Un effort récent pour renouveler la préparation au mariage1

Alain Mattheeuws s.j.

L’enjeu de la préparation au mariage est décisif : pas seulement à cause des statistiques d’échecs, mais surtout parce que ce sacrement est source d’une grâce particulière. Le témoignage de l’amour vivant et de la présence de Dieu dans l’histoire humaine, dépend clairement des baptisés appelés à se marier et à en vivre pleinement.

I Présentation

On regrette parfois la précipitation de certains à se préparer au sacrement de mariage. Il faut « fonder la démarche spirituelle » pour que la maison ne soit pas bâtie sur du sable et qu’elle tienne dans les tempêtes de la vie. C’est pourquoi, investir dans la préparation n’est jamais du temps « perdu ». Les évêques (en France spécialement) et de nombreuses pastorales insistent désormais sur cette notion de temps, de rencontres, d’enseignements de base. De nombreux instruments existent déjà. En langue française cependant, aucun parcours systématique et unifié sur la durée d’une année. Nous avons affaire ici à un ensemble cohérent dont les balises apparaissent clairement. Ce n’est même plus une « carte Michelin » : c’est presque un GPS dont on fixe au fur et à mesure les destinations selon l’avancement et le désir de progresser des passagers. Ce « nouveau kit » a été réalisé par Monsieur J. Villeminot, diacre permanent, marié et père de famille qui prépare des fiancés au mariage depuis de nombreuses années2.

Le parcours est à la fois souple et exigeant. L’originalité de la démarche pour les futurs conjoints consiste à « travailler » eux-mêmes en dehors de leurs rencontres avec le diacre ou le prêtre. La formule s’intitule « l’heure pour nous » : passer une heure par semaine, seule à seul, sans témoins ni belle-famille ni amis, pour dialoguer et réfléchir sur leur projet. Deux instruments les accompagnent : un « Carnet de route » donne un contenu à travailler ; un « Carnet de notes » permet de mettre par écrit découvertes, questions sans réponses ou obstacles rencontrés. La route est ainsi fléchée. La conscience des fiancés s’éveille à l’enjeu de leur vie personnelle, de leur vie de couple. Les explications à chaque étape ne manquent pas. Sans accompagnateurs, les futurs conjoints sont rendus aptes à intégrer petit à petit une « manière de faire » qui les met de plain-pied avec des éléments de l’Écriture, de la foi chrétienne et des sacrements qu’ils connaissent peu ou pas du tout. En tout cas, le sacrement de mariage n’est pas isolé de toute la vie chrétienne de base. Cette manière de faire met les fiancés en situation et en responsabilité.

Cette exigence se double de souplesse car le parcours est composé de vingt-six modules adaptables : un couple n’est pas l’autre et le cheminement peut prendre des visages différents. On peut aussi, avec l’aide des accompagnateurs, entrer dans un cycle de modules plus ou moins rapidement suivant la connaissance mutuelle et l’histoire du couple. Un livre particulier, « Le guide de l’accompagnateur », donne des indications précieuses pour bâtir un itinéraire. Ce guide mérite qu’on s’y attarde. Prêtres et diacres qui ont une expérience et une manière propre de préparer au mariage, pourront y trouver de nouveaux conseils et situer leurs propres insistances pastorales.

L’ensemble de ces instruments suppose un certain investissement non seulement de la part des futurs époux, mais aussi des accompagnateurs. Il ne s’agit pas de suivre une nouvelle formation, mais de s’approprier à nouveau les thématiques les plus importantes, d’entrer en accord avec les carrefours décisionnels et les enjeux décisifs de cette préparation : en bref de saisir le mode d’emploi. Celui-ci reste pratique, facile d’accès et permettra probablement une unification de la démarche d’accompagnement réalisée souvent par divers acteurs : catéchistes, couples-amis, enseignements communs, rencontres avec le diacre ou le prêtre.

Un dernier « instrument » plus moderne consiste en un double DVD fort bien construit et centré sur des questions de formation humaine concrète. Cet aspect, indissociable des autres présentations, leur donne tout leur poids. Sont ainsi envisagées des thématiques concrètes du mariage : gestion de l’argent et de la vie professionnelle dans le couple, sexualité conjugale, relations diverses (familiales et amicales). L’ensemble forme un horizon stimulant pour des amoureux qui parfois ne pensent pas à « tout cela ». Ces présentations mettent en évidence une vision de l’homme dont les traits sont spécifiquement issus du christianisme. Dans le contexte multi-culturel et interreligieux d’aujourd’hui, cette vision ne manquera pas de susciter la réflexion.

Nous avons vu les trois « outils » principaux. Il nous faut à présent signaler « le livre des époux » qui vise un approfondissement doctrinal et spirituel du mariage. Il est donc susceptible d’aider tous les couples. L’axe est simple : compréhension du « dessein d’amour de Dieu », expérience de la « consécration » de l’amour humain par Dieu, prise de conscience d’une mission spécifique du couple. Le retour à l’origine met en évidence combien Dieu a ce désir de faire alliance avec l’homme dans sa masculinité et sa féminité, dans sa conjugalité et sa parentalité. Le Christ lui-même témoigne que l’alliance est possible : il en est le Sauveur. Ce « salut » se manifeste par le signe de l’amour qu’est le sacrement : alliance de sainteté parce qu’alliance de miséricorde. L’histoire sainte est alors revisitée par les époux sous forme d’enseignement, de « rendez-vous d’amour », de méditations. Désormais, tout lien conjugal peut « faire sa demeure » en Christ. Le salut de l’amour se célèbre dans la miséricorde du temps « passé ensemble » : les paraboles évangéliques s’appliquent aux couples et aux familles comme « unité à part entière ». À la lecture de ces pages, la grâce divine n’apparaît pas « extrinsèque » à l’amour humain : elle le pénètre de l’intérieur et lui donne vie.

II Des options à mettre à l’épreuve

1 Faire confiance à la Parole de Dieu

La démarche poursuivie fait le pari suivant : lire la Parole de Dieu enseigne et permet d’entrer dans le mystère de son amour pour nous. Si l’amour humain est appelé à témoigner de l’amour divin et à en vivre, comment le faire sans « rencontrer le Christ », Parole du Père pour nous ? L’intégration de toute la Parole de Dieu permet d’articuler Ancien et Nouveau Testament. Le parcours aborde tous les textes du lectionnaire du mariage : voilà une manière pédagogique de « mûrir » ses choix pour la liturgie sacramentelle. Catéchèse donc ? Oui, mais au sens d’un renouvellement de la grâce des sacrements de l’initiation chrétienne et d’une appropriation personnelle du nouveau rituel publié à l’automne 2005. Proposer la foi de l’Église, non pas seulement à partir de notions abstraites ou d’obligations morales, mais à partir de l’histoire sainte, ouvre des pistes pour une meilleure formulation personnelle de la foi des conjoints.

2 Un cheminement de type « catéchuménal »

Comme tel, ce chemin peut paraître à la fois évident et trop exigeant selon les aventures spirituelles de chaque couple. L’horizon sacramentel est l’horizon vital de l’Église. Il est clair que la grâce baptismale est toujours à approfondir et que certaines étapes ne sont pas de l’ordre de « l’acquisition de connaissances » : une confiance est vécue, une conversion semble devoir se faire, une pratique ecclésiale est discutée et renouvelée. Ce parcours peut renouveler la foi, la fortifier, la purifier, la sanctifier. Chaque couple fera le chemin que l’Esprit lui indiquera. Le sacrement de mariage ne donne pas un label ou une grâce automatique : il met en route par amour vers l’Amour.

Cette tonalité du « chemin » est soulignée par trois étapes qui peuvent être également trois célébrations, à la manière des scrutins proposés dans l’initiation chrétienne, particulièrement avant le baptême. Ces étapes sont autant d’occasions de fortifier la conscience personnelle des futurs époux et leur faire éprouver qu’un « acte libre » construit l’amour : souligner un engagement comme celui des « fiançailles » et trouver une forme festive de professer sa foi par exemple, sont des événements qui libèrent en engageant les futurs époux vers l’objet même du mariage : le consentement libre, joyeux de l’un à l’autre et à Dieu.

III En conclusion

La préparation au sacrement de mariage représente un enjeu essentiel pour la vie de l’Église et pour le service et le témoignage qu’elle peut rendre aux sociétés humaines dans lesquelles elle se trouve. Pour les jeunes qui sont concernés, il s’agit le plus souvent d’un de leurs premiers « grands engagements » humain et chrétien. C’est un « moment favorable » pour entrer dans le mystère trinitaire et dans la réalité la plus profonde de l’Église.

Comme le souligne Mgr A. Vingt-Trois qui préface l’ouvrage : le « guide de l’accompagnateur, proposé ici, s’inscrit dans cet investissement de recherche et de propositions pratiques. Il s’appuie sur une expérience pastorale développée depuis plusieurs années qui a permis de tester ce qui est possible et ce qui peut être fructueux. Il propose un déroulement souple qui autorise l’accompagnateur à adapter son programme aux conditions concrètes auxquelles il est confronté.

L’intérêt particulier de cette démarche est de mettre au premier plan le « travail » de réflexion et de partage nécessaire entre les futurs époux et de leur donner les moyens très pratiques de conduire ce temps de réflexion commune. Il s’agit d’accueillir la parole de Dieu comme une lumière sur la situation qu’ils vivent et d’engager une pratique du dialogue sur les questions fondamentales de la vie conjugale ».

Notes de bas de page

  • 1 Villeminot J., Guide de l’accompagnateur, Paris, Droguet & Ardant / Edifa, 2005, 30x21, 137 p. ISBN 02-59145-8038-X ; Carnet de route des fiancés. Parcours de préparation au mariage à l’Église, Paris, Droguet & Ardant / Edifa, 2005, 24x21, 122 p. ISBN 02-59145-8037-1 ; Le livre des époux. Un nouvel élan pour les couples chrétiens, Paris, Droguet & Ardant / Edifa, 2005, 24x21, 154 p. ISBN 02-59145-8036-3 ; Parlons mariage ! DVD, Paris, Droguet & Ardant / Edifa, 2005, 19x14.

  • 2 À ces publications ont également collaboré d’autres personnes de divers milieux et institutions : psychologue, médecin, théologien, exégète et moraliste.

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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