Anthropologie et mystique selon Henri de Lubac. «L'esprit de l'homme», ou la présence de Dieu en l'homme

E. de Moulin-Beaufort
Théologie - Recenseur : Bernard Pottier s.j.
L'A., professeur à la faculté Notre-Dame de l'École cathédrale de Paris, né en 1962, nous propose ici sa thèse de théologie présentée en 2000 à l'Institut catholique de Toulouse, sous la direction de Mgr Dupleix. Elle fut préparée lointainement par un séminaire sur l'ouvrage ancien, mais germinatif, Catholicisme. Les aspects sociaux du dogme (1938), qu'anima l'A. à l'École cathédrale en 1995. Ce fort volume est construit de manière très logique: trois parties de trois chapitres chacune, plus une conclusion, ce qui nous fait une dizaine d'unités d'une trentaine de pages chacune. Tout tourne autour de la question de l'esprit en l'homme, à la fois faculté de l'homme et présence de l'Esprit divin en lui. Le premier versant de cette définition justifie le mot 'anthropologie' dans le titre, le second celui de 'mystique'. L'A. exploite abondamment l'anthropologie tripartite de Lubac (corps, âme, esprit en lien avec 1 Th 5,23), où la troisième faculté donc n'est pas exactement parallèle aux deux autres, comme l'indique le sous-titre du volume.
L'A. exploite surtout les écrits de Lubac qui traitent la théodicée et le rapport nature et grâce (Le mystère du Surnaturel, Sur les chemins de Dieu, De la connaissance de Dieu), et ceux qui retracent à périodes régulières l'itinéraire du cardinal (Mémoire sur l'occasion de mes écrits, Théologies d'occasion). Les publications sur l'Écriture ou l'ecclésiologie sont moins présentes, quoiqu'aucune oeuvre n'échappe à l'attention de notre A. D'un particulier intérêt, à nos yeux, sont les développements sur les débuts philosophiques de Lubac, initié pourrait-on dire par Rousselot, relecteur de Thomas d'Aquin (Rousselot parlait d'une 'renaissance de la raison' sous le régime de la grâce et de la révélation). Lubac cependant se rendit compte rapidement des énormes problèmes métaphysiques sous-jacents, et finit par préférer, sans que son admiration diminuât pour le jeune génie fauché à la Grande Guerre (Rousselot, 1878-1915), la solution blondélienne. L'A. argumente très bien ce débat et jette ainsi une lumière sur l'aspect philosophique d'une oeuvre souvent considérée trop exclusivement sous son jour théologique.
La bibliographie est très abondante. On y trouve entre autres la liste des ouvrages dont de Lubac fit la recension, ce qui nous indique bien ce qui compte pour un auteur comme de Lubac. Les index sont précis et fort utiles. - B. Pottier sj

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