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De David et Bethsabée aux rois et à l’histoire d’Israël. Étude narrative et théologique de 2 Samuel 11−12 (2)

Sylvie de Vulpillières
Après avoir montré la cohérence de 2 S 11−12 dans une première partie (NRT 140, 2018, p. 177-196), on cherche à mesurer narrativement l’importance de ce diptyque en son contexte littéraire. Une typologie se dessine : le péché de David et Bethsabée est emblématique de la vie des rois d’Israël et de leur peuple, mais renvoie aussi déjà au récit d’Adam et Ève. Le péché ne conduit pas Dieu à détruire son peuple mais à renouveler, dans le châtiment même, son alliance.

Comme s’est proposé de le montrer la première partie de cet essai (NRT 140, 2018, p. 177-196), tel quel, 2 S 11−12 fait sens et montre une réelle cohérence. Il importe désormais de mesurer narrativement l’importance de ce diptyque en son contexte littéraire. Si, dans le livre des Chroniques1 où la vie de David est relatée, il n’est nullement question de Bethsabée ni d’Urie, que veut faire comprendre le narrateur des livres de Samuel et Rois en insérant ces deux chapitres au milieu du parcours de David ? Le propos de cette partie est de développer comment 2 S 11−12 forme un tournant dans la vie de David et va influer sur sa descendance ; et comment la royauté et la destinée d’Israël s’en trouveront affectées. Il s’agira enfin de présenter de quelle façon la royauté en 1‒2 Samuel et 1‒2 Rois est perçue.

I 2 S 11−12 dans le cycle de David

Dans les chapitres qui précèdent 2 S 11−12, le narrateur présente David comme un homme courageux, victorieux, pieux et juste2. Les épisodes qui suivent permettent de relever quelques-unes des nouvelles caractéristiques du personnage3. Il s’agit de voir si, selon les propos de Natân, porte-parole de Dieu en 2 S 12,7-13, les actions de David relatées en 2 S 11 ne restent pas sans suite, impliquant un changement dans sa vie et dans celle de ses successeurs. Ce qui permettra ensuite d’examiner si ces deux chapitres constituent ou non un réel tournant narratif et comment.

« Qu’arrive-t-il donc ensuite » (cf. 2 S 13,1) ? Les fils de David se livrent une lutte sans merci ; leurs combats sont ponctués d’outrages et de morts brutales. David, quant à lui, reste impuissant face à cette violence. 2 S 13 raconte en effet comment la fille de David, la belle et innocente Tamar4, est outragée par son demi-frère Amnon, qui berne leur père pour assouvir brutalement ses désirs. Après en avoir été informé, le roi ressent irritation et grande tristesse, mais ne dit rien (2 S 13,21). Absalom, à son tour, dupe son père pour assassiner Amnon (2 S 13,23-29) et venger sa sœur, faisant de David un père mortifié, ne pouvant que se désoler de la mort d’Amnon (13,31.37.39). David, lui, reste inopérant face à cette violence, il n’est plus le guerrier actif remportant victoire sur victoire (1 S 18,14). En bref, David devient le spectateur impuissant des malheurs de sa famille5.

Cette lutte entre frères a été mise en parallèle avec celle de Gn 46. Caïn tue Abel par jalousie. Or le désordre est advenu avec Adam et Ève (Gn 3), amenant la jalousie, la violence, la mort dans leur descendance : il en est de même pour la famille de David7. Aux dires de l’un ou l’autre exégète, même si les premiers chapitres de la Genèse n’ont pas été écrits avant 1 S 12 et suivants, le lecteur a commencé son parcours à travers les Écritures avec Gn 1‒4 et ne peut pas ne pas faire le lien entre ces deux récits8. Les nombreux parallèles relevés entre Gn 2‒4 et 2 S 11‒12 sont indéniables et autorisent à parler d’intertextualité9. Plusieurs traits communs existant entre la chute des deux couples ont en effet été relevés : le regard qui entraîne la convoitise, la prise de l’objet (avec le même verbe hébreu : lāqaḥ), le jugement prononcé par Dieu, un nouveau fils après la mort d’un premier, également la guerre fratricide et le désordre10. Le tableau suivant relève les éléments parallèles :

Gn 2‒4

2 S 11‒12

L’interdit

« Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin. » (Gn 3,1)

Les commandements de la Seconde Table de la Loi.

Le regard

Ève voit l’arbre et le fruit et le désire.

David voit Bethsabée et la veut pour lui.

Voir l’objet bon et le désirer

« La femme vit que l’arbre était bon à manger. » (Gn 3,6)

« Il aperçut une femme qui se baignait. La femme était très belle. » (2 S 11,2)

Se renseigner / questionner

Discussion entre le serpent et la femme sur l’arbre. (Gn 3,1a-5)

« David envoya prendre des renseignements sur cette femme. » (2 S 11,3)

Prendre

Ève prend le fruit défendu. (Gn 3,6)

David prend Bethsabée. (2 S 11,4)

L’interdit

« Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin. » (Gn 3,1)

Les commandements de la Seconde Table de la Loi.

Le regard

Ève voit l’arbre et le fruit et le désire.

David voit Bethsabée et la veut pour lui.

Voir l’objet bon et le désirer

« La femme vit que l’arbre était bon à manger. » (Gn 3,6)

« Il aperçut une femme qui se baignait. La femme était très belle. » (2 S 11,2)

Se renseigner / questionner

Discussion entre le serpent et la femme sur l’arbre. (Gn 3,1a-5)

« David envoya prendre des renseignements sur cette femme. » (2 S 11,3)

Prendre

Ève prend le fruit défendu. (Gn 3,6)

David prend Bethsabée. (2 S 11,4)

Le jugement

« Le Seigneur Dieu dit à la femme (…). Le Seigneur Dieu dit au serpent (…). Il dit à la femme (…). Il dit à Adam (…). “Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras”. » (Gn 3,13-19)

« Natân dit à David (…). “Car toi, tu as agi en secret, mais moi, je ferai cela devant tout Israël et devant le soleil”. » (2 S 12,7-12)

Douleur et mort

« Le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu t’en nourriras tous les jours de ta vie (…). Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras. » (Gn 3,17-19)

« Eh bien, l’épée ne s’écartera jamais de ta maison. Ainsi parle le Seigneur : Voici que je vais faire surgir ton malheur de ta propre maison. » (2 S 12,10-11)

Luttes fratricides des enfants

« Caïn attaqua son frère Abel et le tua. » (Gn 4,8)

Absalom fait tuer son frère : « Je vous dirai : “Frappez Amnon !”, vous le mettrez à mort. » (2 S 13,28)

Violence, vengeance et meurtre chez les enfants

Caïn tue Abel. (Gn 4,8)

« Eh bien ! Si l’on tue Caïn, il sera vengé sept fois. » (Gn 4,15)

« Caïn sera vengé sept fois, mais Lamek 77 fois. » (Gn 4,24)

Tamar violée par Amnon. (2 S 13,1-20)

Amnon tué. (vengeance en 2 S 13,23-29)

Absalom tué. (2 S 18,9-15)

Adonias tué. (1 R 2,19-25)

un nouveau fils

« Adam connut encore sa femme, elle enfanta un fils et le nomma Seth. »

(Gn 4,25)

« David consola Bethsabée, sa femme. Il alla vers elle et il coucha avec elle. Elle enfanta un fils, et elle lui donna le nom de Salomon. »

(2 S 12,24-25)

On trouve ici et là une réflexion sur la transgression des parents qui entraîne les fautes des enfants11. Entre Gn 3 et 2 S 11-12, il existe néanmoins des différences12. En effet, quand Natân déclare : « cet homme c’est toi », David accepte immédiatement le jugement de Dieu et reconnaît son péché (2 S 12,13), alors que si Adam et Ève admettent leur désobéissance13, ils cherchent à atténuer leur responsabilité, l’homme la rejetant sur la femme et sur Dieu, et la femme sur le serpent. Natân annonce à David le pardon de Dieu, mais il n’y a pas de pareille annonce de compassion ou de pardon pour Adam et Ève ‒ le mot pardon est absent. Ils sont chassés du jardin et de la présence de Dieu, alors que David se tourne désormais vers Dieu. Il restera néanmoins un homme blessé par le malheur, tourmenté par les vicissitudes qui vont atteindre sa famille et tout le peuple. Les règnes suivants se verront, à leur tour, entachés par les crimes, les forfaits et les transgressions.

II Un même scénario dans les livres des Rois

Même si 1 R 3‒10 décrit comment « la royauté s’affermit entre les mains de Salomon14 » dont on retrace la sagesse15 et la piété, ce dernier n’en vient pas moins à se détourner du Seigneur16. 1 R 11 annonce les malheurs dus aux péchés des rois. Des menaces externes seront concrétisées par les guerres (1 R 11,14-25), et des rivalités internes aboutiront au schisme entre le Nord et le Sud17. Le rédacteur de ces livres, qu’il est convenu d’appeler le deutéronomiste (Dtr), va insérer à des endroits stratégiques des formules pour ponctuer sa narration et annoncer comment le péché se répand au cours des règnes suivants18. Il a manifestement une vision négative de cette histoire. Pour lui, les rois qui se succèdent font « ce qui est mal aux yeux du Seigneur » ou « ce qui déplaît à Dieu19 ». Et par leur idolâtrie, leurs méfaits, ils ont fourvoyé leur peuple qui s’est, lui aussi, éloigné de Dieu. Les deux déportations, celle d’Israël puis celle de Juda, sont, pour le Dtr, des punitions méritées. L’ensemble de ces livres n’est pas d’abord une série d’épisodes anecdotiques, mais une véritable réflexion sur le rôle que la royauté a eu pour le sort du peuple.

En décrivant un scénario qui est grosso modo le même qu’en 2 S 11, un récit comme 1 R 21 montre par ailleurs que le péché des rois fut pratiquement le même, celui de l’abus de pouvoir20. L’histoire est bien connue. Le roi Achab convoite le terrain de son voisin et cherche à l’acquérir par achat ou échange. Il est dépité, car il se heurte à un refus du petit propriétaire qui veut conserver ce bien familial. La femme du roi, Jézabel, l’aide alors à se débarrasser de l’homme pour prendre possession de son terrain. Pour arriver à cette fin, elle obtient sa condamnation à mort à l’aide de faux témoignages21. Dieu envoie son prophète Élie pour reprocher ce crime à Achab.

Le passage22 suit un schéma habituel : dans un premier temps, la réalisation du péché est racontée, arrive ensuite le prophète qui dénonce la transgression du pécheur et l’invite au repentir (1 R 21,27-29). Ce récit peut, doit même, être rapproché de 2 S 11–1223. Le déroulement des scènes est en effet identique jusqu’à l’arrivée du prophète :

  • l’objet convoité : Bethsabée et la vigne de Naboth ;

  • la cause du crime : Urie qui ne descend pas chez sa femme et Naboth qui ne veut pas céder sa vigne.

  • Dans les deux cas, ce sont des lettres qui commanditent le meurtre, et le roi ne peut être accusé de crime ‒ les apparences sont sauves.

  • Quand les rois sont informés, ils prennent possession de ce qu’ils ont convoité.

Dans un deuxième temps, le prophète vient accuser les rois de leurs crimes et leur rappeler que ce qu’ils ont fait « a déplu au Seigneur » ou « est mal aux yeux du Seigneur » 2 S 11,27 ; 1 R 21,20.25. Le déroulement des scènes suivantes diffère légèrement dans les deux cas, même si l’esprit est le même.

- Les deux rois reconnaissent leur péché.

- Le pardon du Seigneur rejoint les deux rois qui seront épargnés.

- Mais le malheur frappera leurs fils.

Les tableaux suivants mettent en évidence les étapes communes.

Premier temps : le crime

2 S 11–12

1 R 21

Objet convoité

2 Promenade de David le soir. Il aperçut une femme qui se baignait. La femme était très belle.

1 Naboth d’Izréel avait une vigne à Izréel ; elle était à côté du palais d’Achab, roi de Samarie.

Échec des manigances en vue de la possession de l’objet convoité

3-13 Bethsabée vint chez lui, et il coucha avec elle…

La femme devint enceinte (David fait revenir Urie, v. 5-6)

David dit à Urie : « Descends chez toi et lave-toi les jambes. » (v. 8)

Urie dit à David : « L’arche, Israël et Juda habitent dans des huttes (…). Par ta vie, par ta propre vie, je ne ferai pas cette chose-là. » (v. 11)

Urie sortit le soir pour aller se coucher sur son lit avec les serviteurs de son seigneur, mais il ne descendit pas chez lui. (v. 13)

2-7 Achab parla à Naboth : « Cède-moi ta vigne pour qu’elle me serve de jardin potager… »

Naboth dit à Achab : « Que le Seigneur m’ait en abomination si je te cède l’héritage de mes pères. » Achab rentra chez lui sombre et contrarié à cause de ce que lui avait dit Naboth d’Izréel : « Je ne te céderai pas l’héritage de mes pères. »

Achab se coucha sur son lit, tourna son visage contre le mur, et ne voulut pas manger. Sa femme Jézabel vint le trouver et lui dit : « Pourquoi es-tu si contrarié et ne veux-tu pas manger ? »…

Lettres commanditant le meurtre

14-17 Le lendemain matin, David écrivit une lettre à Joab et l’envoya par l’entremise d’Urie.

Il avait écrit dans cette lettre : « Mettez Urie en première ligne, au plus fort de la bataille. Puis, vous reculerez derrière lui. Il sera atteint et mourra. »

Joab, qui surveillait la ville, plaça donc Urie (…) Les gens de la ville firent une sortie et attaquèrent Joab. Il y eut des victimes parmi le peuple, parmi les serviteurs de David, et Urie le Hittite mourut lui aussi.

8-13 Elle écrivit des lettres au nom d’Achab (…) aux anciens et aux notables (…) « Proclamez un jeûne et faites asseoir Naboth au premier rang de l’assemblée. Faites asseoir (…) des vauriens (…) qui témoignent contre lui en disant : “Tu as maudit Dieu et le roi.” Faites-le sortir, lapidez-le et qu’il meure ! »

Les hommes de la ville d’Izréel, anciens et notables qui habitaient la ville, agirent selon l’ordre de Jézabel, tel qu’il était écrit dans les lettres qu’elle leur avait envoyées (…). On le fit sortir de la ville, on le lapida et il mourut.

Informations sur la mort d’Urie et d’Achab, prise de possession de la femme et du terrain

18-27a Joab envoya informer David :

« Il y a eu des morts parmi les serviteurs du roi et Urie le Hittite est mort lui aussi. »

David dit au messager : « Tu parleras ainsi à Joab : “Ne prends pas trop mal cette affaire. L’épée dévore d’une façon ou d’une autre. Renforce ton attaque contre la ville et renverse-la.” Réconforte-le ainsi. »

La femme d’Urie apprit que Urie, son mari, était mort, et elle pleura son mari. Le deuil passé, David la fit chercher… Elle devint sa femme et elle lui enfanta un fils.

14-16 On envoya dire à Jézabel :

« Naboth a été lapidé et il est mort. »

Lorsque Jézabel apprit que Naboth avait été lapidé et qu’il était mort, elle dit à Achab : « Lève-toi, prends possession de la vigne que Naboth d’Izréel refusait de te céder contre argent, car Naboth n’est plus vivant, il est mort. »

Quand Achab entendit que Naboth était mort, il se leva pour descendre à la vigne de Naboth d’Izréel, afin d’en prendre possession.

Deuxième temps : accusation et confession du péché

2 S 11–12

1 R 21

La venue du prophète envoyé par le Seigneur

11,27 Mais ce qu’avait fait David déplut au Seigneur.

12,1 Le Seigneur envoya Natân à David.

2-6 La parabole

17-18 La parole du Seigneur fut adressée à Élie, le Tishbite : « Lève-toi, descends à la rencontre d’Achab, roi d’Israël à Samarie. Il est dans la vigne de Naboth où il est descendu pour en prendre possession. »

Accusation et prédiction de la punition

7-12 Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël : « C’est moi qui t’ai oint comme roi d’Israël (…). Pourquoi donc as-tu méprisé la parole du Seigneur en faisant ce qui lui déplaît ? » (…)

Ainsi parle le Seigneur : « Voici que je vais faire surgir ton malheur de ta propre maison (…). Car toi, tu as agi en secret, mais moi, je ferai cela devant tout Israël et devant le soleil. »

19-26 Ainsi parle le Seigneur : « Après avoir commis un meurtre, prétends-tu aussi devenir propriétaire ? »

Ainsi parle le Seigneur : « À l’endroit où les chiens ont léché le sang de Naboth, les chiens lécheront aussi ton propre sang. »

Repentir et mortification

13a David dit alors à Natân : « J’ai péché contre le Seigneur ».

16 David eut recours à Dieu pour le petit. Il se mit à jeûner et, quand il rentrait chez lui pour la nuit, il couchait par terre.

27 Quand Achab entendit ces paroles, il déchira ses vêtements, se mit un sac à même la peau et jeûna ; il dormait sur ce sac et marchait à pas lents.

Pardon

13b Natân dit à David :

« Le Seigneur, de son côté, a passé sur ton péché. Tu ne mourras pas.

28-29 La parole du Seigneur fut adressée à Élie, le Tishbite, en disant : « As-tu vu comme Achab s’est humilié devant moi ? Parce qu’il s’est humilié devant moi, je ne ferai pas venir le malheur durant ses jours ;

Mort et malheur du fils

14 Mais, puisque, dans cette affaire, tu as gravement outragé le Seigneur – ou plutôt, ses ennemis –, le fils qui t’est né, lui, mourra. »

29 c’est durant les jours de son fils que je ferai venir un malheur sur sa maison. »

Le récit souligne à chaque fois que les deux rois ont utilisé abusivement les pouvoirs qu’ils détenaient en opprimant le faible. Le Seigneur envoie son prophète pour rappeler qu’il retrouve toujours ceux qui se servent de leur pouvoir pour opprimer, car il a le souci des faibles. Dans les deux cas, Dieu rappelle que les rois, en l’oubliant, lui et sa Loi, ont amené le malheur dans leur maison et dans leur pays. Le péché conduit d’autant plus au désordre qu’il est commis par ceux qui sont à la tête du peuple.

III Une lecture deutéronomiste de la royauté

Mais si les rois ont conduit le peuple à sa perte, c’est en réalité ce dernier qui a provoqué son propre malheur. Bien avant 1‒2 S et 1‒2 R, c’est en 1 S 8 que, pour le Dtr, le mal a été fait, lorsque le peuple a voulu un roi, comme les autres nations alentour. L’oracle que le prophète Samuel doit transmettre au peuple ne laisse aucun doute sur ce qui va leur arriver :

Samuel redit toutes les paroles de Yhwh au peuple qui lui demandait un roi : « Voici comment gouvernera le roi qui régnera sur vous : il prendra vos fils pour les affecter à ses chars et à sa cavalerie, et ils courront devant son char. Il les prendra pour s’en faire des chefs de millier et des chefs de cinquantaine, pour labourer son labour, pour moissonner sa moisson, pour fabriquer ses armes et ses harnais. Il prendra vos filles comme parfumeuses, cuisinières et boulangères. Il prendra vos champs, vos vignes et vos oliviers les meilleurs. Il les prendra et les donnera à ses serviteurs. Il lèvera la dîme sur vos grains et sur vos vignes et la donnera à ses eunuques et à ses serviteurs. Il prendra vos serviteurs et vos servantes, les meilleurs de vos jeunes gens et vos ânes pour les mettre à son service. Il lèvera la dîme sur vos troupeaux. Vous-mêmes enfin, vous deviendrez ses esclaves. Ce jour-là, vous crierez à cause de ce roi que vous vous serez choisi, mais, ce jour-là, Yhwh ne vous répondra point. » Mais le peuple refusa d’écouter la voix de Samuel. « Non, dirent-ils. C’est un roi que nous aurons. Et nous serons, nous aussi, comme toutes les nations. Notre roi nous jugera, il sortira à notre tête et combattra nos combats. » Samuel écouta toutes les paroles du peuple et les répéta aux oreilles de Yhwh. Yhwh dit alors à Samuel : « Écoute leur voix et donne-leur un roi. » Samuel dit aux gens d’Israël : « Allez-vous-en, chacun dans sa ville. »

(1 S 8,11-22)

Le passage24 souligne les enjeux du changement d’époque : de la judicature à la royauté, de la fonction charismatique à la fonction dynastique. Le peuple ne s’appuie plus sur Dieu ni sur ses choix, car il ne veut plus d’un juge envoyé par Dieu mais d’un roi à la tête d’une armée qui le protègera. Le récit insiste sur la perte de la confiance en Dieu. Pris dans cette problématique et inscrit dans une articulation plus vaste couvrant 1−2 S et 1−2 R, 1 S 8 présente un triple débat qui concerne d’abord la monarchie comme problème théologique, puis la souveraineté de Dieu sur Israël, enfin le thème de la désobéissance et de la servitude. Car Samuel prévient le peuple : ce choix de la royauté va les asservir, les mener au désastre et à l’exil (2 R 17 et 2 R 25). Le roi prendra en effet leurs fils, leurs filles, la terre, les serviteurs, les jeunes gens, les animaux, jusqu’à ce que finalement, le peuple devienne esclave. Servitude qui n’est pas sans rappeler l’esclavage vécu en Égypte25. En voulant une armée et un roi à sa tête, le peuple a oublié que son roi c’est Yhwh26.

En Dt 17,14-20 la tradition Dtr a réfléchi sur le pouvoir du roi en reprenant les propos du code deutéronomique27, qui en fait une description conforme à la loi mosaïque : le roi doit reconnaître l’autorité de Yhwh et le rôle indépendant du prophète, il doit aussi avoir le souci du pauvre ou du frère et reconnaître, avec un cœur droit, l’autorité ultime de la Torah. Il sera choisi selon les critères de Dieu qui connaît le cœur des hommes (1 S 16,7). Que le roi doive appliquer la Loi est décisif, car seule la justice permet de survivre. Si l’on compare Dt 17,14-2028 et 1 S 8, on voit que la prédiction de Samuel est aux antipodes de ce qui est demandé aux rois en Dt 17,14-20. 2 S 11–12 et 1 R 21 vérifient les prédictions de 1 S 8, où Yhwh annonce que les rois vont servir leur convoitise au prix de la vie du peuple.

2 S 11–12 se situe bien dans la ligne de la tradition Dtr qui se prononce sur la part de responsabilité qu’eurent les rois dans la double déportation du peuple29. Mais ce passage n’est pas qu’une lecture de l’histoire, il véhicule également une réflexion sur le péché et sur les interventions de Dieu dans le cours des événements.

IV Le narrateur et sa théologie

Le Dtr et le péché d’Israël

En 2 S 11, le narrateur aurait pu dire en peu de mots que David avait péché, sans construire un récit où l’intrigue montre le roi passer de l’adultère à la dissimulation, au mensonge et au meurtre. L’insistance est nette. En décrivant emblématiquement, pour David et pour Achab, le mécanisme du péché, et en répétant que presque tous les rois d’Israël et de Juda ont eux aussi fait ce qui est mal aux yeux de Yhwh, le courant Dtr semble exagérer, pour le moins insister de façon obsessionnelle sur un passé où l’ignorance fut sans doute plus forte que la méchanceté. On comprend qu’à cause de ces nombreux refrains Dtr, le peuple ait par la suite eu tendance à penser que Dieu le punissait chaque fois qu’une puissante armée étrangère menaçait l’une de ses villes30. Ce n’est qu’après la période des rois, après l’exil, lorsqu’il aura perdu ses armées, que le peuple comprendra que les menaces et les épreuves ne sont plus dues au péché : par elles Dieu vérifie leur foi et leur attachement à sa Loi. Il leur faut donc rendre grâces : par les épreuves où se manifeste leur faiblesse, Dieu va manifester sa toute-puissance pourvu qu’ils aient entièrement foi en lui31. Mais pour que le peuple ait pu entendre un tel discours, il lui a fallu ne pas oublier le refrain Dtr et comprendre qu’il devait définitivement abandonner l’idée d’être un royaume comme les autres et le projet de retrouver un lustre grâce auquel il pourrait se comparer à eux.

De 2 S 11‒12 il ne faut d’ailleurs pas retenir que le premier volet, celui où le péché est à l’œuvre. Il importe aussi de voir que le narrateur indique comment on peut et doit en sortir. Certes, si David a pu avouer sa faute, c’est parce que Dieu lui envoya le prophète Natân, et tous, dira-t-on, n’ont pas la chance de David. C’est bien pour cette raison que le narrateur Dtr a raconté l’histoire en tous ses détails, afin que son récit supplée l’absence de prophète, car pour le Dtr, c’est en méditant ces épisodes ‒ ceux de David/Bethsabée et de Achab/Jézabel ‒ et en relisant constamment la Loi de Yhwh que le lecteur pourra lui-même s’interroger sur son rapport à Dieu et à autrui. Comme le montrent les réactions des israélites du livre de Judith, la leçon avait porté, car toute épreuve éveillait en eux l’idée d’un éventuel péché.

Dieu en 2 S 11‒12

Dieu intervient en 2 S 12 pour réveiller David de sa torpeur morale. Mais, dira-t-on, il intervient après que la catastrophe ‒ la mort de soldats valeureux et honnêtes ‒ a eu lieu. Ce n’est certes pas la première fois que, dans les Écritures, Dieu se manifeste après que l’injustice a prévalu. Cela signifie évidemment qu’il respecte la liberté humaine. Mais on peut ‒ on doit même ‒ se demander ce qu’il en est alors de ses affirmations répétées selon lesquelles Il déclare que quiconque lui est fidèle n’aura rien à craindre32 : le personnage d’Urie en 2 S 11 est représentatif de tous ceux qui, fidèles à Yhwh et à sa Loi, n’ont pourtant pas le sort que leur promet Celui en qui ils croient.

Le projet du narrateur de 2 S 11‒12 n’est évidemment pas de se prononcer sur cette question, car c’est sur le personnage de David et non sur celui d’Urie qu’il réfléchit. Urie n’est ici décrit comme parfait ‒ fidèle à son Dieu, à sa Loi, à son roi ‒ que pour faire apparaître le contraire en David. C’est la conduite de Dieu envers le pécheur qui est ici considérée.

Cependant, quand on lit l’histoire des rois, on peut se demander à quoi mènent les prédictions de Dieu et les punitions répétées qu’il inflige. Comment les récits conjuguent-ils l’omniscience et la puissance divine, plus efficaces pour les punitions, que, semble-t-il, pour la survie du peuple ? Car, si les punitions – défaites et exil – vont avoir une redoutable efficacité, en rendant le peuple exsangue, suffisent-elles à l’éduquer, à lui faire prendre le chemin de la confiance ? Et quelle est d’autre part la foi du peuple choisi ? Quelle image se fait-il de son Dieu et de la manière dont il doit vivre la relation privilégiée qui le lie à lui ?

Le message que le Dtr veut faire comprendre est celui d’un Dieu qui punit son peuple mais ne le détruit pas. Blessé, faible, le peuple est néanmoins toujours vivant : les punitions ont une portée avant tout pédagogique ; réduit à presque rien le peuple ne peut plus s’appuyer que sur son Dieu. Paradoxalement, la situation de faiblesse dans laquelle il se trouve est justement ce qui lui fait voir ses errements et en accepter les conséquences. La punition est vécue comme un lieu et un instrument de conversion.

Le paradoxe est le suivant : le peuple se reconnaît enclin au péché qui l’entraîne vers la mort, prompt à désobéir à Dieu ; mais il reste également persuadé que sa subsistance dépend de sa confiance absolue en la miséricorde patiente de Dieu. C’est pourquoi il persiste à le supplier de lui pardonner et de le guider. Le peuple s’en remet à Dieu, même s’il s’interroge sur ses voies ‒ Dieu patient à l’égard d’une humanité qui résiste et qui apprend par ses errements. Les malheurs et les défaites que traverse le peuple sont vus comme des chemins de conversion et de foi. Car Dieu vient dire que sa grandeur n’est pas déterminée par la puissance de son peuple et par ses succès : pour Lui la perfection passe par la justice et le respect de l’autre.

Conclusion

Le diptyque que nous avons présenté est emblématique de la vie des rois d’Israël et de leur peuple. La comparaison avec le récit d’Adam et Ève montre que le Dtr a réfléchi en termes de commencement. Le péché de David est le premier d’une longue série. On pourrait objecter que cette réflexion sur la succession des fautes des rois amorcée avec le règne de David est plusieurs fois répétée mais jamais développée : 1 S 8, 2 S 11‒12 et 1 R 21 montrent le contraire. 2 S 11 est l’épisode princeps qui vient accomplir la prédiction de 1 S 8. Certes, dans les autres livres, David est montré en exemple, parce qu’il est croyant et pécheur repenti, mais après lui, en 1‒2 S et 1‒2 R, (presque) tous les rois vont désobéir aussi à la Loi et trahir ainsi l’alliance avec Dieu.

Ce type de réflexion est unique dans l’Orient Ancien et mérite d’être ainsi mis en valeur. Si les rois étaient partout les garants de la justice en publiant des lois, nulle part ailleurs on n’a insisté sur le rapport entre le monothéisme strict et la justice humaine et sur l’injustice par laquelle les rois causèrent le malheur de leurs peuples : être fidèle à Dieu, c’est servir et obéir à la Loi du vrai Dieu et bénéficier ainsi du seul rempart contre l’injustice humaine.

La réflexion d’Israël sur son histoire s’est dessinée peu à peu, sans complaisance aucune, avec une progressive conscience de son péché, de ses manques de confiance en Dieu : un Dieu juste s’intéressant à l’humanité et à son épanouissement qui passe par la justice et le droit, par le respect de l’autre. Ces vérités fortes, acquises au prix des heurs et des malheurs de l’histoire ont enraciné Israël dans la foi. La certitude de son péché, aussi fort et désastreux soit-il, l’a forcé non à s’éloigner de Dieu, mais à s’accrocher à Lui. Les malheurs et les défaites que traverse le peuple sont vus comme de nécessaires chemins de conversion.

Pour ces livres où est principalement relatée l’histoire d’une royauté en son déclin, la question n’est pas d’abord de savoir si Dieu donnera la puissance et la victoire à son peuple, mais comment ce dernier doit vivre la relation d’alliance, l’obéissance à la Loi constituant le seul rempart contre l’injustice par laquelle vient le malheur.

Notes de bas de page

  • 1 Comparer avec 1 Ch 20,1-3. Les commentateurs admettent tous que le projet de l’auteur des Chroniques est autre.

  • 2 Tout d’abord berger, David sait que sa force lui vient du Seigneur (1 S 17,45-47) car le Seigneur le remplit de son esprit (1 S 16,13). Le récit relate comment le dernier fils de Jessé veut servir Dieu, son roi et le peuple. Il est juste, respectueux des hommes, même lorsqu’il est poursuivi et pourchassé. Comme « le Seigneur est avec lui » (1 S 16,18 ; 1 S 18,12.14.28 ; 2 S 5,10…), David remporte victoire sur victoire (1 S 17,37 ; 18,5.14.15.30). Il est bien vu de tout le peuple et des serviteurs de Saul (18,5). David ne se venge pas (1 S 24,7.10-12 ; 26,11), par respect pour le Seigneur Dieu (1 S 24,13-16) car David honore le Seigneur. Avant 2 S 11-12, il est droit, fidèle, courageux, entreprenant.

  • 3 Notre présentation ne prenant pas en compte les différentes couches rédactionnelles ou leurs datations, encore en débat parmi les exégètes, le lecteur pourra consulter sur le sujet T. Römer, A. de Pury, « L’Historiographie deutéronomiste, Histoire de la recherche et enjeux du débat » (désormais HD), dans A. de Pury, T. Römer, J. D. Macchi (éd.), Israël construit son histoire. L’historiographie deutéronomiste à la lumière des recherches récentes, coll. Le Monde de la Bible 34, Genève, Labor et Fides, 1996 ; également T. Römer, The So-Called Deuteronomistic History. A Sociological, Historical and Literary Introduction, New-York, T&T Clark, 2007, p. 8-11, 21-43, 94-95, n. 46, et p. 144-164.

  • 4 2 S 13 offre toute une réflexion sur l’innocent bafoué qui invoque la justice, propose une solution viable, considère celui qui le persécute et est malgré tout sacrifié. L’innocent met à distance la violence par la parole. Tamar pour éviter le viol propose à Amnon d’en parler à leur père (2 S 13,13), ce qui les sauverait tous les deux de l’infamie. Ici l’innocent se préoccupe du méchant.

  • 5 J. Vermeylen résume bien l’opinion des commentateurs sensibles à l’histoire de la rédaction : « l’épisode est raconté par un narrateur qui a une vue d’ensemble sur “l’Histoire de la Succession” [de David] et lui donne une interprétation théologique : les malheurs qui frapperont la famille de David sont les conséquences de son péché. Cette théologie est celle de l’école deutéronomiste » (J. Vermeylen, La loi du plus fort : histoire de la rédaction des récits davidiques de 1 Samuel 8 à 1 Rois 2, Leuven, Peeters, 2000, p. 316). Nous reviendrons plus loin sur le sujet. Voir également R.C. Bailey, David in Love and War, The Pursuit of Power in 2 Samuel 10-12, coll. JSOT Sup 75, Sheffield, Sheffield Academic Press, 1990, p. 111.

  • 6 Pour la mise en parallèle de 1 S 13 et Gn 2-3, voir P. Gibert, Bible, mythes et récits de commencement, coll. Parole de Dieu, Paris, Seuil, 1986, p. 118-128.

  • 7 Voir A. Wénin, « Le mythique et l’historique dans le premier Testament », dans M. Hermans et P. Sauvage (éd.), Bible et histoire. Écriture, interprétation et action dans le temps, coll. Le Livre et le rouleau 10, Bruxelles, Lessius, 2000, p. 48-54.

  • 8 Cf. P.G. Camp, « David’s fall. Reading 2 Samuel 11-14 in light of Genesis 2‒4 », Restoration Quarterly 53/3 (2011), p. 149-158.

  • 9 Il faut idéalement des arguments matériels, textuels et thématiques pour mettre deux textes en rapport d’intertextualité. On trouvera en T. Römer, « La fille de Jephté entre Jérusalem et Athènes », p. 30-42, les conditions pour éviter une intertextualité sans limites.

  • 10 Cf. P.G. Camp, « David’s fall » (cité n. 8), p. 149-158. Également, W. Brueggemann, « David and His Theologian », CBQ 30 (1968), p. 156-181, P. Gibert, Bible, mythes et récits de commencement (cité n. 6), p. 126-128 et A. Wénin, « Le mythique et l’historique dans le premier Testament » (cité n. 7), p. 48-54.

  • 11 À la suite du Talmud (Yoma 22B), R. Alter note que David va subir dans sa propre descendance quatre fois les conséquences de ses actes (selon le récit de la parabole où Ex 21,37 pourrait s’appliquer et exiger la restitution de quatre brebis pour une tuée ou volée) avec la mort du fils non nommé de Bethsabée, le viol de Tamar, la mort d’Amnon puis celle d’Absalom. R. Alter, L’art du récit biblique, coll. Le Livre et le rouleau 4, Bruxelles, Lessius, 1999, p. 258.

  • 12 Cf. P.G. Camp, « David’s Fall » (cité n. 8), p. 149-158.

  • 13 En 2 S 12,13 David dit : hatati lihadonai (« j’ai péché contre le Seigneur »). En Gn, il n’est pas question de péché, mais de désobéissance à un ordre donné par le Seigneur. Mais les deux entraînent des conséquences.

  • 14 1 R 2,12.46b.

  • 15 Cf. 1 R 3,5-14.

  • 16 Cf. 1 R 11,1-13, où les péchés de Salomon sont subsumés sous le terme d’idolâtrie.

  • 17 1 R 11,26-40 et 1 R 12. « Dès que tout Israël apprit que Jéroboam était revenu, on l’envoya appeler au rassemblement et on le fit roi sur tout Israël. Il n’y eut pour suivre la maison de David que la seule tribu de Juda. » (1 R 12,20).

  • 18 « Dans les livres de Josué, Juges, Samuel et Rois, un certain nombre de passages longs ou brefs témoignent d’une parenté étroite avec la loi du Deutéronome et avec les discours parénétiques qui encadrent cette loi. C’est en raison de cette “filiation” que ces passages ont été appelés deutéronomistes (…) Pour Noth (…) le sigle “Dtr” désignera non seulement le collectionneur/auteur responsable d’avoir conçu et construit la grande œuvre historiographique, mais aussi les passages à l’intérieur de cette œuvre qui doivent lui être attribués en particulier » (A. de Pury, T. Römer, HD, p. 33).

  • 19 Cf. déjà dans les livres de Samuel : 1 S 12,17 ; 15,19 ; 2 S 11,27 ; puis dans les livres des Rois : 1 R 11,6 ; 14,22 ; 15,26.34 ; 16,19.25.30 ; 21,20.25 ; 22,53 ; 2 R 3,2 ; 8,18.27 ; 13,2.11 ; 14,24 ; 15,9.18.24.28 ; 17,2.17 ; 21,2.6.16.20 ; 23,32.37 ; 24,9.19.

  • 20 Cf. R. Martin Achard, qui a recensé les études sur l’histoire de la rédaction de ce chapitre et sur la place et la portée de cet épisode au sein du Livre des Rois. « La “nouvelle” rapportée ici prend un caractère paradigmatique ; bien qu’elle se réfère à un moment précis de la destinée d’Israël, elle devient pour le lecteur la “leçon typique” de l’abus de pouvoir, de la confrontation inégale entre un grand personnage de l’État et un petit propriétaire » (R. Martin Achard « La Vigne de Naboth », ETR 66, 1991, p. 1-16).

  • 21 Au reproche de la tyrannie exercée par le roi s’ajoute celui de la « femme étrangère idolâtre » qui exploite avec perfidie la religion et détourne la loi (faux témoignages) pour assouvir la convoitise du roi.

  • 22 Diverses compositions ont été présentées : 1) une structure chiastique en 6 strophes autour des dialogues des personnages (cf. A. Rofé, « The Vineyard of Naboth : the origin and message of the story », Vetus Testamentum 38/1, 1988, p. 89-104) ; 2) une autre, en chiasme, autour des v. 25-26 et de la conversation entre Elie et Achab (cf. J. Olley, « Yhwh and his zealous prophet: the presentation of Elijah in 1 and 2 Kings », Journal for the Study of the Old Testament 80, 1998, p. 43) ; 3) une plus thématique, basée sur les étapes du drame et plus globalement sur les intrigues (la spoliation, l’intervention d’Élie, un jugement sur Achab et son repentir ; cf. D. Noel, « Crime, Parole prophétique et écriture de l’histoire », Masses ouvrières 422, 1988, p. 54-65).

  • 23 Cf. R. Martin Achard, « La Vigne de Naboth » (cité n. 20), p. 13.

  • 24 On a proposé deux compositions quelque peu différentes du passage : 1) la première, en chiasme, met au centre le droit du roi, en particulier le discours de Samuel sur le droit du roi (cf. A. Wénin « Le prophète face à la demande d’un roi », dans Autour des récits bibliques, coll. Cahiers Évangile 127, Paris, Cerf, 2004) ; 2) et celle construite à partir du double dialogue entre Samuel et Dieu et entre Samuel et le peuple, qui place Dieu au centre du dialogue et met en évidence la médiation de Samuel (cf. J.P. Fokkelman, Narrative Art and Poetry of Samuel. A full Interpretation Based on Stylistic and Structural Analyses. Vol iv, Vow and Desire, coll. Studia Semitica Neerlandica 23, Assen, Van Gorcum, 1993).

  • 25 Outre 1 S 8,17 voir en particulier 1 S 12,8-12.

  • 26 1 S 12,12. C’est pourquoi on peut dire que le péché des rois par excellence, l’oubli de Dieu, mène à mettre sa confiance en dehors de Yhwh et conduit à l’idolâtrie.

  • 27 Ce texte est considéré soit comme une charte politique relative aux pouvoirs du roi, soit comme une exhortation politique et religieuse. À propos de Dt 16,18−18,22, Lohfink pense que les lois sur les autorités forment un système qui consiste à « distinguer et à équilibrer les différentes fonctions d’Israël ». Le dernier rédacteur Dtr les aurait ordonnées « autour d’une même réalité, la Torah écrite » (cité par F. Garcia López, « “Le Roi d’Israël”. Dt 17,14-20 », dans N. Lohfink, éd, Das Deuteronomium, coll. BETL 68, Leuven Univ. Press, 1985, p. 277-297 ; E. Lohfink : Die Sicherung der Wirksamkseit des Gotteswortes…, dans H. Wolter, éd., Testimonium Veritatis, Frankfurt, Athenäum, 1971. p. 145). Pour A. Lods, Dt 17,14-20 serait plutôt un modèle idéal en ce que l’agir du roi doit être entièrement conforme à la loi et au droit (Israël. Des origines au milieu du viiie siècle, Paris, Albin Michel, 1969, p. 459).

  • 28 Voici deux compositions qui, bien que basées sur des critères différents, sont complémentaires : 1) la progression basée sur le fonctionnement de la royauté : a) mise en place du roi aux v. 14 et 15 ; le choix de la royauté et les conditions du choix du roi ; b) régulation du pouvoir du roi aux v. 16 et 17 ; description des moyens : ne pas multiplier les chevaux, les femmes, l’or et l’argent ; c) rapport du roi à la loi aux v. 18 à 20 : il doit l’écrire, la lire tous les jours, afin d’apprendre à garder ses paroles et ne pas se détourner de ses commandements. 2) La progression en climax : a) les éléments naturels aux versets 14-15 ; b) les éléments éthiques qui visent l’agir du roi et qui pointent vers l’essentiel : d’abord ce que le roi ne doit pas faire aux versets 16-17 ; ensuite ce que le roi doit faire aux versets 18-19 ; le verset 20 développe le but de son agir.

  • 29 Mon analyse rejoint indirectement celle de R.C. Bailey, David in Love and War (cité n. 5), p. 130, pour qui le travail du Dtr (en particulier les ajouts) a été fortement marqué par 2 S 11-12 dont l’accent théologique domine très largement les traditions historiques.

  • 30 Cf. le discours d’Achior, chef des Ammonites, à Holopherne, le général en chef de l’armée de Nabuchodonosor, où se trouve véhiculée l’idée que les israélites sont pris en esclavage par de plus puissants chaque fois qu’ils pèchent contre leur Dieu (Jdt 5,5-21). Judith va répéter ce discours traditionnel à Holopherne en lui faisant croire que les israélites ayant péché, son armée n’en fera qu’une bouchée (Jdt 11,11).

  • 31 Cf. Jdt 8,25-27.

  • 32 Cf. entre autres les Ps 90 (91) ; 124 (125) ; 127 (128).

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