Napoléon et le sacré. Une vie spirituelle, une politique religieuse

Marie Courtemanche
Historia - Census taker : Bernard Joassart s.j.
L'A. aborde ici conjointement deux thèmes de toute évidence intimement liés. L'un, souvent étudié, à savoir la « politique religieuse » de Napoléon (et dans le cadre plus large de la Révolution française) ; l'autre, plus difficile à circonscrire, concernant les convictions personnelles de Napoléon. Inutile de s'étendre longuement sur le premier sujet : la période révolutionnaire changea notablement la donne pour toutes les religions, et tout spécialement pour le catholicisme qui, de référence primordiale et presque unique dans la vie de la France, devint finalement une religion parmi les autres tout en demeurant, par les clauses du concordat de 1801, comme la religion de la majorité des Français, et gardant de ce fait - et pour longtemps - une place prépondérante dans la société. Encore faut-il se rappeler que les rapports État-catholicisme furent souvent vécus sur le registre de l'amour-haine. Aborder le second thème n'était pas chose aisée, tant Napoléon fut un personnage complexe, et tant ses déclarations comme ses actes purent varier - et fortement - dans le temps. Il fut bien sûr tributaire de son enfance, largement baignée par le catholicisme, tout autant que de l'esprit du temps où les critiques, voire les attaques frontales, à l'égard du catholicisme ne manquèrent pas, en même temps que par sa rencontre avec d'autres religions, en particulier l'Islam lors de la campagne d'Égypte, et son initiation maçonnique. Pour caractériser la « religion » de l'Empereur, le mieux est sans doute de citer quelques lignes de la conclusion de l'A. : « En un mot, Napoléon peut être tenu comme un déiste de conviction matérialiste pratiquant une religion politique et/ou sentimentale avec des velléités religieuses et des tendances superstitieuses. Sa croyance est véritablement suspendue entre celle des Lumières et celle des Romantiques : entre coeur et raison. Pour ce qui est de ses convictions, elles sont proches de celles de l'Institut. Elles correspondent à une espèce de « libertarisme religieux » avec un crédit accordé à la religion en tant que garante de l'ordre. Mais au fond n'importe pas tant ce à quoi il croit que le fait même qu'il croit. Sa foi en Dieu est quasi de l'ordre de l'instinct. Elle se subordonne probablement à un niveau d'inconscience selon lequel il est plus rationnel de croire en Dieu que de ne pas y croire. L'athéisme des Encyclopédistes est passé de mode : la révolution en a fait une doctrine repoussante. Du reste, Napoléon l'a avoué lui-même, sa nature s'accorde avec la pensée de l'infini » (p. 282). Voilà qui rejoint à mon sens ce qu'il déclarait devant le Conseil d'État, le 1er août 1800 : « C'est en me faisant catholique que j'ai fini la guerre de Vendée, en me faisant musulman que je me suis établi en Égypte, en me faisant ultramontain que j'ai gagné les esprits en Italie. Si je gouvernais le peuple juif, je rétablirais le temple de Salomon ». - B. Joassart s.j.

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