Entrer en reconnaissance avec Paul Ricœur : un hommage*

François-Xavier Amherdt
Le dernier ouvrage de Paul Ricœur, intitulé Parcours de la reconnaissance, nous invite lui-même à la gratitude. C’est en héritiers endettés que nous nous situons face à l’œuvre immense du philosophe réformé décédé l’an dernier : son goût du « dialogue universel » avec la plupart des courants de pensée du XXe siècle, son art de l’admiration sans cesse cultivée contre l’ennui, sa volonté de décentrement du cogito sur la « voie longue de l’herméneutique », son humilité d’auditeur de la poétique biblique en sa polyphonie multiforme l’ont maintenu jeune jusqu’au bout de son existence. Dans la joie du oui prononcé au cœur de la tristesse du fini.

Après le décès de P. Ricœur en mai de l’année dernière, beaucoup l’ont salué comme l’un des grands penseurs du XXe siècle. L’hommage qui suit nous invite à entrer en reconnaissance à son égard. À entrer en gratitude, comme on entre en religion. À adopter cette posture existentielle en guise de philosophie de vie, pétrie de générosité et d’envie de partager le monde avec autrui. Ricœur nous y convie lui-même, tant par sa trajectoire d’existence que par son œuvre. N’écrivait-il pas, peu avant sa mort à 92 ans, sans jamais avoir esquissé l’ombre d’une plainte devant sa fin prochaine, ni exprimé une quelconque jérémiade face à sa santé chancelante : « Je reporte sur ceux qui viendront après moi la tâche de prendre la relève de mon désir d’être, de mon effort pour exister, dans le temps des vivants » ? Soyons de ceux-là, comme une manière de demeurer, à son exemple, « vivants jusqu’à notre mort », comme une façon de « rester jeunes » jusqu’au bout.

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Une reconnaissance œcuménique

J’avais découvert Paul Ricœur lors d’un séminaire à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg sur les méthodes de lecture du texte biblique, et j’avais été fasciné par sa volonté d’assumer la posture de l’arbitre au sein du conflit des interprétations. Au lieu d’opposer les approches psychanalytique (débusquant les motivations cachées à la source des textes) et structuraliste (expliquant le jeu signifiant des éléments textuels), au lieu de mettre dos à dos les recherches historico-critiques (scrutant l’engendrement des textes et leurs strates successives) et sémiotiques (centrées sur l’agencement des textes en eux-mêmes sans considération de leur référence extérieure), pourquoi ne pas les articuler, préconisait-il, en un seul « arc herméneutique » dont la visée n’aboutit que lorsque le monde du texte rejoint le monde du lecteur pour le refigurer et élargir ses représentations ?

Au point que la « très officielle » Commission Biblique Pontificale, dans son excellent document sur L’interprétation de la Bible en Église1, a fait de la pensée herméneutique du philosophe protestant Ricœur un passage obligé pour la lecture catholique de l’Écriture. Une belle reconnaissance œcuménique pour cet homme dont l’humilité n’avait d’égal que l’art de la conversation ! Pas un de ses livres, en effet, qui n’entame un dialogue avec un ou plusieurs interlocuteurs, comme s’il avait contracté une « dette » à l’égard de ceux qui l’avaient amené à la réflexion.

En témoignent aussi ses nombreuses interventions en des contextes confessionnels divers, par exemple ses collaborations exégétiques régulières avec les Jésuites du Centre Sèvres et les biblistes de l’Institut Catholique de Paris, tout particulièrement le Père Paul Beauchamp auquel il vouait une admiration profonde2.

Un parcours de la reconnaissance

S’il est un art dont Ricœur était friand, c’était bien celui de la clarification conceptuelle, histoire de « nettoyer le vocabulaire » et de favoriser ainsi la qualité et la précision du débat public. C’est précisément à propos de la notion de « reconnaissance » qu’il en a donné une ultime illustration, dans le dernier ouvrage publié de son vivant, à l’âge de 91 ans, intitulé Parcours de la reconnaissance3. Il s’y emploie à « désembrouiller le désordre sémantique dans lequel est empêtré le concept de reconnaissance » afin de sérier les idées et de rétablir un enchaînement organisé entre les divers éléments.

Il parvient de cette manière à dégager un parcours cohérent entre la reconnaissance conçue :

  • d’abord comme identification — « Je le reconnais, c’est tout à fait lui » —, surgissant parfois de résidus tenus en réserve par notre mémoire (cf. p. 51-105) ;

  • puis comme reconnaissance de soi en tant qu’être capable de décision, de mémoire, de récit et de promesse — « Je me reconnais apte à assumer cette responsabilité » (cf. p. 111-219) ;

  • ou également comme exploration prospective, une signification fort connue des militaires — « Nous allons procéder à la reconnaissance du terrain de notre futur exercice » —, au sujet de laquelle Ricœur raconte une anecdote qui lui est arrivée durant la Deuxième Guerre Mondiale. Son commandant lui avait ordonné : « Ricœur, allez donc reconnaître la forêt qui se trouve là-bas, pour vérifier s’il n’y a pas d’Allemands qui s’y cachent ! ». Il s’est exécuté et… il est revenu cinq ans plus tard !

  • puis comme acceptation mutuelle — « Nous nous reconnaissons partenaires dans cette affaire » —, reposant notamment sur des médiations symboliques ou des gestes prophétiques plus efficaces que tous les discours, — comme celui de l’ancien Chancelier allemand s’agenouillant devant le monument de Varsovie à la mémoire des victimes de la Shoah (cf. p. 221-318) ;

  • enfin comme gratitude — « Nous lui sommes reconnaissants de tout ce qu’il a apporté à notre association » —, débouchant sur l’expression du don sans réserve (cf. p. 319-355).

Reconnaître l’autre : une question de justice

Quel chemin pour parvenir à la reconnaissance de chaque homme dans sa vérité unique, capable d’accomplir pleinement ses talents ! Ce n’est pas d’abord une affaire de finesse psychologique, mais une question de justice fondamentale. « Le problème de l’injustice sociale », affirme le philosophe, protestant avec véhémence au nom de son « engagement politique de chrétien » auquel il est toujours resté fidèle4, « n’est pas seulement l’inégalité des ressources dans le système du libéralisme mondialisé. L’injustice sociale est dans le déni de la reconnaissance de l’autre, soit la mésestime de l’autre. Être reconnu dans ses capacités, voilà l’essentiel ».

Ce sont ces capacités sociales qui se trouvent à la source du droit et de l’éthique. La fonction de la justice consiste à libérer « les capacités inconnues » de chaque être et à lui donner l’occasion de développer « des capacités niées ou détruites »5. De quelque nationalité, condition ou religion qu’il provienne !

Cette reconnaissance de l’autre, quel qu’il soit, Ricœur n’a cessé de la démontrer dans la ligne de l’équipe de la revue Esprit6, par son militantisme social, qu’il voyait nécessaire sur trois plans : l’action protestataire par des déclarations, l’engagement dans des actions collectives et l’insertion dans des institutions.

Orphelin dès l’âge de deux ans, marqué par des drames personnels, touché dans sa chair par les conflits qui ont déchiré le siècle dernier, Ricœur est constamment intervenu dans les événements de son temps, en « payant de sa personne », que ce soit par sa participation aux mouvements pacifistes tel celui du « Sillon » de Marc Sangnier, par son expérience douloureuse de Doyen de l’Université de Nanterre, défendant le droit contre les étudiants contestataires peu après l’ébranlement de mai 1968, ou par ses plaidoyers en faveur de l’État démocratique, à la suite de Hanna Arendt, dans l’équilibre si délicat à établir entre la rationalité du vouloir-vivre ensemble, incarnée par l’autorité éclairée, et la violence demeurant hélas inéluctable.

Des héritiers endettés

À cet égard, nous pourrions nous demander si Ricœur ne mériterait pas lui-même d’être dénommé « le juste », ainsi que s’intitulent deux de ses ouvrages déjà cités, ce juste dont les Écritures bibliques vantent la fidélité « ajustée » aux autres et à l’Alliance avec Dieu !

En effet, le grand philosophe n’a jamais souhaité avoir de « disciples » au sens d’un maître qui chercherait à créer une école autour de lui, susceptible d’assurer la pérennité de sa pensée. Non, il se contentait « d’autoriser » chacun à entreprendre un chemin neuf, au sens latin d’auctoritas — aider l’autre à grandir dans sa capacité de liberté authentique —, sans pourtant exiger aucune forme d’allégeance.

J’en ai fait moi-même l’expérience lorsque, lui présentant un ensemble d’interrogations critiques à l’adresse de sa philosophie ainsi que de son herméneutique biblique, durant la rédaction de mes thèses, puis lui proposant la traduction d’articles sur le registre exégétique qu’il n’avait jusque là pas publiés en français, je recevais de lui plusieurs missives drues et compactes, rédigées à la main d’une écriture serrée, dans lesquelles il apportait des réponses pointues à mes questions.

Plutôt que de disciples, c’était d’amis qu’il désirait s’entourer, transformant chaque sollicitation qu’il recevait de la part d’étudiants, de confrères ou de journalistes en offre de partenariat. Les témoignages abondent dans ce sens : vous veniez à lui pour obtenir une interview dans un hebdomadaire, une contribution pour un ouvrage collectif, une préface d’une étude, un éclairage en vue d’une thèse, un conseil dans le cadre d’une recherche, et vous vous retrouviez associés à la conversation comme interlocuteurs à part entière, tout interloqués d’être ainsi mis dans la confidence de sa propre réflexion !

Relever le défi laissé par Paul Ricœur, entrer en gratitude à son égard en prenant la relève de son désir d’être, témoigner de l’espérance qui l’habitait malgré le mal et la finitude humaine7, c’est nous inscrire en « continuateurs endettés » de cette attitude éthique de justice, portant notre dette vis-à-vis des autres non comme un carcan pesant mais comme une mission à relancer sans cesse. C’est nous faire, en quelque sorte, contemporains de ceux qui nous ont précédés autant que de ceux qui nous suivront, en une espèce de communauté de pensée que ni le temps, ni l’espace ne parviennent à briser. C’est poursuivre le dialogue avec ceux dont nous héritons, et l’anticiper déjà avec ceux qui nous suivront, sans exiger d’eux qu’ils nous imitent servilement.

C’est faire comme Ricœur lui-même, lui dont aucun des ouvrages ne manque d’engager une conversation avec un ou plusieurs partenaires, comme si l’essentiel de sa réflexion provenait de ce que ceux qui l’ont incité à penser lui avaient légué. Selon une conception de la philosophie vue comme conversation que la mort des interlocuteurs ne peut interrompre.

Une philosophie du dialogue universel

Traverser un livre du penseur français, c’est nous mettre en « vidéo-conférence philosophique internationale », nous plonger au cœur d’un dialogue plurilingue entre les meilleurs spécialistes du domaine, de quelque période de l’histoire qu’ils émanent, et nous laisser guider par ce modérateur de l’entretien dont la seule préoccupation consiste à tirer le meilleur de chacun des débatteurs.

C’est ainsi qu’il désirait œuvrer comme arbitre au cœur des conflits interprétatifs, préférant toujours dégager des dialectiques prospectives, voire établir des conciliations inattendues, là où l’opinion habituelle ne tend qu’à voir des oppositions irréductibles : entre histoire et fiction, entre distanciation aliénante et appropriation existentielle, entre rationalité critique et conviction religieuse, entre exégèse scientifique et lecture confessante, entre raisons du vivre-ensemble et nécessité de canaliser la violence par le droit, entre amour et justice, et la liste pourrait s’allonger…

Si bien que l’ensemble de son œuvre pourrait porter le titre générique de Lectures8 au pluriel, depuis ses premiers écrits dialoguant avec les existentialistes Karl Jaspers9 et Gabriel Marcel10, en passant par la phénoménologie husserlienne11 jusqu’à la psychanalyse freudienne12, au structuralisme de Claude Lévi-Strauss13, à la philosophie analytique du langage issue de Bertrand Russell et Ludwig Wittgenstein (notamment dans le triptyque Temps et Récit14), ou aux débats récents sur le « devoir de mémoire »15 et les multiples commémorations de ces dernières années.

Une œuvre immense et pluriforme, pétrie de toute la tradition philosophique occidentale, des Grecs Aristote et Platon16 jusqu’aux modernes Kant17 et Hegel18, issue de la tradition de la philosophie réflexive française centrée sur la compréhension du sujet, de Descartes à Jean Nabert, nourrie du courant herméneutique depuis Dilthey et Gadamer19 jusqu’à Heidegger et Levinas20, influencée par la sémiologie de A.J. Greimas21 et marquée par les théologiens protestants Karl Barth, Dietrich Bonhoeffer ou encore Rudolf Bultmann22.

Une entreprise multiculturelle, ouvrant le public francophone à d’autres univers linguistiques, comme celui des États-Unis où il a enseigné pendant 23 ans (à Yale et à Chicago) et à des pensées peu connues en Europe, comme la Théorie de la justice du philosophe politique John Rawls23 et, dans le domaine biblique, les approches des exégètes Norman Perrin, Robert Alter et Frank Kermode ou du professeur de littérature Northrop Frye24.

En action de grâces, pour rester jeunes

Lorsque disparaît un sage comme Ricœur dont la voix résonne encore en nous, ou une personne à laquelle nous reconnaissons être redevables de traits essentiels de notre identité, nous aurions moins à nous attrister de leur disparition qu’à nous réjouir de ce qu’ils aient existé. À nous réjouir de leur naissance.

Car, ainsi que l’affirmait également le philosophe français, « le dernier mot doit être laissé aux multiples commencements et recommencements de la vie, à la finitude pensée sous le signe du miracle de la natalité plutôt que de l’être-pour-la-mort ». Au sens où le mourir apparaît comme interne à la vie elle-même, en tant que l’ultime affirmation de la vie.

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Ricœur est mort jeune, à 92 ans. Il est demeuré pensant et vivant jusqu’à son décès, publiant encore plusieurs livres en 200425. Un modèle. Pas seulement un penseur. Un grand frère en sagesse. Dresser son hommage, c’est décliner quelques-unes de ses suggestions existentielles pour « rester jeune » et « bien vieillir ». Pour s’offrir sans frais un « lifting philosophique » et, osons le mot, « spirituel ». Dans l’action de grâces.

L’admiration contre l’ennui

Plusieurs pièges précipitent une « vieillesse naufrage » — à part la maladie, bien évidemment. Tout d’abord l’ennui. Paul Ricœur s’est exercé — il l’a dit notamment lors d’une interview pour ses 90 ans26 — à l’admiration cartésienne. Au sens étymologique (du latin mirari = s’étonner) de l’aptitude à nous étonner de ce que nous vivons et voyons. Cette capacité de recevoir chaque matin comme un surgissement absolu de la nouveauté. Cette propension à refuser de devenir un « blasé », un de ceux qui ont tout connu et expérimenté, qui vous coupent les ailes de l’optimisme et de la bonne humeur avec leur cynisme et leur ricanement sarcastique.

Avec Ricœur, on avait toujours l’impression de se trouver comme devant un enfant qui vous bombarde de « pourquoi ? » et enchaîne les questions toutes plus existentielles — et essentielles — les unes que les autres. Du reste, comme il le souligne dans son Autobiographie intellectuelle. Réflexion faite27, chacun de ses ouvrages naît des apories laissées ouvertes par le livre précédent.

Inscrit dans le courant de la philosophie réflexive issue du Cogito de Descartes, il s’interroge sur la compréhension et l’unité du sujet ; il rencontre la phénoménologie de Husserl qui étudie les conditions de possibilité de cette saisie de l’homme par lui-même (point de départ de sa Philosophie de la volonté, dans son premier tome Le volontaire et l’involontaire28) ; mais il constate que l’idéal cartésien et husserlien d’une transparence du sujet à lui-même ne peut être atteint ; il butte en effet sur les zones opaques de l’involontaire et de la culpabilité qui ne se laissent saisir que par la médiation incontournable des langages (signes, symboles et textes) par lesquels l’accès à soi-même s’avère possible (second tome de la Philosophie de la volonté, intitulé globalement Finitude et culpabilité et édité en deux volumes : L’homme faillible et La symbolique du mal29) ; d’où l’entrée en herméneutique, cette compréhension de soi passant par l’interprétation des médiations en lesquelles le sens de l’existence humaine s’est déposé ; il se heurte alors à Freud et examine le « contrecoup » que la psychanalyse exerce sur la philosophie, en détruisant l’illusion de la connaissance intuitive de soi-même ; il ne s’y résout pas, ni n’adopte non plus les excès du structuralisme tendant à réduire le « je pensant » à ses conditionnements linguistiques, ni encore ceux du marxisme aboutissant à dissoudre la consistance du sujet en ses déterminations historiques. Dans Le conflit des interprétations30, il trace une voie médiane entre l’entreprise démystificatrice de ceux qu’il appelle « les maîtres du soupçon » (Freud, Marx, Nietzsche) — laquelle considère le symbole comme marque d’une intention dissimulée — et l’herméneutique de la récollection du sens — qui, elle, par la relation au sacré (cf. Mircea Eliade), pose le symbole comme apte à révéler la vérité de l’ineffable.

Au-delà du symbole « qui donne à penser » et de « l’innovation sémantique » à l’œuvre dans La Métaphore vive31, Ricœur accède alors au niveau du texte proprement dit. Les méthodes d’analyse critique précédemment examinées, non seulement ne l’éloignent pas de la compréhension du sens de l’humain telle qu’il la recherche jusqu’à Soi-même comme un autre32, mais en constituent le prérequis indispensable, selon l’adage qui lui est cher : « Expliquer plus, c’est comprendre mieux ». Car elles creusent la distanciation — que provoque déjà la mise par écrit de l’œuvre — d’avec les intentions de l’auteur, de son auditoire primitif et des circonstances initiales de son énonciation, afin de lui permettre d’être décontextualisée puis recontextualisée, c’est-à-dire insérée dans un dialogue nouveau avec n’importe quel lecteur ultérieur. C’est lorsque « le monde du texte » est projeté en avant de lui-même qu’il peut entrer en interaction avec « le monde des lecteurs » pour le transformer et provoquer ceux-ci à un agir renouvelé. Comme le résume Ricœur de manière suggestive : « J’échange le moi, maître de lui-même, contre le soi, disciple du texte »33.

Le Cogito est brisé, fragile, mais capable, par l’interprétation des textes de la culture, de recueillir la signification de son existence. Une entreprise herméneutique jamais close, toujours à reprendre, en un processus qui maintient la vivacité du cœur et de l’esprit…

Cela vaut également pour la lecture de l’Écriture : la nouvelle compréhension de soi apportée par le texte révélé implique du sujet lisant qu’il consente à se désapproprier de lui-même et à se dégager de ses conceptions narcissiques ou établies, pour se laisser saisir par les nouvelles possibilités d’être-au-monde déployées par le texte inspiré. Au-delà de la traversée du désert des approches critiques et de la démythologisation rendues inévitables par le contexte contemporain, Ricœur invite les lecteurs croyants à saisir les Écritures en une « seconde naïveté post-critique »34, afin de développer une compréhension d’eux-mêmes susceptible d’habiter le temps et l’univers biblique. C’est ainsi que, comme le dit saint Grégoire le Grand, « l’Écriture croît avec son lecteur »35.

« La joie du oui dans la tristesse du fini » (cf. Spinoza)

Deuxième tentation qui guette l’avancée en âge et la contemplation de notre univers : la tristesse — surtout si nous traversons, ainsi que l’a vécu Ricœur, une vie jalonnée d’accidents et de deuils (en plus de la perte prématurée de ses parents, il a connu le suicide de son fils et le décès de sa sœur, puis de son épouse).

Constamment confronté dans sa réflexion au mystère du mal et de la responsabilité humaine, Ricœur nous exhorte d’abord à nous prémunir du fantasme que nous pourrions être épargnés par la souffrance et le malheur. Ensuite à nous intéresser au présent, à nous passionner pour l’histoire immédiate, à nous projeter en avant, loin de la nostalgie sans prospective. Puis aussi à entretenir un goût obstiné de la vie, un amour irrépressible du réel, un intérêt pour l’actualité.

À 91 ans, il réfléchissait à l’élargissement de l’Europe à 25. « On espère faire l’anti-Yalta », déclarait-il à La Vie, le 24 juin 2004. « Mais cette nouvelle épopée européenne n’efface pas les crimes. Premièrement, le mal absolu qu’a représenté la Shoah. Deuxièmement le Goulag et toutes ses victimes »36. Faire mémoire du passé, non pour en demeurer prisonnier, mais pour nourrir la lucidité sur les événements actuels.

Si nous parvenions à conserver la fraîcheur du regard, la sagacité d’appréciation, la pertinence du jugement de l’alerte vieillard Ricœur ! À propos du PACS (pacte civil de solidarité) français, le vieux lion déclarait, toujours dans l’entretien accordé à l’hebdomadaire français, lui, le penseur existentialiste, l’ardent défenseur du christianisme social qu’on ne peut taxer de « conservateur réactionnaire » :

Je constate sans m’indigner que les figures de la conjugalité ne tournent plus exclusivement autour du mariage, mais il y a un axe fixe vertical, celui de la filiation. Je vois comme les enfants nés sous X (= sans que leurs parents leur soient révélés) sont dans une quête éperdue de leur père et mère. J’entends tous les arguments des homosexuels qui font valoir qu’ils éduqueraient aussi bien que les hétérosexuels. Mais je pense que les homosexuels ne peuvent pas priver des enfants qu’ils adopteraient du droit qu’eux-mêmes ont eu à avoir un père et une mère. La filiation, ce n’est pas de la psychologie mais de l’anthropologie37.

Lorsqu’il nous arrive de douter de l’humain, de sombrer dans le pessimisme devant le flux ininterrompu des violences aveugles, des attentats meurtriers, des occupations armées injustifiées, des oppressions totalitaires, des perversions sexuelles, des manipulations de l’information, de la corruption généralisée, de la superficialité des conversations environnantes…, aussi dévastateur que les inondations en Roumanie ou les incendies de la Péninsule ibérique l’été 2005, repensons à Paul Ricœur et à ce rôle qu’il assignait aux communautés chrétiennes dans la situation contemporaine : demeurer les témoins d’un « sens fondamental » plus fort que le non-sens.

Ricœur, le protestant praticien de l’œcuménisme biblique, qui se prévalait d’un « christianisme de philosophe », qui, autant que ses coreligionnaires André Dumas et Jacques Ellul, se refusait à toute entreprise de « récrimination et de rejet », qui, jusqu’au bout, plaidait pour « un surplus de sens sur l’absurde »38.

Si la foi chrétienne paraît parfois « poussiéreuse », si nos assemblées vieillissent, c’est peut-être parce que nous, chrétiens, manquons d’espérance. En tous cas, Ricœur n’a cessé d’inviter ses frères dans la foi à se dresser au créneau de l’histoire en vigiles du monde nouveau. En prophètes du sens attesté dans les événements que les Écritures bibliques proclament et que nous n’aurons jamais fini de détailler. En témoins de cette « logique de la surabondance » qui éclate dans les paraboles de Jésus39 où, d’un minuscule grain de moutarde, jaillit paradoxalement le plus grand des arbres du jardin sur les branches duquel les oiseaux ont plaisir à glisser leur nid. De cette « folie du Royaume », en vertu de laquelle la bonté de Dieu se dit prête à rémunérer les ouvriers de la dernière heure autant que celui qui a peiné toute la journée. De ce « combien plus » de la générosité divine, qui dépasse tout ce que la miséricorde humaine est capable de réaliser et ce que la pensée de l’homme est apte à imaginer40.

Témoins protestants — et catholiques — d’une pro-testation qui se fait at-testation, passant du non au non, — non à l’horreur et à la barbarie, non à l’ignominie et aux injustices de tous ordres —, jusqu’à rejoindre le oui au oui —, oui à l’estime de soi et à la sollicitude pour autrui, oui aux institutions justes41 et à l’écoute de la Parole. Sans se départir de la rigueur rationnelle exigée par l’exercice critique de la responsabilité intellectuelle, à l’exemple de Ricœur, tout en puisant à même le texte scripturaire nos convictions personnelles profondes, et en lui appliquant autant les méthodes de l’exégèse scientifique que la démarche de la lecture croyante et confessante42.

Oui à la surabondance de l’amour qui contrebalance les exigences légitimes de la justice, ainsi que la « Règle d’or » évangélique les associe en son économie du don43. Dans la fragilité de l’approbation et la reconnaissance inquiète. Lucide, discrète, inachevée mais tenace, selon la belle formule ricœurienne, dans le plus pur style de Spinoza : « L’homme, c’est la joie du oui dans la tristesse du fini ».

Ricœur en trouvait une concrétisation signifiante dans le cadre œcuménique de Taizé, dont le rôle prophétique a été remis en lumière l’été dernier 2005, à l’occasion de l’assassinat tragique de Frère Roger Schütz. Le philosophe se réjouissait de ces irruptions de bonté irradiant la fraternité entre les membres de la communauté, grâce à leur sens discret de l’hospitalité et de la prière. Une liturgie à laquelle des milliers de jeunes de diverses confessions et provenances aiment à s’associer, n’exprimant pas ainsi « une articulation conceptuelle du bien et du mal, de Dieu, de la grâce, de Jésus-Christ », mais manifestant « un tropisme fondamental vers la bonté »44.

Lire, beaucoup, et écouter la Parole

À en croire ceux qui l’ont rencontré, interviewé ou entendu en conférence durant les dernières années de sa vie, P. Ricœur s’appliquait à lui-même les principes de sa philosophie. C’est beau, un philosophe (ou un prédicateur) qui fait ce qu’il dit. C’est beau et… rare ! Car, de l’aveu même de ses interlocuteurs, il conservait une vigueur étonnante de pensée, même en son grand âge, avec la maîtrise parfaite des termes, une manière lente, méthodique, inimitable de construire devant ses partenaires de dialogue un développement rationnel, un échafaudage conceptuel, sans rupture de fil.

D’autres secrets pour expliquer cette éblouissante jeunesse intellectuelle ? Une « potion magique » inaccessible au commun des mortels ? Sa recette tient en des attitudes simples, dont personne ne devrait se sentir exclu. En voici une troisième, à laquelle il avouait tenir beaucoup : lire, lire beaucoup, passionnément. Se tenir au courant de la création intellectuelle, de la production récente, et ainsi, continuer de se poser des questions.

Lire, ce n’est pas s’évader du réel. C’est en sortir pour mieux y revenir. Lire, ce n’est pas fuir l’existence. C’est prendre du recul pour mieux en saisir la complexité. Lire, ce n’est pas s’extraire de soi, c’est accepter de se dépayser pour parvenir à mieux se comprendre soi-même. Comme un véritable art de vivre.

Le plus court chemin de soi à soi passe par l’autre. D’où le beau titre de cet ouvrage déjà cité de notre philosophe : Soi-même comme un autre45. Pour une fois, écoutons-le plus longuement dans sa langue écrite, difficile, mais si précise, en un extrait qui synthétise tout ce que nous disions plus haut :

Contrairement à la prétention du sujet à se connaître lui-même par intuition immédiate — c’était le rêve du Cogito de Descartes et de l’idéal de la transparence de soi à soi cultivé par la tradition réflexive qui l’a suivi —, il faut dire que nous ne nous comprenons que par le grand détour des signes d’humanité déposés dans les œuvres de la culture. Que saurions-nous de l’amour et de la haine, des sentiments éthiques et, en général, de tout ce que nous appelons le soi, si cela n’avait pas été porté au langage ? Dès lors, comprendre, c’est se comprendre devant le texte, et recevoir de lui un soi plus vaste. La lecture m’introduit dans les variations imaginatives de l’ego46.

C’est ce que Ricœur appelle « la voie longue de l’herméneutique » qui opère le détour par l’interprétation de l’autre que soi. D’où ses innombrables échanges avec ses interlocuteurs de tous bords que nous évoquions précédemment — il n’avait pas d’adversaires intellectuels, rien que des partenaires qui venaient enrichir sa pensée.

La lecture rend intelligent. De même pour la Bible : lire l’Écriture permet d’approcher Dieu. De s’estimer soi-même, et d’aimer autrui dans la surabondance du don. De découvrir le visage pluriel du Seigneur dont les figures multiformes, ainsi que le répète à l’envi notre herméneute, ne sauraient être séparées « des formes de discours dans lesquelles ces figures adviennent »47.

Et puisque selon sa conception de la poétique biblique, il s’emploie à faire jouer à merveille le riche entrecroisement des nombreux genres littéraires qui constituent la polyphonie de l’Écriture (La Loi, les Prophètes, les Écrits de Sagesse, les quatre Évangiles, l’Apocalypse), il ne peut s’empêcher d’établir combien le visage du Dieu de la Révélation est « symphonique ». Dans l’Ancien Testament par exemple, Yahvé se manifeste tantôt comme le grand Acteur de la geste historique d’Israël, tantôt comme le Donateur de la Torah, tantôt comme l’Inspirateur des voix prophétiques, tantôt comme la Source de la Sagesse quotidienne et éternelle commune à Israël et aux autres nations, tantôt comme le « Tu » interpellé par le « Je » du psalmiste, tantôt comme le Juge eschatologique de l’apocalyptique.

Lire la Bible, toute la Bible, dans une perspective canonique, que Ricœur appelle « structuralisme intertextuel »48. En ressaisissant le travail d’interprétation déjà à l’œuvre dans le texte par le jeu des réinterprétations successives qui en tissent la trame. En prolongeant « en imagination et en sympathie » ce travail de relectures internes, pour s’inscrire dans l’histoire de sa tradition (sa Wirkungsgeschichte49). En dégageant la complexité et la circularité des diverses formes littéraires dont le Canon assure la clôture, chacune articulant de manière particulière la temporalité : l’immémorial de la Loi « donnée depuis toujours » croise l’imminence de l’événement prophétique dans son irruption imprévisible, laquelle se conjugue à la perdurance de la Sagesse, à la fois sans âge et de tous les jours.

Lire l’Écriture, c’est s’exposer au texte polymorphe pour en recevoir une identité plurielle, elle aussi à la fois solidement instaurée par les récits fondateurs et la conclusion de l’Alliance, complètement déstabilisée par le surgissement inédit de l’annonce prophétique, puis relativisée et rétablie par les écrits de la Sagesse, tour à tour désabusée et confiante.

Lire maintient jeune. Demandons-le à Ricœur, ou plutôt, désormais, contemplons sa trajectoire de vie !

Telle une chouette, choisir ses amis

Dans la propriété du philosophe, à Châtenay-Malabry près de Paris, dénommée « Les murs blancs », se trouve un grand salon. Dans ce salon règne une immense bibliothèque remplie de livres d’art et de témoins de l’histoire de la pensée. Sur chaque étagère de la bibliothèque trône, paraît-il, une chouette. En porcelaine. Un ensemble de spécimens, de tailles diverses, qui vous regardent fixement.

La chouette, vous le savez, symbolise le philosophe. Pourquoi ? Sans doute parce que, dans le monde animal, il n’existe pas de plus longue patience ni de plus grand sérieux. Dans l’absolue discrétion. La chouette ne s’en laisse pas conter. Elle ne papillonne pas. Elle réfléchit, dans son coin, effacée. Grave mais affable. Comme Ricœur. La chouette nous fournit quelques ultimes pistes pour vieillir en beauté. Savoir choisir ses amis, sans butiner de-ci de-là. Se protéger des curieux, des commères. De ceux qui vous complimentent par devant et qui vous abandonnent au détour des événements. Quand ils ne vont pas jusqu’à vous poignarder.

Ricœur a trouvé son bonheur dans l’amitié. Loin des curieux et des agités qui, des deux côtés de l’Atlantique, ne cessaient de le solliciter. L’amitié par exemple avec Emmanuel Mounier, le philosophe chrétien personnaliste, et l’équipe de la revue Esprit, forte de son idéal jamais renié. « L’amitié me tient en vie, confessait-il un an avant son décès50. J’ai une obligation d’être à la hauteur de la confiance que me font mes amis ».

Ensuite, comme la chouette, Paul Ricœur est demeuré dans l’ombre, indifférent à la vaine gloire, réticent à arpenter les plateaux de télévision. Quand on écoute les quelques entretiens qu’il a accordés, on a l’âme élargie, l’esprit aéré. On a l’impression de progresser de quelques crans dans l’échelle des idées. Car il savait prendre du recul en laissant aux choses et aux événements le temps de se décanter, de se mettre en relation.

* * *

Ricœur ne répondra plus à nos interrogations par une missive tassée. C’est à chacun de nous de prendre le relais de ce courage pour exister, de ce « risque énorme d’être homme », de cette volonté irrépressible d’être dont il a témoigné par son œuvre et sa vie. À chacun de nous de baliser notre « parcours de reconnaissance », à l’égard de nos parents, de nos proches, de nos rares vrais amis, des écrivains, artistes, penseurs, figures marquantes à qui nous devons beaucoup. À chacun de nous de penser cette gratitude vis-à-vis de Dieu lui-même, si nous sommes croyants, pour vivre tout, comme disait saint Paul, dans l’action de grâces.

Notes de bas de page

  • * Pour la bibliographie de Ricœur, cf. la recension infra p. 517 de Vansina F.D., Paul Ricœur. Bibliographie primaire et secondaire 1935-2000, coll. BETL 148, Leuven, Univ. Press/Peeters, 2000.

  • ** L’A. a consacré à Paul Ricœur deux de ses thèses de doctorat, l’une en philosophie, l’autre en théologie, qu’il a rassemblées en un seul volume publié aux éd. du Cerf / St-Maurice, Paris / St-Augustin, 2004, sous le titre L’herméneutique philosophique de Paul Ricœur et son importance pour l’exégèse biblique. En débat avec la New Yale Theology School, coll. La Nuit Surveillée (cf. recension d’H. Jacobs dans NRT 128 [2006] 164).

  • 1 Paris, Cerf, 1994, p. 66-67.

  • 2 Le Jésuite décédé en 2001, dont Ricœur n’a cessé d’explorer l’œuvre et de vanter la perspicacité des travaux, notamment au sujet de l’articulation des deux parties des Écritures chrétiennes (dans des contributions comme « Accomplir les Écritures selon Paul Beauchamp, L’Un et l’Autre Testament, T. II », dans Hommage à Paul Beauchamp, éd. P. Bovati – R. Meynet, Paris, Médiasèvres, 1996, p. 7-23, ainsi que « Comme si la Bible n’existait que lue… Exorde », dans Ouvrir les Écritures. Mélanges offerts à Paul Beauchamp, éd. P. Bovati – R. Meynet, coll. Lectio Divina 162, Paris, Cerf, 1995, p. 21-28), et dont il a préfacé l’ouvrage posthume Testament biblique (p. 7-13), une reprise de huit articles parus dans la revue Études (Paris, 2001).

  • 3 Paris, Stock, 2004. Dans l’énumération qui suit, les pages citées entre parenthèses renvoient à cet ouvrage.

  • 4 Comme jalons de sa pensée éthique et politique, mentionnons entre autres : « Pour un christianisme prophétique », dans Les chrétiens et la politique, Paris, éd. Temps présent, 1948 ; Histoire et vérité, Paris, Seuil, 1955 ;31990 (troisième édition augmentée) ; Lectures 1 : Autour du politique, Paris, Seuil, 1991 ; Le juste 1, Paris, Esprit, 1995 ; Le juste 2, Paris, Esprit, 1995 ; L’idéologie et l’utopie, Paris, Seuil, 1997.

  • 5 Mercier J., « Paul Ricœur, frère en sagesse ». Interview dans La Vie n° 3069, 24 juin 2004, p. 64-67, ici p. 67.

  • 6 La revue Autres Temps a d’ailleurs publié, dans son numéro double 76-77 de 2003, une anthologie de neuf textes jalons pour un christianisme social, parmi ceux livrés par Ricœur successivement pour La Revue du christianisme social (entre 1946 et 1970) et pour Autres Temps (entre 1984 et 1994), sous le titre Histoire et civilisation. En voici les énoncés suggestifs : « Le chrétien et la civilisation occidentale » (1946) ; « Le Yogi, le commissaire, le prolétaire et le prophète » (1949) ; « Vraie et fausse paix » (1955) ; « L’aventure technique et son horizon planétaire » (1958) ; « Les aventures de l’État et la tâche des chrétiens » (1958) ; « L’insoumission » (1960) ; « De la nation à l’humanité : tâche des chrétiens » (1965) ; « Urbanisation et sécularisation » (1966) ; « Responsabilité et fragilité » (1992).

  • 7 Voir par exemple son bel essai « L’espérance et la structure des systèmes philosophiques », dans Ricœur P., L’herméneutique biblique, éd. Fr.-X. Amherdt, Paris, Cerf, 2001, p. 111-128.

  • 8 Trois de ses ouvrages s’intitulent d’ailleurs ainsi : Lectures 1. Autour du politique ; Lectures 2. La Contrée des philosophes ; Lectures 3. Aux frontières de la philosophie, Paris, Seuil, 1991, 1992 et 1994.

  • 9 Cf. Ricœur P. et Dufrenne M., Karl Jaspers et la philosophie de l’existence (1947), coll. Esprit – La condition humaine, Paris, Seuil,22000.

  • 10 Cf. Gabriel Marcel et Karl Jaspers. Philosophie du mystère et philosophie du paradoxe, coll. Artistes et écrivains du temps présent, Paris, éd. Temps présent, 1948 ; ainsi que Ricœur P. et Marcel G., Entretiens Paul Ricœur – Gabriel Marcel, coll. Présence et Pensée, Paris, Aubier, 1968 ; éd. Assoc. Présence de Gabriel Marcel,21998.

  • 11 Cf. Husserl : An Analysis of His Phenomenology, Evanston, Northwestern Univ. Press, 1967.

  • 12 Cf. De l’interprétation. Essai sur Freud, Paris, Seuil, 1965.

  • 13 Cf. Le conflit des interprétations. Essais d’herméneutique I, Paris, Seuil, 1969.

  • 14 Temps et récit, I. L’intrigue et le récit historique ; II. La configuration dans le récit de fiction ; III. Le temps raconté, Paris, Seuil, 1983, 1984 et 1985.

  • 15 Cf. La Mémoire, l’Histoire, l’oubli, Paris, Seuil, 2000.

  • 16 Cf. Être, essence et substance chez Platon et Aristote, cours professé à l’Université de Strasbourg, 1953-1954, Paris, Centre de Documentation Universitaire, 1960.

  • 17 Entre autres, l’article « Kant Emmanuel (1724-1804) », qu’il a livré pour l’Encyclopédie du protestantisme, éd. P. Gisel, Paris/Genève, Cerf/Labor et Fides, 1995, p. 816-821.

  • 18 Cf. notamment « Le statut de la Vorstellung dans la philosophie hégélienne de la religion », dans Lectures 3 (cité supra n. 8), p. 41-62.

  • 19 Cf. Cours sur l’herméneutique, Louvain, Institut Supérieur de philosophie, 1971.

  • 20 Cf. Autrement. Lecture d’« Autrement qu’être ou au-delà de l’essence » d’Emmanuel Levinas, Paris, PUF, 1997.

  • 21 Cf. La grammaire narrative de Greimas, Limoges, Pr. Univ., 1980 (repris dans Lectures 2 [cité supra n. 8], p. 387-419).

  • 22 Cf. Démythologisation et herméneutique, Nancy, Centre européen universitaire, 1967, et la « Préface » au Jésus, mythologie et démythologisation de Bultmann, Paris, Seuil, 1968, reprise dans Le conflit des interprétations (cité supra n. 13), p. 373-392.

  • 23 Audard C., Boudon R., Dupuy J.-P., Ricœur P. e.a., Individu et justice sociale : Autour de John Rawls, Paris, Seuil, 1988.

  • 24 À travers ses nombreux essais en herméneutique biblique dont les plus intéressants se retrouvent dans Rouiller G. et Bovon Fr., Exegesis. Problèmes de méthode et exercices de lecture (Genèse 22 et Luc 15), Neuchâtel–Paris, Delachaux et Niestlé, 1975 (repris dans Du texte à l’action. Essais d’herméneutique II, Paris, Seuil, 1986 ; dans Lectures 3. Aux frontières de la philosophie [cité supra n. 8], ainsi que dans l’anthologie que nous avons traduite de l’anglais, Ricœur P., L’herméneutique biblique [cité supra n. 7]).

  • 25 Outre le Parcours de la reconnaissance, un autre ouvrage intitulé Sur la traduction, Paris, Bayard.

  • 26 « Paul Ricœur, la conviction faite homme », propos recueillis par N. Crom – Br. Frappat et R. Migliorini, La Croix, 26 février 2003, p. 12-13.

  • 27 Paris, Esprit, 1995.

  • 28 Paris, Aubier, 1950.

  • 29 Paris, Aubier, 1960.

  • 30 Cf. supra n. 13.

  • 31 Paris, Seuil, 1975.

  • 32 Paris, Seuil, 1990.

  • 33 Réflexion faite (cité supra n. 27), p. 57.

  • 34 Cf. La symbolique du mal (cité supra n. 29), p. 326-327 ; L’herméneutique biblique (cité supra n. 7), p. 239.

  • 35 Mot cité à de nombreuses reprises par Ricœur (à la suite de P.C. Bori qui le mentionne dans L’Interprétation infinie, Paris, Cerf, 1991), encore récemment dans sa livraison « Le Canon biblique entre le texte et la communauté » pour l’ouvrage collectif dirigé par J.-Cl. Eslin et C. Cornu, La Bible, 2000 ans de lectures, Paris, DDB, 2003, p. 93-116, ici p. 98.

  • 36 « Paul Ricœur, frère en sagesse » (cité supra n. 5), p. 66.

  • 37 Ibid.

  • 38 Cf. son très beau témoignage dans l’entretien avec Fr. Azouvi et M. de Launay, La critique et la conviction, Paris, Calmann Lévy, 1995, entre autres sa sérénité face à la mort.

  • 39 Voir la principale contribution de Ricœur sur les paraboles dans L’herméneutique biblique (cité supra n. 7), p. 147-255.

  • 40 Le plus beau texte de Ricœur sur ce registre reste sans nul doute l’essai « La liberté selon l’espérance » inséré dans Le conflit des interprétations (cité supra n. 13), p. 393-415.

  • 41 Selon les trois dimensions de l’éthique ricœurienne, développées le plus pleinement dans Soi-même comme un autre (cité supra n. 32) : la considération de soi-même, au nom de la dignité inaliénable de chacun ; l’intérêt actif pour autrui, dans le respect de son unicité ; et la mise en place de structures régies par la justice, au nom du nécessaire vivre-ensemble.

  • 42 Pour cette articulation de la critique et de la conviction chez Ricœur, voir par exemple l’essai intitulé « Herméneutique. Les finalités de l’exégèse biblique », intégré au livre collectif édité par le Centre Thomas More, La Bible en philosophie. Approches contemporaines, Paris, Cerf, 1983, p. 27-51.

  • 43 Cf. Amour et Justice. Liebe und Gerechtigkeit, Tübingen, Mohr, 1990.

  • 44 Cf. interview parue dans La lettre de Taizé, janvier 2001.

  • 45 Cf. supra n. 32.

  • 46 Cf. « La Bible et l’imagination », dans Revue d’Histoire et de Philosophie Religieuses 66 (1982) 339-360, ici p. 360 ; ou « Herméneutique philosophique et herméneutique biblique », dans Rouiller G. et Bovon Fr., Exegesis (cité supra n. 24), p. 216-228, surtout p. 227-228.

  • 47 Cf. notamment « Herméneutique. Les finalités de l’exégèse biblique » (cité supra n. 42), p. 38-41.

  • 48 À ce propos, voir l’essai « Temps biblique », dans Archivio di Filosofia 53 (1985) 23-35, et l’article déjà cité « Le Canon biblique entre le texte et la communauté » (supra n. 35), l’une des dernières contributions suggestives de P. Ricœur dans le domaine de l’herméneutique des Écritures.

  • 49 Une dimension particulièrement développée dans les six études exégétiques qui composent l’ouvrage écrit à deux voix avec le bibliste André LaCocque, Penser la Bible, coll. La couleur des idées, Paris, Seuil, 1998.

  • 50 Dans l’interview donnée à La Vie (cf. supra n. 5), p. 64.

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