Cet article examine la distinction entre le pouvoir d’ordre (potestas ordinis) et le pouvoir de juridiction (potestas jurisdictionis) dans la théologie de Thomas d’Aquin. Si le pouvoir sacramentel reste réservé aux ministres ordonnés, Thomas autorise explicitement la participation des laïcs aux questions juridictionnelles non sacramentelles. Ce cadre thomiste trouve un écho remarquable dans la constitution apostolique Prædicate Evangelium du pape François (2022), qui permet aux laïcs de diriger les dicastères de la Curie romaine. L’approche nuancée de Thomas d’Aquin offre des ressources précieuses pour une Église synodale qui
repense la participation et le pouvoir dans la gouvernance ecclésiale.
Introduction
La phase de célébration du récent processus synodal en 20231 et 2024 n’a fait qu’effleurer la thématique du pouvoir de juridiction qui, comme telle, ne peut être écartée de celle du sacrement de l’ordre et de la gouvernance ecclésiale. Le Document final2 ne traite pas explicitement du binôme entre pouvoir d’ordre (potestas ordinis) et pouvoir de juridiction (potestas jurisdictionis), celui-ci étant également dénommé par le Code de droit canonique « pouvoir de gouvernement » (potestas regiminis). Il ne mentionne aucune fois l’expression « pouvoir de juridiction », ni même celle de « pouvoir d’ordre », le mot « ordre » n’apparaît que deux fois, et au pluriel, pour signifier les trois degrés du sacrement de l’ordre (DF 68 et 74). Vatican ii n’a pas utilisé cette double distinction ; le concile a privilégié l’expression…