Évangile et Providence. Une théologie de l'action de Dieu

Emmanuel Durand
Théologie - Recenseur : Gonzague de Longcamp
Dans la situation actuelle, toute théologie de l'action divine est mise au défi. Les progrès de la science, d'abord, obligent à sortir d'une vision de l'agir de Dieu teinté de superstition. La causalité divine semble être largement questionnée par la compréhension nouvelle des mécanismes de la création. La science aurait-elle évacué Dieu (chap. 1) ? Quand bien même une théologie de la Providence garde toute sa pertinence, il faut pourtant s'interroger sur l'opportunité d'attribuer à Dieu un agir ad extra. Ne doit-on pas penser l'action de Dieu dans l'histoire à partir de nouveaux paradigmes (chap. 2) ? Enfin, plus qu'aucun autre, le xxe s., après la tragédie de la Shoah, ne cesse de se demander où est Dieu. S'il est tout-puissant, pourquoi n'a-t-il pas agi face à la tragédie de son peuple ? Comment répondre à « l'aporie de la démesure des maux » (chap. 6) ?
Face au feu croisé du questionnement contemporain, la théologie confessante se place sur plusieurs registres. Le dominicain Emmanuel Durand invoque d'abord, en forme de témoignage, la théologie d'Augustin, relisant l'action de Dieu dans sa propre vie, dans les Confessions. En même temps, une théologie de la Providence ne saurait faire l'économie d'une élaboration métaphysique, sans laquelle elle saperait ses propres fondements. Dans le témoignage augustinien et la réflexion thomasienne, pointe la question essentielle aux yeux de l'A. : toute interrogation sur l'agir de Dieu ouvre sur la Pâque du Christ. Elle seule offre une clé de lecture valable de l'histoire sainte. Il faut donc relire la révélation « sur la Providence en ses modulations pascales » (chap. 7).
Ainsi, on découvre la nouveauté de la théologie confessante offerte par l'A. dans les deux derniers chap. de l'ouvrage : « La théologie chrétienne de la Providence relève de l'entrecroisement d'une relecture théologique des récits de l'histoire d'Israël, d'une expérience spirituelle de la vie chrétienne en forme de Pâque et d'une argumentation théologique au sujet de la souveraineté divine étendue à tout l'ordre créé » (p. 293).
La méthodologie théologique à laquelle l'A. nous a habitués dans ses ouvrages précédents est toujours aussi féconde. On ne peut que saluer sa capacité d'interroger et de lire la théologie thomasienne et de l'inscrire tant dans une tradition que dans un questionnement théologique contemporain. Pourtant, on a l'impression de n'être qu'à l'aurore d'une pensée. Certes, la nécessité d'une lecture pascale de l'action de Dieu est une intuition féconde, mais dont on a l'impression que l'A. ne l'a pas menée jusqu'au bout. De plus, l'A. ouvrait sa réflexion sur les questions que les progrès de la science posent à une théologie de la Providence, mais la réponse continue à se faire attendre. - G. de Longcamp c.s.j.

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