Christos Yannaras. L’amour, la relation, l’apophatisme. Une théo-phénoménologie en débat avec ses contemporains

Nathalie Depraz Frédéric Mauriac
Théologie - Recenseur : Markus Kneer

Devant l’arrière-plan du « tournant théologique de la phénoménologie française » (Dominique Janicaud), la théo-phénoménologie de Christos Yannaras (né en 1935) prend de l’importance pour les débats philosophiques actuels. C’est ce que le volume de la philosophe Natalie Depraz et du médecin psychiatre Frédéric Mauriac peut montrer, faisant entrer la pensée du philosophe grec en dialogue avec des protagonistes du « tournant » (Jean-Luc Marion, Michel Henry), et d’autres penseurs (Paul Evdokimov, Francisco Varela, Mony Elkaïm).

Le volume est divisé selon les trois termes du titre : « L’amour », « La relation », « L’apophatisme ». La 1re partie s’ouvre avec une comparaison entre les concepts de « charité » et d’« érôs » chez Marion et Yannaras. Le but de ces deux A. est d’approfondir notre compréhension de l’amour devenue réductionniste, mais leur manière diffère : Marion se plonge dans un travail conceptuel, Yannaras préfère une approche plutôt esthétique. Suit une mise en relation des pensées de Michel Henry et de Yannaras sur l’érôs, dont la complexité tient à la grande différence des approches qui se rencontrent cependant autour de quelques « passerelles » érotiques (p. 50) comme le désir pulsionnel, le tragique, la souffrance, la déconstruction de l’ego, la vie, la relation. Au chap. 3, la comparaison des phénoménologies de l’érôs de Yannaras et de Paul Evdokimov montre l’écart important dans leurs visions du lien entre le féminin et le masculin dans l’être humain. L’approche de Yannaras au chap. 4, permet de développer une « phénoménologie de l’érôs féminin ».

Le 1er article de la 2e partie dédiée à « La relation » lance un débat entre la lecture de Marx par Michel Henry et celle de Yannaras voire de Francisco Varela. Il en ressort « une confirmation profonde de l’entente de l’individu comme relation pratique vitalisante par les pensées varelienne de l’auto-poièse énactive et yannarassienne de l’altérité de la personne comme être-en-relation » (p. 126). Le chap. 6 (probablement écrit par F. Mauriac) utilise l’anthropologie intersubjective yannarassienne pour « avancer en direction d’une “phénoménologie psychiatrique” fondée sur une pratique relationnelle » (p. 127). En philosophie, la concentration sur la deuxième personne, l’autre, a mis à l’écart la réflexion sur la relation elle-même. Pour mieux dégager cette dernière l’A. propose de souligner la pluralité de « secondes personnes » et donne des exemples à partir de la pratique psychiatrique. Dans le chap. 7, l’A. utilise la phénoménologie pour décrire la pathologie de la relation et ses thérapies, au croisement du pathologique et du thérapeutique. La 3e partie, « L’apophatisme », débute avec deux articles qui mettent en dialogue les pensées de Yannaras et de Marion sur le concept de négation avec la théologie négative de Maxime le Confesseur, Denys l’Aréopagite et Grégoire de Nysse. Ce beau livre se clôt avec une « phénoménologie de la kénose » où l’A. (Depraz) décrit cette notion clé du christianisme sous les angles de l’expérience christique, de l’expérience du sacrement de confession et de l’expérience de la création. — M. Kneer

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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