L’article analyse la manière dont Charles de Foucauld s’est approprié la dévotion au Sacré-Cœur, d’abord transmise par Marie de Bondy et approfondie avec l’abbé Huvelin, avant de devenir la matrice de ses intuitions spirituelles et missionnaires. Comme expression paradigmatique d’une théologie incarnée de l’amour miséricordieux de Dieu, la spiritualité du Sacré-Cœur a rejoint son idéal de fraternité universelle et est devenue pour lui le symbole par excellence de l’amour divin toujours offert.
Dans sa quatrième encyclique, Dilexit nos1, publiée le 24 octobre 2024 et consacrée à « l’amour humain et divin du Cœur de Jésus-Christ », le pape François évoque deux figures contemporaines de la spiritualité française, Thérèse de Lisieux et Charles de Foucauld, qu’il associe dans une même section2. Cette mise en parallèle souligne la continuité spirituelle entre ces deux mystiques : celle d’une foi incarnée, centrée sur l’amour miséricordieux du Christ. Le présent article se concentrera toutefois exclusivement sur Charles de Foucauld, dont l’expérience spirituelle offre un exemple singulier de maturation théologique. Notre étude s’attache à suivre le cheminement de sa dévotion au Sacré-Cœur : d’abord reçue comme une expérience affective marquée par la médiation de sa cousine germaine Marie de Bondy et l’accompagnement de l’abbé…