La théologie spirituelle de Baltasar Gracián est souvent méconnue ou caricaturée. Le jésuite espagnol (1601-1658) développe pourtant, à travers ses aphorismes, une conception originale de la sainteté destinée aux chrétiens engagés dans le monde. Marquée par l’humanisme, sa pensée valorise la culture de soi, la prudence, l’attention aux circonstances et le primat de la conscience personnelle. Cette sagesse, parfois ambiguë et proche de l’idéal de l’« honnête homme », s’inscrit néanmoins dans un horizon ignatien où l’articulation entre moyens humains et grâce divine demeure essentielle.
Il est des auteurs peu connus ou franchement caricaturés dont l’enseignement pourrait pourtant grandement nous éclairer. Parmi eux figure sans aucun doute le jésuite Baltasar Gracián y Morales (1601-1658), plus souvent caricaturé que vraiment lu. Or celui qu’on peut classer parmi les humanistes et les religieux qui ont compté pour leur temps, est particulièrement ignoré de nos jours, malgré quelques travaux remarquables, mais peu diffusés. On pourrait pourtant s’inspirer de quelques-uns de ses conseils éclairés, car ce jésuite fut aussi un homme soucieux d’honorer la raison, en toute décision importante dans une vie chrétienne. Et en effet il s’adresse au fidèle ordinaire, l’homme ou la femme de la vie urbaine, non pas à ceux des villes seulement, pas non plus à des religieux ou à des moines, mais à tous ceux et celles qui désirent…