Figure et vérité. Liturgie et théologie eucharistiques de l’époque patristique au tournant herméneutique du IXe siècle, t. 1, Typologie biblique et liturgique dans l’Antiquité chrétienne et dans les liturgies romaines et gallicanes anciennes

Christophe Lazowski o.s.b.
Liturgie et pastorale - Recenseur : André Haquin

Christophe Lazowski est moine de l’abbaye Saint-Wandrille (France). Il enseigne l’histoire et la théologie de la liturgie à l’Institut supérieur de liturgie de Paris. Sa thèse a été réalisée en co-titulature entre l’Université de Fribourg (prof. Martin Klöckener) et l’Institut catholique de Paris (prof. Hélène Bricout). Les premiers mots du titre « Figure » et « vérité » évoquent tout de suite le langage théologique adopté pour l’eucharistie ; leur utilisation à l’époque patristique montre la proximité et la complémentarité de ces deux concepts, alors qu’à l’époque carolingienne, ils deviendront antagonistes, car la culture aura changé.

Le 1er vol., Typologie biblique et liturgique dans l’Antiquité chrétienne et dans les liturgies romaines et gallicanes anciennes, examine la liturgie et la théologie de l’eucharistie, en partant de l’Écriture et de la Patristique. Les Pères pratiquaient la typologie d’une triple manière : la mimèsis (représentation du salut dans la liturgie) à Alexandrie était de type « symbolique » tandis qu’elle était de type « iconique » à Antioche et « onto-symbolique » à Nisible (Éphrem). Dans les 3 situations, la typologie avait une valeur ontologique et exprimait la participation au modèle (« type ») ou à la source divine. 3 paléo-anaphores sont examinées : le Papyrus grec 254 de Strasbourg (Le Christ accomplit les figures dans son œuvre de salut et dans la vie de l’Église), la Tradition Apostolique d’Hippolyte de Rome (L’accomplissement des figures devient salut pour nous dans l’actualisation de la Cène) et l’Anaphore d’Addaï et Mari (Une dynamique figurale qui introduit dans la participation sacramentelle). Ces liturgies suivent la triple voie de la typologie biblique, chacune à sa manière. Toutes se caractérisent par une « identité dans la différence », en d’autres termes, la typologie reste bien vivante à travers ces 3 modèles qui attestent d’une réelle participation à l’action divine.

Le 2d vol., Théologie et liturgie eucharistiques à l’époque carolingienne, montre comment la typologie est progressivement abandonnée à l’époque carolingienne dans les liturgies gauloises. L’adoption de la liturgie romaine en Gaule franque a été suivie par une réinterprétation et une adaptation selon de nouvelles catégories liturgiques. C’est l’époque des premiers traités eucharistiques : les disputes entre Paschase Radbert (« Verum corpus Christi, natum e Maria Virgine ») et son confrère Ratramme de Corbie (« Veritas in narratione monstratur ») illustrent bien ce changement de culture. Désormais, c’est le comment de la « présence » du Christ à l’eucharistie qui interpelle. Selon l’A., le « réalisme eucharistique » de l’époque est en fait un « réalisme naïf », conçu à la manière terrestre de la présence d’un corps physique. Désormais la « figure » perd de sa force et s’oppose à la « réalité », l’une excluant l’autre. Avec Amalaire, la pratique de l’« allégorie explicative » et la « mimèsis dramatique » prend la place de la riche typologie patristique : chaque geste de l’action eucharistique est une sorte de rappel de la vie et de la Passion du Seigneur. La dispute sur la présence du Christ à l’eucharistie entrera dans une véritable impasse à l’époque de Bérenger de Tours. Il faudra attendre la grande période scolastique pour que Thomas d’Aquin arrive à rendre compte du mystère de l’eucharistie d’une manière acceptable. — A.H.

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La NRT est une revue trimestrielle publiée par un groupe de professeurs de théologie, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus à Bruxelles.

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