Honte du corps ou gloire du corps? La honte de Gn 3 comme atout pour l'homme d'après La théologie du corps de saint Jean-Paul II
Claire de l'Eucharistie (Martine Leuridan)Théologie - Recenseur : Xavier Dijon s.j.
Ce volumineux ouvrage décortique le matériau que propose La théologie du corps de Jean-Paul ii à propos de la honte afin de montrer l’aspect positif de ce sentiment que l’on jugera pourtant négatif à première vue. Alors que, à l’origine, Adam et Ève n’éprouvaient pas de honte à se trouver nus l’un devant l’autre (Gn 2,25), voici que, dénudés après la faute, ils se cachent devant Dieu (Gn 3,8). Faut-il donc que les humains s’emploient à éliminer cette honte qui les gêne tant, comme on le voit aujourd’hui par exemple dans plusieurs productions de notre culture contemporaine (télé-réalité ; salons de l’érotisme, etc.) ? Pour Claire de l’Eucharistie, il convient plutôt de prendre cet affect comme un guide précieux. Faisant mémoire de la gloire première du Paradis irrémédiablement perdu, la honte indique en effet à l’homme cheminant dans sa condition postlapsaire à la fois l’effort à consentir et la grâce à recevoir pour parvenir à la gloire dernière de la résurrection. En ce sens la honte est promesse, comme celle du Protévangile où Dieu annonce au Serpent qu’il sera un jour vaincu par la Femme (Gn 3,15).
Appuyée sur une 1re part. consacrée à l’analyse philosophique de la honte menée par Karol Wojtyla dans Amour et responsabilité, la longue 2e part. déploie la pensée proprement théologique des catéchèses de Jean-Paul ii consacrées à l’amour humain dans le plan divin, tandis que la 3e et dernière part. prend du recul sur ce vaste corpus pour en montrer d’abord l’intérêt et les limites puis, à partir de là, ses prolongements possibles dans les champs de la théologie (morale, spirituelle, mariale…), de la philosophie, et des sciences humaines (psychologie, sociologie, éducation).
On sait que tout cet effort de pensée consenti par le pape polonais avait pour but de fonder de manière plus satisfaisante la doctrine de l’encyclique Humanæ vitæ trop souvent accusée de « biologiser l’éthique ». De ce point de vue-là, la honte, ce sentiment à la fois intime et spontané ouvre une perspective intéressante sur la vérité du corps sexué, car ce corps, percevant de l’intérieur en quelque sorte, l’écart honteux de la concupiscence et de la domination, comprend mieux la loi que lui assigne sa nature sponsale en vue de la rencontre interpersonnelle dans l’amour.
Issu d’une thèse de doctorat en théologie, le livre en présente les avantages à savoir une étude large et fouillée, mais aussi les inconvénients, p. ex. de la méticulosité jusque dans l’analyse du vocabulaire des différentes versions (polonaise, italienne, française et anglaise) du texte pontifical. Un index des noms et des thèmes, 49 pages de bibliographie et 4 annexes complètent l’ouvrage. Pour le lecteur pressé, signalons que les récapitulations régulières des chap. et la solide conclusion de l’ouvrage permettent de saisir l’essentiel d’une thèse qui mérite assurément le détour. — X. Dijon s.j.