De la sociologie vers la civilisation de l'amour. Œuvres choisies. T. 1, Idées et politiques sociales, vol. 1
Patrick de LaubierHistoire de la pensée - Recenseur : Pascal Ide
Figure attachante et inédite, Patrick de Laubier (1935-2016) est un sociologue français qui, après avoir obtenu un doctorat en sciences politiques en 1964 sur La grève générale en 1905 (sous-titre : Le mythe français et la réalité russe), a enseigné la sociologie à Genève jusqu’en 2000. Laïc consacré, il se passionne pour l’enseignement social de l’Église et la civilisation de l’amour, qu’il enseigne dans ses innombrables voyages autour du monde, notamment l’URSS, le Brésil et la Chine. Ordonné prêtre par Jean-Paul ii en 2001 et incardiné dans le diocèse de Rome, il est aussi féru de mystique (particulièrement celle de Gabrielle Bossis) et d’eschatologie. La publication des 23 livres que ses amis ont décidé d’éditer reflète ces trois facettes. Le t. 1, qui est sociologique et regroupe les œuvres de jeunesse, se réfracte en 2 forts volumes de plus de 1000 p. chacun. Le vol. 1 regroupe 4 livres parus sur une demi-douzaine d’années : Une alternative sociologique : Aristote-Marx, 11978, 62011 ; Introduction à la sociologie politique, 1983 ; Idées sociales, 1982 ; La politique sociale dans les sociétés industrielles, 11978, 21984.
Nous nous limiterons au 1er ouvrage, le plus connu et le plus réédité. Il donne aussi le ton à tous ses autres livres sociologiques et en exprime la perspective profondément originale. D’un mot, il oppose l’économie et la sociologie contemporaines, aussi bien celles de Marx (le socialisme) que celles du libéralisme, qui, pour devenir des sciences, se sont dérégulées éthiquement, à la sociologie aristotélicienne qui, elle, est subordonnée à la politique et à l’éthique, au nom de l’architectonnisme du savoir. Loin de prôner un retour passéiste au Stagirite, l’A. plaide pour une intégration tout en respectant l’autonomie des disciplines, à partir de la distinction des 4 causes : en choisissant la seule perspective économique, socialisme et libéralisme privilégient causes matérielle et efficiente ; en mesurant le fait social à sa dimension éthico-politique, donc la recherche du bien-vivre vertueux, l’A. prend en compte causes formelle et finale, intégrant autant la société (dissoute dans l’individu par le libéralisme) que l’individu ou, mieux, la personne (dissoute dans le tout par les communismes marxiste et déjà platonicien). Un gros ouvrage roboratif, informé, mais toujours très accessible de lecture.