Psaume 137 (136). Sur les fleuves de Babylone
(dir.) Matthieu Arnold (dir.) Gilbert Dahan (dir.) Annie Noblesse-RocherSagrada Escritura - reviewer : Didier Luciani
À peine le temps de refermer le volume précédent de la coll. « Études d’Histoire de l’exégèse » (voir NRT 146, 2024, 661-662) que le n° suivant paraît déjà. Ce 22e d’une série inaugurée il y a 15 ans s’intéresse au fameux psaume 137 (Super flumina Babylonis) dont la récitation liturgique est aujourd’hui souvent expurgée à cause de la cruauté et du scandale que peuvent provoquer les deux derniers versets : « Fille de Babylone, promise au ravage, heureux qui te traitera comme tu nous as traités ! Heureux qui saisira tes nourrissons pour les broyer sur le roc ! » (v. 8-9). Or l’une des surprises de cet essai, parmi beaucoup d’autres découvertes intéressantes, est de montrer que ces versets finaux ont beaucoup moins provoqué de trouble voire d’intérêt dans les commentaires traditionnels – l’exégèse rabbinique (D. Lemler), les écrivains chrétiens de l’Antiquité (P. Descotes), l’exégèse chrétienne médiévale (G. Dahan), les commentaires protestants (A. Noblesse-Rocher) – que dans l’exégèse contemporaine. L’ensemble de ces enquêtes est précédé par une remarquable et minutieuse étude d’Alfred Marx (« Le Psaume 137, de la nostalgie à la haine », p. 15-35) qui n’édulcore en rien la portée du macarisme final (« Heureux qui saisira… ») en donnant au psalmiste le droit d’exprimer sa haine et la possibilité d’en remettre l’assouvissement à un autre que lui-même.