Éditorial. 150 ans, ad maiorem Dei gloriam

Alban Massie s.j.

2019 est l’année du cent-cinquantième anniversaire de la NRT. L’imprimatur de son premier volume est en effet daté du 15 novembre 1869. La revue avait alors comme sous-titre : « Série d’articles et de consultations sur le droit canon, la liturgie, la théologie morale, etc., par une société d’ecclésiastiques ». La NRT succédait à l’éphémère Revue théologique, précédée elle-même de Mélanges théologiques édités à la fin des années 1840 par un prêtre diocésain publiciste, l’abbé J.-J. Loiseaux, aidé de J.-B. Falise, à Tournai. Doyenne des revues francophones de théologie, la NRT est encore aujourd’hui reçue dans de nombreux pays et sa collection reste vivante dans la plupart des bibliothèques d’universités, de centres d’information religieuse et de maisons religieuses (séminaires, abbayes, communautés). Elle est aussi reçue, ce qui est encourageant, chez beaucoup de particuliers. Cela ne devrait pas étonner : la théologie concerne toute l’Église et, depuis toujours, la revue a voulu faire droit aux requêtes de la mission pastorale de l’Église. L’avis « aux auteurs » qui souhaitent proposer un texte à la revue le précise bien : « Les travaux proposés doivent (…) avoir un caractère scientifique et novateur dans le domaine de la recherche théologique tout en gardant un souci pastoral. »

La théologie dialogale répond aux défis du monde

La Compagnie de Jésus a en charge la NRT depuis 1907. Plus spécifiquement, la revue est publiée « par un groupe de professeurs de l’Institut d’études théologiques, Faculté de théologie de la Compagnie de Jésus à Bruxelles ». Plusieurs abonnés et curieux ont interpellé récemment la direction de la NRT à juste titre, depuis qu’a été annoncée la suspension de ladite faculté. C’est vrai : le jubilé de la NRT coïncide avec l’arrêt du fonctionnement de l’Institut d’études théologiques à la fin de cette année académique 2018-2019, un an après que la faculté a célébré cinquante années de service dans la formation sacerdotale du Peuple de Dieu. Que va alors devenir la NRT ? Va-t-elle s’arrêter elle aussi ? Va-t-elle rester à Bruxelles, en Belgique ? Une autre faculté, jésuite ou non, va-t-elle la prendre en charge ? Par qui sera-t-elle dirigée ? Va-t-elle fusionner avec une autre revue, de même que les Belges, Français et Luxembourgeois ont formé une nouvelle province jésuite (appelée Europe occidentale francophone) depuis deux ans ?

On me permettra, comme directeur actuel de la revue, de dire d’abord ma gratitude à l’I.E.T. de Bruxelles, qui a toujours soutenu la revue en mettant à sa disposition ses ressources humaines, financières et surtout intellectuelles, spirituelles et ecclésiales. La NRT n’est pas la revue de l’I.E.T. mais elle y est chez elle. Ses trois directeurs précédents étaient des professeurs qui ont eux-mêmes présidé l’I.E.T. : les pères Daniel Dideberg, Pierre Gervais, Bernard Pottier ont cultivé par là même ce lien entre la revue et la théologie déployée à l’I.E.T. Nombre d’articles parus dans la revue sont issus des recherches de professeurs et d’étudiants de l’Institut effectuées à l’occasion de séminaires ou lors de la rédaction de mémoires. Il faut rappeler bien entendu le travail bénévole des recenseurs de la revue dont beaucoup sont issus de la communauté académique de l’I.E.T. Des milliers d’ouvrages ont trouvé leur lieu propre à la bibliothèque de l’Institut par ce biais. Sans compter la généreuse lecture des centaines de propositions d’articles, confiée là encore à la grande compétence et au discernement des professeurs de l’I.E.T. acceptant ainsi d’aider le directeur à choisir les articles publiables. L’acte théologique est un dialogue d’amitié. La NRT gardera toujours cette dette de l’amitié.

Depuis plusieurs décennies, la NRT a aussi étoffé son réseau de collaborateurs en dehors de Bruxelles, de Belgique et du « monde jésuite ». Les personnes comptent davantage que les structures ou les courants d’idées. La composition de son comité de rédaction et son conseil éditorial signifient bien que la NRT n’est pas une revue d’institution ni d’auteurs anxieux de leur carrière dépendante du fameux « publish or perish » universitaire. La fin de l’I.E.T., ce n’est pas la fin de la NRT. L’arrêt des cours ne signifie pas la fin de la méthode théologique déployée dans la revue.

Le chemin continue ! Avec des amitiés nouvelles aussi, grâce aux collaborateurs de la revue venant d’autres centres de formation théologique et ecclésiale. L’unité de ces apports divers se caractérise par un accueil dialogal de la Parole de Dieu capable aujourd’hui comme hier ‒ et à travers les médiations nécessaires de la raison informée par la foi ‒ de répondre aux défis que la mission rencontre dans le monde d’aujourd’hui. Il n’est pas anodin que les premiers volumes de la nouvelle collection des Cahiers de la NRT traitent de questions d’actualité de l’Église ad intra et ad extra : le sacerdoce, la synodalité, la bioéthique, la vie consacrée…

La NRT ne manque pas de projets, qui seront dévoilés et mis en œuvre dans les prochains mois. Ils concernent notamment la dimension « bi-média » de la revue (version imprimée et contenus numériques complémentaires) en lien notamment avec Cairn.info (voir ci-dessous), le déploiement de la nouvelle collection des Cahiers de la NRT, ou (c’est encore un secret) une nouvelle maquette.

Rendez-vous les 10 et 11 novembre 2019

Mais nous avons d’abord la charge d’honorer cette vieille dame qui fête cette année ses cent cinquante ans mais qui reste toujours jeune, toujours nouvelle. Je vous donne donc déjà rendez-vous pour deux journées de célébration à l’automne prochain, le dimanche 10 et le lundi 11 novembre 2019. Réservez cette date dès maintenant.

En 1969, Paul vi ‒ saint Paul vi ! ‒ écrivait au père Matagne, le directeur de la revue, à l’occasion du centenaire de la NRT :

Nous souhaitons vivement que l’œuvre accomplie continue de se développer dans la fidélité à ce riche passé, comme au magistère vivant de l’Église, et de porter de nombreux fruits, en ce temps de l’après-Concile marqué pour l’Église comme pour le monde par tant d’interrogations, et porteur de si riches espérances.

Les fruits sont encore à goûter et à savourer. Les interrogations et les espérances du monde actuel sont toujours là, et se manifestent sans doute de manière nouvelle. La NRT se doit d’y répondre, et rester elle aussi encore nouvelle, de la nouveauté qu’a apportée Dieu, lui qui s’est apporté Lui-même en venant en ce monde (St Irénée). Ad maiorem Dei gloriam.

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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