes et les pistes proposées stimulantes. Pourquoi ne pas avoir repris la question dans la phase de construction ? Dans la société telle qu’elle est, ne serait-il pas précieux que des femmes osent un discours renouvelé et différent sur la question de la virginité ?

Ainsi, si l’on fait abstraction des raccourcis dans l’élaboration dogmatique et de certaines outrances dans les condamnations, on trouve un stimulant dans cette théologie ressourcée à l’Écriture. — G.L.

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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