Sur la voie du désir... Dieu. La pensée d'Adolphe Gesché
Jean-François GosselinTeología - reviewer : Paul Gilbert s.j.
Adolphe Gesché, prêtre du diocèse de Bruxelles, a été prof. à la Faculté de théologie de l’Université de Louvain. Il est décédé en 2003. Son œuvre est d’une grande richesse théologique, en particulier parce que, comme le montre Jean-François Gosselin, prof. de théologie à l’université d’Ottawa, elle est centrée sur le « désir de Dieu ». À côté de nombreuses publications et conférences, Gesché a composé un ensemble de 7 vol. sous un titre commun, Dieu pour penser. Ce titre est significatif des inquiétudes de Gesché. Notre époque n’est plus celle de la modernité, quand la science prenait ses distances avec la théologie, quoiqu’on ne puisse pas ignorer les traces du christianisme chez Descartes ou Kant. Elle n’est plus non plus celle des Lumières, du combat athée contre les religions. Elle est devenue indifférente envers les religions, surtout en Europe et dans le nord des Amériques, particulièrement envers le christianisme.
Les 7 vol. de l’œuvre principale de Gesché (sur le mal, l’homme, Dieu, le cosmos, la destinée, le Christ, le sens) affrontent des problématiques que les mentalités actuelles ne veulent plus considérer, les jugeant sans intérêt pour vivre. L’A., qui a déjà publié des études sur Gesché dans la coll. Cerf Patrimoine d’abord en 2016, Le rêve d’un théologien : pour une apologétique du désir, puis en 2011, L’apologétique, avenir de la théologie ? Pour d’heureuses retrouvailles sur les traces d’Adolphe Gesché, souligne que, pour le louvaniste, cette indifférence va de pair avec un écroulement du « désir ». C’est en effet sur ce point précis que les théologiens devraient orienter leur service d’Église.
« Penser Dieu », c’est ouvrir la pensée au-delà de soi, l’inviter à renoncer à ne se préoccuper que de ses sécurités, de ses affections. C’est commencer une aventure. Gesché commence son livre sur Dieu par ces mots : « Le mot Dieu existe. Telle est sans doute la seule certitude qui fasse unanimité ». Ce n’est pas là une affirmation désabusée, mais plutôt une invitation à aller dans les profondeurs de nos multiples actes de foi humaine qu’animent tant de désirs. « Penser Dieu », c’est se donner à vivre d’un désir sans fin, que Levinas distinguait du « besoin ». Or la fin du désir, dirions-nous avec Aristote, est le bonheur, ce qui ne veut pas dire que la personne désirante pourra enfin se clore sur elle-même.
Grande est l’attention de Gesché à la manière de dire « Dieu », qui annonce son être d’alliance avec l’humanité. Le « Dieu de l’évangile qui se présente sous le mode de l’amitié ne pose pas des entraves, mais au contraire libère nos intimes possibilités. En Jésus, une figure humaine de Dieu nous est révélée comme lumière du monde et chemin de vie en vérité. Et au-delà de toute prétention humaine, celle-ci se manifeste à nous comme le vrai Dieu, dans le sens précis qu’elle rend humain, en vérité » (p. 174). Un beau livre, très lisible, pour un large public. — P.G.