Un double fil tisse la trame de cet ouvrage de philosophie que nous offre Michel Malherbe, professeur émérite de philosophie, historien spécialiste de l’empirisme anglo-saxon : d’une part, en 6 chap. déployant son « angélologie », il continue le travail de la pensée qui est l’œuvre d’une vie, et, en philosophe, au terme de longues années de labeur – l’A. est né en 1941 –, déploie ce temps spécifique dont il a fait si bien usage (« Mais il me faut à moi du temps, ne serait-ce que pour penser (…). Je ne saurais être autrement », dit-il à l’Archange qui est aussi son saint patron et qui lui répond : « la pensée ! ce grand alibi des philosophes », p. 208) ; d’autre part, en 5 « dialogues angéliques » précédés d’un « prologue », il imagine ce que les anges se disent entre eux lorsque, pour mieux servir les hommes et pour restaurer la « proximité » perdue à l’heure de la modernité (cf. p. 8), ils s’essayent à philosopher et se risquent à étudier, d’un coup d’aile, d’une fulgurance, les subtilités métaphysiques qui nous semblent parfois comme un fardeau. L’effort de pensée est rigoureux, et le lecteur y trouvera un ample parcours alliant références à l’Écriture, interprétation des traités traditionnels (Augustin, Denys, Thomas d’Aquin), et intégration d’études récentes (D. Hamidovic, 2018 ; G. Casas, 2022 ; E. Coccia, 2024). Davantage que la rigueur de la pensée, le lecteur trouvera dans cet ouvrage la sincérité d’un penseur qui, par cette méditation sur le commerce mystérieux entre les anges et les hommes, s’efforce de se représenter, au terme de sa vie, nu et dépouillé dans la barque de Charon : « J’entends bien que les choses ont un temps. Le moment venu, je ne ferai pas d’histoire. Je monterai dans la barque. Nu, s’il le faut. Il faut bien se dépouiller de soi-même » (p. 205). Il y a là davantage qu’un traité d’angélologie. — D.R.